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FabLabs: les ateliers de création du futur

Les FabLabs poussent comme des champignons. On en recense aujourd’hui près de 200 dans le monde, dont une dizaine en Suisse. Visite du laboratoire de fabrication de Neuchâtel pour tenter de comprendre à quoi servent ces entités.

Un long couloir, quelques pièces en enfilade, des bureaux et une poignée de machines – découpeuse laser, fraiseuse CNC, scanner et imprimantes 3D… – pilotées par ordinateur. Le décor du FabLab (contraction de l’anglais fabrication laboratory, soit laboratoire de fabrication dans la version française non abrégée) de Neuchâtel est planté. On s’attendait à quelque chose de plus futuriste, de plus sexy aussi.

Gaëtan Bussy, cofondateur et comanager du FabLab de la Haute Ecole Arc à Neuchâtel.

«Un FabLab, c’est simplement un lieu ouvert au public, une structure équipée d’outils de prototypage rapide où les intéressés viennent réaliser eux-mêmes leurs projets», explique Gaëtan Bussy, cofondateur et comanager de cet espace de création que la Haute Ecole Arc a ouvert en première romande il y a un peu plus d’une année. L’idée, c’est de rendre cette technologie accessible à Madame et Monsieur Tout-le-monde. «Et qu’ainsi ils se l’approprient», ajoute notre interlocuteur.

Des ateliers pour apprendre à utiliser soi-même les machines

Dans ces labos, le quidam peut donc créer ou dupliquer à peu près n’importe quelle pièce en trois dimensions en un temps record (de quelques minutes à quelques heures) et pour un coût modique (20 francs de l’heure, 70 la demi-journée ou 300 le semestre à Neuchâtel). A condition que «cela ne nuise à personne» comme le spécifie la charte des FabLabs, et que l’utilisateur suive une initiation avant de passer à la phase de concrétisation. «Nous organisons des ateliers pour permettre aux gens de prendre en main tout le processus de fabrication. Ça n’a d’ailleurs rien de bien sorcier.» Deux jours suffisent, par exemple, pour esquisser et construire une lampe LED.

Une petite centaine de personnes – designers, artistes, entrepreneurs, étudiants, simples bricoleurs… – gravitent actuellement autour du FabLab de Neuchâtel, dont une vingtaine d’habitués. Certains y fabriquent des prototypes, d’autres des objets uniques, d’autres encore des pièces de rechange.

Quelqu’un est venu réparer un bouton de son micro-ondes. Il l’a redessiné et l’a même modifié pour le rendre plus adéquat. Et aujourd’hui, une chocolatière m’a contacté parce qu’elle a l’intention d’utiliser notre outillage numérique pour faire des moules originaux.

Autre particularité de ces lieux de création: ils fonctionnent un peu comme des auberges espagnoles. C’est-à-dire qu’on va y trouver ce qu’on y apporte et s’enrichir en échangeant des connaissances et expériences sur place ou via un réseau mondial qui comprend actuellement près de 200 FabLabs disséminés aux quatre coins de la planète. Une communauté prête à venir en aide aussi bien à des paysans indiens cherchant à concevoir un instrument de mesure de la qualité du lait qu’à un laboratoire de fabrication madrilène œuvrant à la construction d’une… maison!

Fabriquer ses objets comme on télécharge une chanson

Le mouvement est en marche. Comme l’avait d’ailleurs prophétisé Neil Gershenfeld lorsqu’il avait lancé le concept des FabLabs dans les années 90. «Ce professeur, qui dirige le Center for Bits and Atoms du MIT (ndlr: Institut de technologie du Massachusetts), imagine qu’à terme nous n’irons plus acheter physiquement certains types d’articles, mais que nous téléchargerons un fichier numérique pour réaliser ensuite le produit désiré dans un FabLab tel que le nôtre.»

Gaëtan Bussy tire un parallèle avec la musique.

Hier, nous allions chez le disquaire pour nous payer un CD. Aujourd’hui, nous achetons des fichiers en ligne et nous sommes libres ensuite de graver la musique sur un CD pour pouvoir l’écouter dans notre voiture. Eh bien, c’est ce qui est tout bonnement en train de se passer avec les objets!

Vous avez dit révolution?

 

Publié dans l'édition MM 36
2 septembre 2013

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Imprimantes 3D

Pour le meilleur et pour le pire

Les FabLabs ont récemment défrayé la chronique. Une première fois pour le meilleur, puisqu’il s’agissait d’une prothèse fabriquée à l’aide d’une imprimante 3D. Prothèse de la trachée plus précisément qui était destinée à Kaiba Gionfriddo, un nourrisson américain souffrant d’une malformation des voies respiratoires appelée trachéobronchomalacie.

Grâce à ce minuscule appareillage conçu par une équipe de scientifiques de l’Université du Michigan, ce bébé a pu enfin sortir de l’hôpital pour aller vivre normalement chez lui, aux côtés de ses parents. Une année après l’intervention, l’enfant se porte bien. Quant à sa prothèse, faite en polycaprolactone (une matière biorésorbable par le corps humain), elle mettra trois ans à disparaître, soit le temps nécessaire pour que les poumons et voies respiratoires de Kaiba puissent prendre naturellement le relais.

Vidéo consacrée à la fabrication de la prothèse du petit Kaiba Gionfriddo

La seconde fois, ce sont les technologies open source de prototypage 3D qui ont fait couler de l’encre. Et c’était pour le pire. Cody Wilson, un étudiant en droit américain de l’Université d’Austin qui n’avait rien trouvé de mieux que de mettre en ligne les plans d’un pistolet à construire soi-même. Baptisée «Liberator», cette arme capable de tirer à balles réelles était composée de seize pièces en plastique imprimables en 3D!

Washington a tout de suite ordonné à ce jeune inconscient de 25 ans de supprimer les fichiers de son site. Ce qu’il a fait sans attendre. Mais c’était trop tard, puisque dans l’intervalle ces documents avaient été téléchargés plus de… 100 000 fois!

Groenland

Petit FabLab dans le Grand Nord

Le FabLab de Neuchâtel, l’Unité de recherche en anthropotechnologie de la Haute Ecole Arc et l’explorateur Nicolas Dubreuil ont uni leurs forces pour venir en aide aux Inuits de Kullorsuaq, communauté menacée par les quotas de chasse qui lui sont imposés. Leur projet prévoit d’épauler ces habitants du Grand Nord afin de leur permettre de relancer un art traditionnel en voie de perdition: la sculpture. Comment? Gaëtan Bussy: «En montant un FabLab au Groenland pour imprimer des objets d’art inuits scannés préalablement dans des musées européens. Ces pièces serviront de modèles aux artisans sculpteurs et la vente des copies ainsi façonnées leur offrira un débouché bienvenu.»

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1 Commentaire

jacqueline Garcia [Invité(e)]

Ecrit le
5 septembre 2013

j'ai beaucoup aimé voir la sécance comment faire une lampe ou autre chose soi-même. Etant sans travail depuis pas mal d'anées pour raisons de santé. s'il existait un atelier de ce genre je n'hésiterais pas une segonde pour m^y inscrire et y venir.car je ne suis pas qu'une malade je suis une personne à part entière et qui se ferait un plaisir d'apprendre.

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