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Faut-il s’habituer à la sécheresse en hiver?

Un Noël sans neige, des stations désertées par les skieurs, des incendies de forêt: la Suisse a vécu un mois de décembre particulièrement sec. Pour se prémunir contre ces périodes arides, hiver comme été, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) réagit.

Grande absente de ces fêtes de fin d’année: la neige. Et même si elle est à présent de retour sous nos latitudes, elle n’en a pas moins brillé par son absence durant de longues semaines. Avec une moyenne de précipitations de 2 mm sur le Plateau suisse, jamais, depuis le début des mesures en 1864, un mois de décembre n’avait été aussi sec. Une sécheresse qui a favorisé – outre la désertion des stations de ski – la propagation de violents incendies dans les Grisons et au Tessin, et qui pourrait bien causer, à l’avenir, des phénomènes similaires dans le nord des Alpes.

Afin de faire face à ce genre de situations de plus en plus fréquentes, hiver comme été, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a décidé d’inclure la sécheresse dans la liste des dangers naturels en Suisse, au même titre que les avalanches et les crues. En collaboration avec l’Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage, des nouveaux outils de prévision et de prévention vont être développés, expliquait début janvier dans la NZZ am Sonntag Barbora Neversil, porte-parole de l’OFEV.

Conséquence probable du réchauffement climatique, cette augmentation des périodes de sécheresse est accompagnée d’une hausse des températures moyennes: ces dernières ont subi dans notre pays une croissance de 1,7 °C entre 1864 et 2011. Rappelons que le mois de septembre 2016 a lui aussi battu des records: c’était l’un des plus chauds depuis cent cinquante ans, avec une température de 2,5° C supérieure à la moyenne...

«Il est indispensable de tenir compte des changements climatiques»

Martine Rebetez, professeur de climatologie à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage.

La sécheresse qui vient de frapper notre pays est-elle due au réchauffement climatique?

On ne peut jamais l’affirmer concernant un événement individuel. La sécheresse que nous venons de vivre revêt, dans sa durée et son intensité, un caractère exceptionnel, lié à des conditions météorologiques d’une rare persistance. Mais nous devons nous attendre ces prochaines années à subir de plus en plus souvent ces phénomènes extrêmes, se manifestant tout aussi bien sous la forme de très fortes précipitations pouvant entraîner inondations ou glissements de terrain par exemple, que de périodes de grande sécheresse, propices à la propagation d’incendies.

La sécheresse pourrait donc se répéter, mais peut-être pas de manière aussi excessive...

C’est surtout en été que l’on attend des sécheresses de plus en plus importantes. Et pour le nord des Alpes, à part dans une partie du Valais, il s’agit bel et bien d’un phénomène nouveau, auquel il va falloir s’adapter. Le sud des Alpes, en revanche, est déjà bien préparé. En effet, si la moyenne annuelle des précipitations est très élevée au Tessin, les hivers y sont souvent très secs. Le risque d’incendies à cette saison est donc connu, et la situation beaucoup mieux gérée aujourd’hui qu’elle ne l’était dans les années 1960 ou 1970. Mais cela ne veut pas dire que la région ne subit pas elle aussi les effets du réchauffement climatique: la sécheresse y augmente en termes de durée et d’intensité. La température moyenne s’est déjà élevée de 2° C en cent ans, accroissant le dessèchement des sols et de la végétation, indépendamment de l’absence de précipitations.

Quelles pourraient être les conséquences de l’augmentation de ces périodes de sécheresse?

Le risque accru d’incendies, aussi au nord des Alpes, une région peu habituée à ce genre de phénomène. Ponctuellement, le manque d’eau ou de neige en hiver, et cela même à haute altitude.

Qu’en est-il du recul des glaciers: est-il dû aussi à la sécheresse?

Le manque de précipitations empêche les glaciers de se réapprovisionner, mais leur recul se mesure à long terme. Il est généralisé en raison de la fonte estivale et de l’augmentation de la température en été.

Le réchauffement climatique est-il donc réellement en train de modifier le paysage de la Suisse?

