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A l’aide, le baptême prend l’eau!

Autrefois incontournable, le premier des sacrements chrétiens a reculé de moitié en un quart de siècle. Le rite a beau ne plus être à la mode, il demeure une évidence pour les croyants convaincus.

Du côté catholique comme du côté réformé, on ne se bouscule plus pour entrer dans le peuple de Dieu: 40% de baptisés en moins pour les premiers et 50% pour les seconds en un quart de siècle. Mais cela n’empêche pas nombre de croyants de rester attachés à l’idée de voir leur enfant accueilli peu après la naissance dans la communauté chrétienne. Car au-delà de l’aspect confessionnel, tel est bien le sens du baptême, comme le rappelle Dominique Burnat, pasteur de longue date récemment arrivé au sein de la paroisse lausannoise de Bellevaux: «Ma conviction reste de percevoir ce sacrement comme un baptême opéré par Dieu. C’est la première prise de contact entre Dieu et le petit être humain qui vient d’apparaître au monde. En tant qu’officiant, je ne suis là que pour rendre ce moment solennel auprès de la communauté des croyants.»

Le baptême fait du nouveau-né un chrétien. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, le sacrement est reconnu par toutes les confessions, dont le choix n’arrive qu’en second lieu. «On devient d’abord enfant de Dieu et frère de Jésus, confirme à la cathédrale de Fribourg l’abbé Paul Frochaux. Un «protestant désirant devenir catholique devra donc montrer son certificat de baptême puis, à travers la confirmation, entrera pleinement en communion avec l’Eglise catholique romaine.»

Une Eglise qui doit se réinventer

Même si les baptêmes par pure convention sociale ou familiale semblent avoir diminué, ils n’ont pour autant pas disparu et il s’agit parfois pour prêtre ou pasteur de la première et dernière irruption d’une famille réunie au grand complet dans l’église ou le temple. Ce qui offusque d’ailleurs certains habitués. Pas Dominique Burnat. «Je crois à la Grâce de Dieu.»

Refuser un sacrement comme le baptême ou demander des comptes n’aurait pas de sens.

«Mon boulot est de préparer ce moment au mieux, de rappeler aux gens son sens et les responsabilités qui en découlent. Le reste est leur affaire et celle de Dieu.»

Paul Frochaux ne dit pas autre chose, insistant sur l’importance de la préparation à la cérémonie. Pour la pasteure genevoise et comédienne Carolina Costa, (lire son portrait) actuellement en charge du Lab Church à Genève, qui a œuvré durant cinq ans à la paroisse de la Servette, l’Eglise a aussi sa part de res­pon­sabilité: «L’heure est venue de revisiter la manière d’aborder le baptême dans sa forme comme c’est le cas pour le mariage.»

Aujourd’hui, les gens attendent de nous un discours et un rituel qui collent à ce qui se joue dans leur vie.

«Je trouve qu’il est très sain de réactualiser le message de l’Evangile, car même remis au goût du jour, ce dernier ne change pas: il s’agit toujours de la célébration de la vie et de son mystère.»

Le mot baptême, du grec ancien baptein, signifie «immerger» et rappelle qu’il s’agit bien d’un rite de passage, «une entrée dans le mystère de la résurrection», pour le dire avec les mots de Dominique Burnat. L’enfant meurt symboliquement et renaît dans l’amour du Christ, laissant la mort terrestre derrière lui. Devenu chrétien, il peut «vivre selon l’Esprit de Dieu. Personnellement, je suis incapable de baptiser sans évoquer cette dimension vertigineuse. C’est pourquoi le baptême doit être vu et vécu comme un cadeau inconditionnel. Tout comme la Grâce qui est donnée si elle est demandée. Les engagements humains sont une réponse à cet amour de Dieu qui est toujours premier.»

*** Témoignage ***

«C’est une manière de transmettre nos valeurs à nos filles»

Christine et Christian Mosset ont baptisé leurs filles, mais les laisseront libres de confirmer le baptême ou pas plus tard.

Christine et Christian Mosset (42 et 43 ans) et leurs filles Anaïs (7 ans) et Auriane (3 ans et demi), Petit-Lancy (GE)

«Baptiser nos enfants a toujours été une évidence. Mais dans notre entourage, cela ne coulait pas forcément de source, même chez mon grand-papa, pourtant pasteur. Car la tradition qui prévaut dans notre famille est celle de la présentation. Christian et moi nous sommes souvent entendu dire: ‹Pourquoi ne pas les présenter à l’église et les laisser choisir par la suite de se faire baptiser ou non lorsqu’elles seront en âge de choisir?›

Si nous avons pris la décision de les faire baptiser bébés, soit l’aînée à 4 mois et la cadette à 10 mois, c’est notamment parce que nous ne voulions pas qu’elles vivent leur cérémonie comme quelque chose que nous leur imposions, même si c’est en fait le cas.

