21 mars 2019

Ensemble, tout simplement

Deux cœurs, une chaumière: ce modèle de vie communautaire semble avoir fait son temps. Désormais, de nouvelles façons de former un foyer se mettent progressivement en place.

Pour Michel Masserey et Laurence Desarzens, la vie en «cluster» à Genève ne présente que des avantages.
Temps de lecture 6 minutes

Le «cluster», ou la colocation chic

Un 200 mètres carrés en plein centre de Genève qui permet de faire des économies de loyer? Tel est le miracle du «cluster». Un type de logement proposé par la CODHA – coopérative de l’habitat associatif – et qu’a adopté ce trio: Michel Masserey, journaliste culturel à la RTS, Véronique Botteron, responsable iconographique de T Magazine, le supplément du Temps, et Laurence Desarzens, directrice du site du Flon à la Haute École de musique de Lausanne. Le principe: chacun a droit à une partie privative – kitchenette, chambre et salle de bain – ainsi qu’à plusieurs pièces communes: un grand ensemble salon-couloir-­cuisine, un atrium, une terrasse, un coin télévision, une «music room».

Tout est parti de Laurence: «J’ai proposé l’idée à Véronique et Michel. On se voyait souvent on se connaissait bien. Était-il vraiment nécessaire que nous ayons chacun un appartement?» «Cela a quand même été un changement de vie assez complet», complète Michel. Sur le degré d’intimité d’un tel logement, Laurence raconte: «Nous avons tous des horaires différents, on ne se voit pas beaucoup. À tel point que, pour les repas, on privilégie plutôt la cuisine commune.» «Nous sommes trois célibataires, ajoute Michel, mais la question s’est posée de savoir comment gérer le fait que l’un de nous ramène quelqu'un un soir. On a tous dit que ce serait OK.»

«En payant chacun 1400 francs de loyer on économise plus de 600 francs par mois par rapport à nos anciens logements», s’enthousiasme Michel. Véronique, elle, aurait bien une petite réserve: «Dans les immeubles où j’ai habité, il y avait un vrai brassage de population, ici, c’est quand même très bobo – nous les premiers. 

La cohabitation, version senior

Martha, Thérèse, Viviane et Willy se sont très bien adaptés à cette nouvelle vie communautaire.

Cinq aînés vivent en colocation dans un attique situé au sommet du bâtiment qui abrite le Buffet de la Gare de Sierre (VS). Il s’agit de l’un des huit appartements Domino (pour DOMIcile Nouvelle Option) que gère le Centre médico-social de la région. En gros, ces structures sont un peu le chaînon manquant entre logis indépendant et EMS.

Marie-Josée Epiney, l’auxiliaire qui accompagne les locataires ce jour-là, nous invite à pénétrer dans un vaste espace constitué d’un salon et d’une salle à manger. Les seniors sortent de leur chambre individuelle pour venir nous accueillir. Il y a Martha Sermier (83 ans), Thérèse Fuchs (90 ans), Willy Oriani (78 ans) et Viviane Knöpfel (66 ans). Une dame reste en retrait, elle ne souhaite pas témoigner.

«Cela fait six ans que je suis ici. Mon médecin estimait que je ne pouvais pas rester chez moi. Au début, ça a été un peu dur, il a fallu que je m’adapte…» L’histoire de Martha ressemble à celles de ses voisins, qui ont tous dû se résoudre à quitter leur domicile pour venir s’installer dans ce cadre accueillant et sécurisant.

À l’exception de Willy quiregrette son logement d’avant, tous ont fini par s’accommoder à cette vie communautaire. «J’ai été surprise en bien», relève Thérèse. Ces personnes âgées se disent ravies de pouvoir conserver leur indépendance et leur intimité, tout en bénéficiant d’un encadrement médico-social adapté à leurs besoins. «Au Domino, nous sommes choyés et nous avons plus de liberté que dans un home!»

«Vivre en colocation à notre âge, ce n’est pas forcément évident et pourtant je trouve que ça se passe vraiment bien», résume Viviane.

L’appartement pour handicapé, un modèle d’avenir

Ginette Frioud dans son appartement adapté à son handicap.

