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Et si le dentiste était remboursé?

Plusieurs initiatives cantonales, dont l’une a déjà abouti dans le canton de Vaud, demandent le remboursement des soins dentaires de base. Normal, ou la santé buccale relève-t-elle de la responsabilité de chacun?

Elle fait souvent mal, très mal, la facture du dentiste. Davantage que les souffrances endurées lors d’un traitement de racine ou de la pose d’un amalgame. Plus chers que chez nos voisins français ou allemands, à notre entière charge sans assurance complémentaire spécifique, les soins dentaires pèsent lourd dans le budget des Suisses. Pour corriger le tir, plusieurs initiatives cantonales (notamment dans les cantons de Vaud et du Valais) demandant l’instauration du remboursement des soins dentaires de base ont été lancées.

Prévenir ou guérir?

Dans le canton de Vaud, le texte concocté par la gauche de la gauche et soutenu par les Verts et le Parti socialiste a récemment abouti. Il propose la création d’une assurance étatique sur le modèle de l’AVS, financée par l’employé et l’employeur, et a récolté un joli succès. La preuve que l’heure est au changement?

Tout dépend du point de vue. Car pour la Société suisse des médecins-dentistes (SSO), pas question d’entrer dans la spirale des remboursements. Ce n’est pas demain que l’on militera pour la prise en charge d’une carie ou d’une inflammation des gencives. La santé dentaire est une affaire de prévention, estime-t-elle, et relève des soins que tout un chacun apporte à ses dents, la plupart des maladies pouvant être évitées grâce à une bonne hygiène dentaire. Une assurance imposée par l’Etat ne ferait qu’augmenter la bureaucratie et déresponsabiliserait la population.

En face, les arguments s’affûtent. L’impact du statut social sur la santé bucco-dentaire n’est pas une chimère. Les personnes à faible revenu sont les premières à renoncer au contrôle annuel préventif, avancent les initiants en se basant sur les chiffres récemment publiés par la Revue médicale suisse.

Renforcer la prévention ou régler la facture des frais dentaires? En attendant le verdict, mieux vaut ne pas oublier de se brosser les dents.

«Les dentistes ont très tôt obtenu un statut particulier face aux médecins.»

Vincent Barras

Vincent Barras, directeur de l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique (IUHMSP) à Lausanne, répond aux questions de Migros Magazine.

Pourquoi les soins dentaires ne sont-ils pas considérés comme n’importe quel soin médical de base?

Pour des raisons historiques qui remontent à la fin du XIXe siècle. C’est à cette époque que les dentistes se sont organisés pour constituer la SSO, la Société suisse des médecins-dentistes. Le but était de professionnaliser leur groupement pour les distinguer des charlatans et de se rapprocher des médecins tout en s’en distanciant afin de maintenir leur autonomie. Ils ont obtenu d’être reconnus à la fois comme une profession médicale et de pouvoir accéder au statut de médecin-dentiste à la fin des études universitaires. A l’inverse, d’autres pays ont décidé de les considérer comme n’importe quelle profession médicale et par là même d’inclure le remboursement des soins dentaires dans leur système d’assurance-maladie.

Mais ils auraient pu être inclus lors de la première mouture de l’ancêtre de LAMal.

C’est vrai, mais au début du XXe, lorsque la première loi sur l’assurance-maladie a été votée en 1911, on ne considérait pas non plus les soins dentaires comme essentiels. Les médecins eux-mêmes n’étaient pas favorables à ce que l’Etat vienne se mêler de leurs affaires et les médecins-dentistes ont obtenu le maintien de leur statut particulier.

La question a resurgi à plusieurs reprises et a toujours été rejetée en votation. Comment l’expliquez-vous?

L’argument principal avancé est que la santé dentaire relève avant tout de l’hygiène. Les médecins-dentistes ont très tôt axé leur discours sur la prophylaxie, c’est-à-dire la prévention, appelant tout un chacun à se responsabiliser. C’est dans l’air du temps, et cet argument semble passer auprès de la population. En effet, lorsqu’il a été appelé à se prononcer sur la question, le peuple a régulièrement opté pour le statu quo.

Pourtant, dans la plupart des pays qui nous entourent, les soins dentaires sont, à défaut d’être totalement remboursés, au moins en partie couverts...

Effectivement, mais ils ne sont pas à prendre en exemple, selon la SSO. Dans ces pays-là, fait-elle remarquer, les gens font moins attention à leurs dents, ce qui contredit l’approche axée sur la prévention.

 

Publié dans l'édition MM 35
25 août 2014

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Sondage

Trouvez-vous normal que les soins dentaires ne soient pas remboursés en Suisse?

Bruno Costa, 32 ans

«S’il s’agit de soins esthétiques, il est normal de payer. Pour le reste, l’assurance-maladie devrait prendre les frais en charge, surtout pour les enfants.»

Giselle Laurent, 49 ans

«J’ai longtemps vécu en Espagne, où le dentiste n’est pas non plus remboursé. Je suis donc habituée, mais quand toute la famille se fait contrôler, cela coûte cher.»

Elsa Da Silva, 40 ans

«Ce n’est pas normal que les soins dentaires ne soient pas remboursés. Tant pis si ma prime maladie augmente. Je préférerais cela à devoir tout payer de ma poche.»

Artur Pereira, 37 ans

«Pouvoir soigner ses dents est essentiel, comme n’importe quelle autre partie du corps. Parfois, j’hésite à me rendre chez le dentiste, car c’est trop cher. Ce n’est pas normal.»

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1 Commentaire

Anabela Santos [Invité(e)]

Ecrit le
31 août 2014

L'argumentation selon laquelle les soins ne sont pas remboursés car "la santé dentaire relève avant tout de l'hygiène" est une fausse excuse. En effet, si on pense ainsi les diabétiques qui le sont du à des mauvaises habitudes alimentaires et les fumeurs atteints du cancer du poumon (pour ne citer que ceux - ci) ne devraient pas être pris en charge ?

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