Notre choix reflète aussi notre volonté de leur transmettre les valeurs auxquelles nous croyons en leur faisant découvrir Dieu aux travers des histoires de la Bible.

Et de Lui demander d’être à leurs côtés et de les protéger. Ce n’est pas que nous avons peur qu’il nous arrive quelque chose, mais le baptême a permis à nos filles d’avoir chacune rapidement un parrain et une marraine qui puisse jouer leurs rôles, en ayant une place particulière au sein de la famille.

A ceux qui estiment que nous avons choisi à leur place, nous répondons qu’elles pourront décider de confirmer ou non leur sacrement le moment venu.

Les baptiser implique pour nous de les accompagner dans la découverte de la foi,

c’est une sorte de devoir que nous nous imposons, car le faire par simple tradition ou suite à une attente de notre entourage n’a pas de sens à nos yeux. Nous nous sommes par exemple rendus à des week-ends ou des brunchs de famille organisés par des pasteurs et où les enfants sont les bienvenus, nous allons ponctuellement assister à des cultes. Notre fille aînée commencera le catéchisme à la rentrée et sa sœur suivra l’éveil à la foi. Si un jour elles devaient nous annoncer qu’elles refusent de confirmer leur baptême? Nous les laisserions libres de leur choix bien évidemment, mais non sans en avoir discuté avec elles afin de comprendre quelle en est la raison.»

*** Témoignage ***

«Nous voulions une cérémonie assez libre»

Pour Julien et Flavia Süsstrunk, baptiser leurs enfants a aussi été l’expression de leur reconnaissance envers Dieu.

Flavia et Julien Süsstrunk (35 et 38 ans) et leurs enfants Marie Louise (6 ans), Anthony (2 ans) et Nathan (1 an), Lausanne.

«Nous sommes tous deux protestants, croyants pratiquants. Pas forcément à l’église d’ailleurs, également à la maison, l’essentiel pour nous étant de lire la Parole.

Baptiser nos enfants a toujours été une évidence.

Et ce fut le cas aussi en septembre dernier pour Nathan, qui a maintenant 1 an.

Comme Flavia était membre au Brésil d’une communauté évangélique, nous voulions une cérémonie assez libre, et on a cherché un pasteur en conséquence.

Nathan signifie cadeau de Dieu. Comme notre premier bébé avait à peine 4 mois, c’était vraiment un cadeau, on n’en attendait pas un nouveau de si tôt. Et c’est un petit garçon adorable. Lors du culte, nous avons choisi un morceau de musique, de la louange, qui exprimait la reconnaissance que nous ressentions.

Il y avait beaucoup de monde et un autre baptême avant nous. Evidemment, il y avait plus de famille de mon côté, même si le neveu de Flavia, qui habite en Suisse, a pu venir avec des amis. On devait avoir une vingtaine d’invités, dont pas mal d’enfants, alors il était important que la cérémonie ne dure pas trop longtemps. Et Nathan a été très sage.

Le baptême pour nous, c’est, en plus d’un remerciement, présenter notre enfant à Dieu.

Le début pour Nathan d’un chemin qui commence avec Dieu, celui qu’on lui dit être son «papa du ciel». Adulte, naturellement, il fera comme il veut. Et puis il y a l’aspect communautaire, la communion avec l’Eglise comme communauté de croyants.»

*** Témoignage ***

«L’approche ouverte du pasteur nous a mis en confiance»

Un très bon rapport avec leur pasteur
a encouragé Danielet Lina Margarita à faire baptiser leur fils Leonardo.

Lina Margarita et Daniel Romano (34 et 32 ans) et leur fils Leonardo (1 an et demi), Lausanne

«Nous avions choisi la date du 18 septembre, car Lina Margarita est du 13 septembre et Daniel du 19. Comme un symbole entre nous deux. Nous nous sommes rencontrés en 2012 alors que Lina Margarita, qui est Colombienne, passait ses vacances en Suisse. Six mois plus tard, on s’est mariés en Colombie au civil. Une fois en Suisse, étant les deux croyants, nous avons désiré nous marier à l’église.

C’était un mariage protestant. Pourtant Daniel est originaire des Pouilles et catholique, tout comme Lina Margarita.

La pratique protestante, plus libre et moins carrée, nous correspond mieux.