«Je me plais ici!», s’exclame Ginette Frioud, retraitée de 71 ans, qui habite seule dans cet appartement de deux pièces à Écublens (VD) depuis environ sept ans. Sa particularité: il a été entièrement conçu pour les personnes qui, comme Ginette, ont un handicap. «Avant de m’y installer, j’ai résidé pendant longtemps dans une maison qu’on avait un peu adaptée à ma condition puisque je suis en chaise roulante depuis que j’ai 4 ans et demi. Petite, j’ai eu la polio, une maladie qui attaque les nerfs des muscles et qui m’a fait perdre l’usage de mes jambes. Cela ne m’a néanmoins pas empêchée d’être autonome et d’exercer pendant environ quarante ans mon métier de podologue.»

À l’approche de la retraite et l’âge avançant, Ginette s’est dit qu’il fallait qu’elle trouve un logement plus adapté qui lui permette de garder son indépendance avant d’entrer à l’EMS. C’est alors qu’elle est tombée par hasard sur ces nouveaux immeubles gérés par la régie Alterimo, spécialisée dans les logements protégés. «Je me suis tout de suite inscrite et j’ai fait partie des premières locataires du lieu.» Les avantages? La cuisine a par exemple été abaissée pour que Ginette puisse facilement accéder au plan de travail, aux plaques de cuisson ou encore au four. Ensuite, il n’y a pas de seuils entre les pièces et la retraitée peux donc facilement circuler, sans obstacles. Les portes sont quant à elles coulissantes, ce qui est pratique quand on est en chaise roulante. «Côté salle de bain, je suis là aussi très satisfaite, car la douche est entièrement ouverte et le miroir tout en longueur me permet de m’y voir sans difficulté», explique-t-elle.

L’immeuble est aussi adapté aux personnes à mobilité réduite et aux seniors avec par exemple une buanderie à chaque étage. «Tout cela rend le quotidien plus facile pour moi. C’est important, car j’ai un caractère indépendant et je suis de nature plutôt casanière», conclut Ginette.

Camping paradis

La vie au camping des Brenets (NE) a pour Christine et Jean-Paul Bally des airs d’éternelles vacances.

C’est leur quatrième hiver au camping des Brenets (NE). Christine et Jean-Paul Bally, 61 et 66 ans, n’ont pas hésité à lâcher leur appartement de Genève pour s’installer dans un coquet mobile home. Cinquante mètres carrés avec un petit coin de jardin, une pergola qui domine les méandres du Doubs et les biches qui viennent brouter juste devant la barrière.
«La ville, ça va pour travailler. Mais on savait qu’on n’y passerait pas notre retraite. On est plus campagnards que citadins!» Il faut dire que le couple avait déjà l’habitude des vacances au camping. La tente, la verdure dès le réveil et un lopin de fleurs à bichonner pour madame. Suffisait de trouver un lieu qui accepte les locataires à l’année. C’est chose faite.

«On nous prend pour des romanichels, mais on laisse dire. On ne se sent pas du tout nomades, on veut juste être tranquilles», précise l’ancien employé des TPG. Vivre dans un petit espace ne leur pose aucun problème, «il suffit d’être bien organisé». Il faut dire que le mobile home est équipé de tout le confort possible, chauffage, télévision, wifi, et qu’avec sa pièce rajoutée, il ressemble furieusement à une petite villa. «Mais, location du terrain et charges comprises, c’est nettement moins cher qu’un appartement citadin!»

Pour Christine, originaire du canton de Neuchâtel, c’est un peu un retour aux sources. Quant à Jean-Paul, il «se plaît partout»: «Je me suis mis à la pêche, j’ai une petite barque. On fait beaucoup de marche, on a des vélos électriques et on a commencé le ski de fond!»

Sûr que la vie au camping leur va comme une roulotte. Pas trop de promiscuité? «Ce n’est pas plus gênant que dans un immeuble. Ici, on connaît nos voisins et on se retrouve de temps à autre pour le café. C’est comme un village. On sait qu’on peut compter les uns sur les autres, on s’entraide», disent-ils en chœur. Apéros de saison, tournoi de pétanque et petits menus concoctés au restaurant du camping, – «le cuisinier nous prévient quand il fait des tripes, de la langue ou de la truite au bleu!» – la vie aux Brenets prend des airs de vacances. Pas le temps de s’ennuyer, même pendant les longs hivers. «Entre le tricot et les mots fléchés, on ne l’a pas vu passer. Et puis on reçoit nos trois petits-enfants à tour de rôle», conclut le couple, qui espère bien vivre là encore trente ans.

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