26 novembre 2018

Sous le charme de l’Aubonne

De Bière (VD) à Aubonne, en suivant le fil de l’eau. Entre clairières et forêts de feuillus, une flânerie en clair-obscur le long de la rivière éponyme, dans un décor tour à tour sauvage et apaisé. Envoûtant. 

l’Aubonne
L’étang de l’Arboretum du vallon de l’Aubonne, où se reflètent tulipiers et nyssas canadiens. (Photo: Isabelle Favre)

C'est décidé: le fil rouge de la journée sera bleu! Ou disons bleu-vert, comme l’Aubonne qui commence son parcours visible en filet dans le village de Bière (VD), après avoir traversé en souterrain un pli du Jura. On l’aperçoit juste là, qui s’engouffre sous le petit pont de la rue du Tir-Fédéral. Puis on la perd de vue un instant, le sentier pédestre suivant le chemin de la Papeterie, d’abord entre les villas puis à ciel ouvert.

«Il y avait autrefois, de 1603 à 1837, une papeterie qui fonctionnait à l’hydraulique. On y faisait de la pâte à papier à partir de vieux chiffons», raconte Christophe Blanchard, jardinier à l’Arboretum, ravi de venir se dégourdir les jambes. Lumière rasante sur les labours et les champs de betteraves. Air vif et cristallin, criblé de chants d’oiseaux et de sonnailles. Le chemin descend doucement et rejoint le sous-bois avec les premiers poteaux indicateurs. Direction l’Arboretum.

Le chemin descend doucement et rejoint le sous-bois avec les premiers poteaux indicateurs. (Photo: Isabelle Favre)

Une rivière endormie

À l’entrée de la forêt, un arbre arrête le regard du spécialiste. «C’est un frêne malade, victime de chalarose. Le champignon attaque les parties aériennes et les racines, et l’arbre développe des branches basses. Tous les frênes d’Europe en sont atteints. On espère qu’un petit pourcentage sera résistant, vu qu’il n’y a pas de traitement connu.»

À cet endroit, on retrouve aussi l’Aubonne, flapie dans son lit. Elle gargouille à peine: 150 l/seconde au lieu des 6000 l/seconde en cette saison. Mais elle est bien là, qui divague entre les pierres et les feuilles mortes. Tout autour, des troncs magnifiques, pour certains enroulés de lierre à partir d’une certaine hauteur comme des pattes de caniche au sortir du coiffeur.

Des berges instables

On marche en fait sur une moraine de glacier, creusée de cavités. À voir les balafres et les ravines à certains endroits du paysage, on comprend pourquoi les berges de l’Aubonne sont instables. D’ailleurs, tout à coup, au coude de la rivière, le chemin s’arrête net, impossible de continuer. Devant s’ouvre une large brèche, un éboulement dû sans doute aux fortes précipitations du printemps. Reste à improviser… Revenir en arrière? Non, traverser le faible cours d’eau par le miracle d’un tronc couché et continuer en se battant contre les branches basses du sous-bois. On refranchira la rivière un peu plus loin pour rejoindre le sentier officiel qui nous attend sur les hauteurs.

Dans la forêt, le sentier rejoint le bord de l’eau. La passerelle permet de garder les pieds au sec dans cette zone détrempée. (Photo: Isabelle Favre)

Le sentier longe une forêt d’épicéas laissée à elle-même, avec ses troncs raides et hérissés, où sinue un seul érable comme un corps de danseuse au vert fluorescent. Après un pont (que l’on ne traverse pas), on descend par un petit escalier qui rejoint le bord de l’eau où fusent les cincles plongeurs. Et on continue par une passerelle bucolique à souhait, qui permet de garder les pieds au sec dans ces zones souvent détrempées.

Un havre de beauté

Au sortir de la forêt, on entre véritablement dans le parc de l’Arboretum. Ce vallon rassemble une collection extraordinaire de plantes, d’ici et d’ailleurs, à commencer par la centaine d’essences de pins et les quelque deux cents variétés de roses botaniques, sans parler de la reconstitution d’une forêt japonaise. Un havre de beauté avec son étang où se reflètent les tulipiers aux couleurs safran et les nyssas canadiens, particulièrement convoités par les castors. «On est obligé de protéger leurs troncs avec un treillis! Ces rongeurs mangent jusqu’à 600 grammes d’écorce par jour. Mais on a planté des saules pour eux près du lac…», sourit Christophe Blanchard.

Laure Borgeaud, responsable de l’accueil à la Maison de la Rivière, qui prépare justement un projet de sentier didactique. (Photo: Isabelle Favre)

Sans oublier de saluer le séquoia cinquantenaire, devant la buvette, on continue la route en descendant jusqu’au parking, avant de bifurquer à gauche par un sentier de copeaux juste sous les épicéas bleutés. En quelques enjambées, on rejoint le chuintement de l’eau par un chemin forestier qui finit par se confondre avec le parcours Vita.

Peu à peu, l’Aubonne s’élargit, prend ses aises et semble avancer d’un pas de sénateur. «Des passes à poissons ont été installées à certains endroits pour permettre aux salmonidés, en l’occurrence des truites, de remonter pour la fraie entre décembre et janvier», explique Laure Borgeaud, responsable de l’accueil à la Maison de la Rivière, qui prépare justement un projet de sentier didactique: «C’est un des rares cours d’eau que l’on peut longer de bout en bout. L’idée est de créer un sentier qui permettra de le suivre de sa source jusqu’à son embouchure à Allaman. Il s’agit de rendre certains passages plus accessibles, mais on espère l’inaugurer en automne 2019!»

Le temps de lever les yeux sous les mille confettis verts, ambre et or des hêtres, de jeter un dernier coup d’œil au velours des pâturages frisottés de lumière, et l’on débouche sur la grand-route. Le bourg d’Aubonne surgit à droite sur la colline, on l’atteint par un raidillon de terre. Il vaut la peine d’y entrer précisément par cette ancienne porte du rempart et de s’y perdre quelques heures en flânant dans ses ruelles médiévales jusqu’au château et sa tour au bulbe insolite...

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