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Le cinéma d'animation existe en Suisse!

Le festival genevois Animatou présente une vingtaine de courts métrages helvètes en compétition au mois d'octobre. Au-delà du succès rencontré par «Ma vie de courgette», le cinéma d’animation suisse n’a pas à rougir de ses productions.

Le cinéma d’animation suisse recèle de véritables perles!» Voilà dix ans que Lani Schaer et Matilda Tavelli se consacrent à la promotion de ce genre parfois négligé du 7e art, par le biais de leur festival genevois Animatou. Pour la 11e édition de cette manifestation internationale, qui se déroulera du 6 au 15 octobre prochain, elles se réjouissent notamment de la présence inespérée de Claude Barras et de la projection en avant-première de son film maintes fois primé Ma vie de courgette .

Ce sera bien entendu un des highlights du festival. Mais de toute façon, nous sommes chaque année émerveillées par la qualité des travaux qui nous sont envoyés.»

L’argent, nerf de la guerre

Reste que la prouesse du réalisateur valaisan fait figure d’exception. Rares en effet sont les longs métrages d’animation helvètes. En 2007, Max and co, réalisé par les frères Guillaume, avait bel et bien défrayé la chronique, avec son budget de 30 millions de francs, mais n’avait pas rencontré le succès escompté en salle.

Pourtant, en Suisse, les compétences artistiques existent bel et bien,

confirment Zoltan Horvath et Nicolas Burlet, co-directeurs de la société de production Nadasdy Film, spécialisée dans l’animation. Les courts métrages sont d’ailleurs largement diffusés et fonctionnent bien en festival. Mais pour des projets plus conséquents, qu’il s’agisse de films de plus longue durée ou de séries, il devient difficile de trouver le financement nécessaire.»

Frilosité toute helvétique

En cause? Une participation jugée trop frileuse des organismes de financement de l’Etat qui pourrait compenser efficacement l’étroitesse du marché suisse.

Pourtant, l’animation est un genre moderne, qui s’exporte facilement et pourrait devenir un gisement d’emplois.

Mais comme nous sommes les derniers arrivés sur la scène du cinéma suisse, il n’existe pas vraiment de lobby défendant nos intérêts, ni de politique d’investissement de la part de la Confédération.» Cependant, à l’image de Nadasdy Film, plus grosse société de production de la branche à l’échelle nationale avec ses vingt-huit salariés et sa moyenne de six à dix projets par année, la Romandie tire son épingle du jeu grâce au soutien financier plus actif de la RTS et de la Fondation romande pour le cinéma.

L’enthousiasme international engendré par Ma vie de courgette pourrait-il de son côté délier certaines bourses? «Peut-être, espèrent Zoltan Horvath et Nicolas Burlet. Claude Barras a prouvé que la réalisation d’un projet d’une telle envergure était possible. Mais l’engouement pourrait tout aussi bien retomber.» Et de préciser que même avec un budget de 6 millions, un long métrage d’animation helvète devrait apporter une réelle plus-value artistique pour espérer rivaliser avec les grosses productions américaines des studios Pixar ou Disney…

«Nous ne voulions pas travailler uniquement sur ordinateur»

Anne Baillod et Jean Faravel, Le Locle (NE)

Un esprit minutieux, une sacrée patience, et une bonne dose de créativité... Voilà ce qu’il aura fallu à Anne Baillod et Jean Faravel pour venir à bout de leur projet: adapter à l’écran le célèbre conte d’Andersen, La petite marchande d’allumettes . Dans leur atelier loclois – ils partagent leur vie entre Genève et la cité neuchâteloise – maquettes 3D et personnages articulés plongent immédiatement le visiteur dans l’univers en carton de leur court métrage, à mi-chemin entre Dickens et Tim Burton. «Nous ne voulions pas travailler uniquement sur ordinateur et tenions à utiliser des matériaux sensibles.» Voilà pourquoi le couple a opté pour la technique du «stop-motion», qui consiste à décomposer et tourner le film image par image.

Nous avons dû expérimenter plusieurs techniques, inventer des solutions, en fonction des effets que nous voulions obtenir.»

Une vaste entreprise donc, et un cauchemar d’organisation. «Nous disposions de quatre plateaux et de trois animateurs pour nous épauler. En moyenne, nous tournions quotidiennement quatre secondes de film utilisables.» L’un des principaux défis: limiter la casse, les personnages étant manipulés des centaines de fois par jour. «Nous disposions donc d’un stock de bras, de cheveux, d’yeux, de bouches, nécessaires pour varier les mouvements et les expressions du visage. Le gag, c’était quand on perdait un sourcil d’un millimètre de largeur... Il fallait en retailler un avec une lunette d’horloger et le faire glisser à la bonne place à l’aide de mini-brucelles!»

Au final, dix minutes de court métrage, présentant une version légèrement modifiée du conte. «Ce qui nous a touchés dans cette histoire, c’est l’indifférence à laquelle la petite fille doit faire face. Elle est invisible aux yeux des passants, comme le sont aujour­d’hui les Roms et les migrants.» Côté animation, le couple n’en est pas à son coup d’essai. Mais c’est la première fois que la professeur d’art visuel et l’ingénieur du son – leurs métiers dans la «vraie» vie – se sont lancés dans un travail de si longue haleine. Quant à savoir s’ils réitéreront l’expérience, l’histoire ne le dit pas encore...