On s’est sentis tout de suite accueillis dans cette communauté réformée, alors que du côté catholique, il aurait fallu prouver les liens de Lina Margarita avec l’Eglise catholique de Colombie.

Notre mariage était le dernier du pasteur. Le baptême de Leonardo a été le premier du nouveau pasteur de la paroisse de Bellevaux. Son approche très ouverte et en même temps sa conviction dans la force du baptême nous ont tout de suite mis en confiance.

Il n’y avait naturellement pas beaucoup de monde de Colombie, mais nous avons pu faire un Skype avec la famille de Lina Margarita, malgré les six heures de décalage. Nous avions aussi récité un texte autour de l’olivier, qui a une signification particulière pour nous deux. L’église était pleine, et le moment a été très intense.»

Textes: © MIgros Magazine | Pierre Léderrey et Viviane Menétrey

 

Publié dans l'édition MM 16
18 avril 2017

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En chiffres

Des baptêmes de moins en moins prisés

L’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI) à Saint-Gall étudie les liens de l’être humain avec la religion et les mutations religieuses de la société actuelle. Il participe régulièrement à des projets de recherche financés par le Fonds national de la recherche scientifique (FNS).

Collaboratrice scientifique, Judith Albisser détaille les derniers chiffres sur l’évolution des baptêmes chrétiens:

Entre 1990 et 2015, nous constations une diminution de l’ordre de 50% des baptêmes chez les réformés.

«Durant la même période, la baisse est de 40% du côté catholique romain hormis l’évêché de Bâle, dont nous n’avons des statistiques que depuis 2011.»

Pour la chercheuse, cette baisse s’explique par les changements marqués du paysage religieux en Suisse durant les dernières décennies et par le vieillissement de la population fréquentant les églises traditionnelles.

Les mariages religieux diminuent aussi tandis que les «sorties d’Eglise» continuent d’augmenter, surtout du côté réformé.

Les «autres communautés protestantes» sont passées de 2,2% de la population en 1990 à 5,8% en 2013. Les baptêmes d’adultes célébrés en leur sein ne suivent pas la même courbe descendante. Mais il s’agit souvent d’un second baptême – contrairement aux baptêmes d’adultes célébrés dans l’Eglise catholique – qui n’est pas reconnu par les Eglises traditionnelles.

*sans l'évêché de Bâle.

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4 Commentaires

Christiane Hartmann [Invité(e)]

Ecrit il y a
1 semaine, 5 jours

Bonjour,
Article intéressant et beaux témoignages de familles ayant fait baptiser leurs enfants!
Le rite n'est peut-être plus à la mode, mais il fait partie de notre culture, de nos valeurs chrétiennes et le début d'une volonté des parents à élever leur enfant dans la foi chrétienne!
Plus tard, l'enfant choisira, mais il aura eu les principes moraux que sont la Paix et l'Amour!
Pourquoi réinventer une Eglise? C'est celle de nos parents!
Cordialement

Christiane Christe [Invité(e)]

Ecrit il y a
1 semaine, 5 jours

Je suis chrétienne, plus de coviction dans la vie de chaque jour que de pratique partcipative le dimanche à l'Eglise. Je ne sais pouquoi, mais chaque fois que je lis, vois ou entends des témoignages comme ceux de votre article, des voix exprimant le le désir ou même l'affirmation d'une participation à la vie chrétienne( que ce soit à l'Eglise ou dans le coeur des gens) mon coeur chante! J'ai tant craint que tout le monde oublie les bienfaits de l' Evangile. Je reprends espoir par ces témoignages qu'un monde de paix est possible. Plus on est à désirer mettre en pratique l'Evangile, plus je suis heureuse!

Maurice Burnier [Invité(e)]

Ecrit il y a
1 semaine, 6 jours

Sur quoi doit se fonder la croyance ? C'est une plante dont la croissance est des plus lentes. En vérité, la remarque est fort juste.
Si dans notre entourage, il se trouve une personne qui a le dont de la persuasion, elle faudra qu'elles fournissent des preuves. Dans une communauté, il y avait trois mois déjà que le petit enfant était venu au monde. Le jour même de sa nassance, on le fit inscrire à l'état-civil. Le lendemain, on fit appeler le médecin. Tous les quinze jours, une infirmière vint contrôler les progrès du nourrisson. Il a trois mois de vie humaine et... pas une minute de vie divine. Il n'est pas baptisé. Pourquoi ? Parce que, pour la fête de famille qui doit accompagner le baptême, on n'a pas encore pu trouver une date qui convienne à toute la parenté, amis, etc.. La fête (le secondaire) passe avant le principal (la vie divine de l'enfant).

 

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