Oui, progressivement, les glaciers disparaissent des régions alpines. Et nous observons déjà une évolution de la végétation. Par exemple, durant les sécheresses estivales, les épicéas sont particulièrement vulnérables aux bostryches. Ces insectes dont la reproduction est favorisée par la chaleur font des dégâts importants, à des altitudes toujours plus élevées.

L’OFEV a-t-il donc raison de considérer la sécheresse comme un danger naturel?

C’est une bonne chose que la Confédération montre qu’elle prend cette menace au sérieux: les conditions climatiques changent et il est indispensable d’en tenir compte. Un phénomène naturel est qualifié de catastrophe lorsqu’il a des conséquences néfastes pour les humains. Or, dans le cas de la sécheresse, nous pouvons anticiper les problèmes et éviter dans une certaine mesure qu’une péjoration des conditions climatiques ne se transforme en catastrophe. Par exemple, en organisant nos réserves d’eau pour l’économiser et irriguer les cultures. Bref, c’est aussi une question de gestion et d’adaptation, car dans un pays comme le nôtre, les conséquences de la sécheresse ne sont pas aussi problématiques que dans d’autres régions du monde. En principe il pleut tous les mois de l’année et les sécheresses resteront des événements ponctuels, même si elles deviennent plus fréquentes.


Texte © Migros Magazine – Tania Araman

 

Publié dans l'édition MM 2
9 janvier 2017

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En chiffres

90

millimètres de précipitations tombent habituellement en moyenne sur le Plateau suisse en décembre. En 2016, ce chiffre s’est élevé à seulement 2 millimètres...

20

degrés Celsius. C’est la température enregistrée à Noël 2016 au Tessin.

900

millions de mètres cubes. C’est la perte de masse estimée pour l’ensemble des glaciers en Suisse pour l’année hydrologique 2015/2016.

Eva, Echallens (VD)

«La neige me manque beaucoup! J’adore la regarder tomber... Et puis, ce temps, ça ne donne pas envie d’aller en montagne: bien sûr, on peut s’y promener, mais ce n’est pas la même chose.»

Pierre, 81 ans, Lausanne

«Dans ma jeunesse, on pouvait faire de la luge à Ouchy pendant plusieurs semaines d’affilée! Aujourd’hui, le manque de neige est surtout inquiétant pour les stations en montagne.»

A votre avis

Noémie, 34 ans, Lausanne

«La neige m’a un peu manqué à Noël, sans elle, l’atmosphère n’est pas la même... Bon, en ville, c’est parfois mieux qu’il ne neige pas, comme ça, on risque moins de tomber.»

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1 Commentaire

Nostra Beldus [Invité(e)]

Ecrit le
10 janvier 2017

Normal, pas normal...? Un hiver sec et sans neige semble bizarre à certaines personnes. Mais il y a déjà des années sans hiver, comme en 1807 et 1816. Ces années-là, il faisait aussi chaud qu'en été. Certains hivers furent si chauds qu'à Noël les rosiers étaient en fleur et que en mars les cerises étaient mûres. Dans une chronique datant de 1186, il est question d'un hiver extraorinaire. Déjà en décembre, certains oiseaux avaient des nichées et en janvier, les jardins étaientz remplis de fleurs. Ce fut pareil en 1229, 1241, 1287, 1804. En revanche, certains hivers furent caractérisés par des froids sibériens. Le plus rude qu'on ait jamais connu en Suisse fut celui de 1740., au cours duquel on mesura des rempératures de -60 degrés. Cette froidure extrême dura environ 15 semaines. Tous les lacs suibirent ce grand gel. Selon des rapports établis à cette période, on ne pouvait plus enterrer les morts., le sol étant gelé en
profondeur. En mai, la campagne était encore recouvert d'une épaisse couche de neige et de glace. Les paysans ne pouvaient pas labourer leurs champs et la circulation des bateaux était rendue impossible. Mais si nous voulons parler d'un hiver à neige, celui de 1906-1907 battit des records. Il neigea dès le 1er décembre, on ne pouvait se déplacer quavec des traîneaux jusqu'au 19 mars, jour de la Saint-Joseph. Alors réchauffement climatique ou pas, avis de météorologues et de scientifiques, pour le moment, vivons les saisons comme elles viennent, sans trop y penser!

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