«Je traite de sujets qui me préoccupent»

Marcel Barelli, Genève

«J’ai la chance de pouvoir vivre de ma passion!» Depuis sa sortie de la Haute Ecole d’art et de design (HEAD) à Genève, le Tessinois Marcel Barelli enchaîne les projets. Salarié à 100% chez Nadasdy Film depuis 2009, le trentenaire planche actuellement sur une série animée didactique pour enfants, mettant en scène des dinosaures. Un thème loin d’avoir été choisi au hasard: petit, le réalisateur rêvait de devenir paléontologue. Son amour pour le dessin a finalement pris le dessus, après un petit détour par un apprentissage... de laborantin en chimie!

Animé à l’ordinateur, Ralph et les dinosaures est un travail qui s’inscrit sur la durée.

Je dirige une équipe de six personnes, qui s’occupent de l’animation à proprement parler. Pour ma part, je co-signe le scénario, je réalise et je crée le visuel de chaque personnage.»

Au final, vingt-six épisodes de cinq minutes qui devraient être bouclés en avril prochain, et diffusés sur les chaînes nationales. En attendant, son court métrage Habitat sera en compétition au festival Animatou. Davantage une succession de vignettes qu’une histoire suivie, le film – porté par un sympathique personnage d’escargot – se veut surtout une réflexion sur nos modes de vie.

En vidéo, la bande-annonce d'"Habitat", le court-métrage de Marcel Barelli, en compétition au Festival Animatou

Car ce qui compte avant tout, pour Marcel Barelli, c’est de faire passer un message, défendre une cause. «Pour moi, l’animation est un médium. Je traite de sujets qui me préoccupent, mais toujours avec une pointe d’humour.» Ainsi, ses précédents travaux portaient sur le nucléaire et sur la disparition des gypaètes barbus, avec, pour ce dernier, un parallèle clairement établi avec le sort parfois réservé en Suisse aux étrangers. Quand à Vigia, il évoque le quotidien difficile d’une abeille dans notre monde pollué. Engagé certes, mais également un beau divertissement pour sa fille de 4 ans et demi: «Elle a dû le voir un million de fois!»

A noter que, pour ce dernier film, entièrement réalisé sur papier, 4000 dessins ont été nécessaires. Pour un total de sept minutes d’animation...

«J’ai conservé mon âme d’enfant»

Marjolaine Perreten, Morges (VD)

Bienvenue dans l’univers poétique de Marjolaine Perreten, peuplé de douces créatures aux couleurs pastel… «J’ai conservé mon âme d’enfant, sourit la jeune Vaudoise de 25 ans. Certainement grâce à ma toute petite sœur, à qui je racontais souvent des histoires.» Sa dernière réalisation, Novembre, qui sera présentée à Animatou, évoque le quotidien de petits animaux au bord d’une rivière, alors que s’annonce l’hiver. Exempt de paroles, le film devient universel. «Il convient donc bien au public international des festivals, principal lieu de diffusion de courts métrages d’animation. En fait, c’est une habitude que j’ai prise à mes débuts, lorsque je n’avais pas les moyens pour ajouter des voix. C’est aussi pour cela que mon graphisme est resté très simple.» Passionnée par le dessin depuis l’enfance, Marjolaine Perreten a découvert sa vocation à l’âge de 16 ans.

J’ai eu le déclic lors d’une Nuit du Court à Lausanne. Une jeune réalisatrice était venue présenter son film. En me rendant compte qu’elle avait travaillé toute seule, je me suis dit: et pourquoi pas moi?»

Deux formations plus tard – à l’Eracom, l’école romande d’arts et communication, puis à l’école de réalisation La Poudrière à Valence (F) – et la voilà déjà à la tête d’une petite filmographie et de nombreux prix, recueillis sur le circuit des festivals. Elle planche actuellement, dans les studios de la maison de production genevoise Nadasdy Film, sur son prochain court métrage, Vent de fête. «Le temps de ce projet, je suis donc salariée à 100%.»

Sa technique de prédilection? «Je travaille essentiellement sur ordinateur. Je commence par créer des planches d’ambiance et une fois que le résultat me plaît, j’y anime mes personnages. Ce qui compte pour moi, c’est qu’à chaque fois qu’on appuie sur pause, l’image soit jolie.» En parallèle, elle remplit chaque mois un nouveau carnet de croquis, esquissant à la main hérissons, grenouilles, oisillons. «J’y note aussi des idées de futurs scénarios.» Sûr que le succès rencontré par Ma vie de courgette lui fait envie: «Mais c’est un sacré boulot, un stress constant sur le long terme: on doit finir lessivé!»

En vidéo, "Super Grand", un court-métrage de Marjolaine Perreten


Texte: © Migros Magazine / Tania Araman

 

Publié dans l'édition MM 38
19 septembre 2016

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Animatou

Des entrées à gagner

Vous êtes fans de cinéma d’animation? Pourquoi ne pas assister à une projection dans le cadre du Festival Animatou? Migros Magazine met en jeu 25 x 2 entrées pour une séance le 6, le 7 ou le 8 octobre à Genève.

Outre une belle représentation suisse (avec plus d’une vingtaine de courts métrages), le festival accueillera comme chaque année des réalisateurs du monde entier. Le pays à l’honneur de cette édition: le Canada. Dans ce cadre auront lieu plusieurs événements tournant autour de la thématique des peuples autochtones.

La manifestation est née en 2006 de l’envie de Lani Schaer et Matilda Tavelli d’offrir leur propre festival de cinéma aux enfants. Le concept a ensuite évolué au fil du temps, le monde de l’animation n’étant plus nécessairement aujourd’hui connoté jeune public.

Pour participer, rien de plus simple! Rendez-vous d’ici au 25 septembre sur le site www.migrosmagazine.ch/animatou2016 Vous y trouverez également les conditions de participation. Bonne chance!

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