21 juillet 2014

Soutien-gorge: en porter ou pas?

Les féministes n’y mettent plus le feu, comme dans les années 60. N’empêche, l’utilité du soutien-gorge se voit régulièrement contestée. Bonnet blanc et blanc bonnet?

Une femme dégraffant son soutien-gorge.
L'utilité du soutien-gorge est remis en question par certain(e)s. (Photo: ©Keystone)

Mets un soutien-gorge, autrement bientôt tu auras les seins sur les genoux.» Les femmes auront été assez prévenues! Sauf que régulièrement, même si c’est de façon moins catégorique que les féministes des années 60, qui y boutaient allègrement le feu, l’utilité du soutien-gorge se voit contestée.

L’an dernier, une étude menée par le médecin du sport Jean-Denis Rouillon à l’hôpital de Besançon créait le buzz. Elle décrivait les effets positifs suivants observés après l’abandon du soutien-gorge: «Le mamelon remonte en moyenne de 7 millimètres en un an par rapport à l’épaule», «les seins se raffermissent», «les vergetures s’estompent». Au point que la plupart de ces femmes «ne supportent plus le soutien-gorge» et décrivent «une amélioration en termes de respiration et de confort».

Avec ou sans, ce serait donc loin d’être bonnet blanc et blanc bonnet. On ne parle même pas des rumeurs alarmistes envahissant internet à propos d’un lien possible entre port du soutien-gorge et cancer du sein.

Jean-Denis Rouillon insistait également sur le fait qu’une réelle dépendance pouvait se créer: «Si la femme met un soutien-gorge dès l’apparition de ses seins, l’appareil suspenseur (situé sur le haut du corps) ne travaille pas correctement et ses tissus de suspension se distendent.»

En gros, à force d’être suppléés par une armature artificielle, les muscles de la poitrine se montreraient de moins en moins capables de soutenir ce qui doit être soutenu: bref le soutien-gorge, plus on le porte, plus on en aurait besoin.

«Pas de lien établi entre cancer et soutien-gorge»

Dr Ali Modarressi, médecin adjoint, Service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, HUG.
Dr Ali Modarressi, médecin adjoint, Service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, HUG.

Dr Ali Modarressi, médecin adjoint, Service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, HUG.

Peut-on sans dommage se passer, par exemple le temps d’un été, de porter un soutien-gorge? Qu’en est-il de la crainte que l’absence prolongée de soutien-gorge favorise la chute des seins?

Si une jeune femme qui a des seins d’une taille de bonnet A ou B ne porte pas de soutien-gorge, ses seins ne vont pas s’affaisser davantage qu’avec le port d’un soutien-gorge. Le risque est plus important pour des seins plus volumineux et plus lourds, où le soutien-gorge sert à soutenir et à contrecarrer en partie la gravité. Un soutien-gorge de bonne qualité et bien adapté soulage ces femmes, et l’on sait aussi que leurs seins tomberont moins.

Que faut-il penser des conclusions de cette étude affirmant que les femmes qui abandonnent le soutien-gorge s’en portent mieux?

L’étude que vous mentionnez n’est pas scientifique et les résultats sont statistiquement non significatifs. Le médecin du sport qui l’a menée le reconnaît par ailleurs. L’étude a été effectuée sur un tout petit échantillon de femmes, de surcroît jeunes et avec des seins de petite taille. Cependant, chez une femme d’une quarantaine d’années avec des seins plus volumineux, par exemple, les seins auront plus tendance à tomber sans le port d’un soutien-gorge. Dans tous les cas le port du soutien-gorge est d’abord une question de confort. Certaines patientes ne peuvent pas vivre sans et le portent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, quand d’autres ne le porteront jamais.

Internet bruisse de rumeurs sur un lien entre cancer et port du soutien-gorge. Légendes urbaines?

Ce que l’on sait, c’est qu’il y a de plus en plus de cancers du sein dans la population. Le milieu scientifique est tenté alors de chercher ce qui a changé, et différentes pistes sont explorées. Par exemple, une étude a démontré que l’aluminium peut augmenter le cancer du sein chez les animaux. Depuis, bien qu’il n’y ait eu aucune étude clinique démontrant que les déodorants contenant des sels d’aluminium augmentent le risque de cancer chez la femme, il est recommandé d’utiliser les déodorants sans sels d’aluminium. A ma connaissance, par contre, il n’existe aucune étude scientifique qui démontre qu’il y ait plus de risques de cancer si vous portez un soutien-gorge.

Selon la même étude, le soutien-gorge pourrait créer une dépendance inutile. Crédible?

Il y a des petites fibres entre le sein et le muscle pectoral qui tiennent le sein, mais ce sont des ligaments, pas des muscles. Vous ne pouvez pas muscler vos ligaments. Il est donc difficile d’imaginer comment «les tissus de suspension» se distendraient en l’absence de soutien-gorge, et comment les femmes en deviendraient dépendantes.

Que pensez-vous de l’avis de cette ostéopathe: «Les femmes qui font confiance à leur soutien-gorge n’ont plus la sensation d’avoir des seins, et elles adoptent alors une mauvaise posture?

Une femme sportive, avec un dos musclé, sans soutien-gorge fera peut-être davantage travailler son dos et aura une meilleure posture. Cependant, une dame qui présente une surcharge pondérale et qui a des seins de taille importante verra tout le poids de son sein soutenu par le dos. Si son dos est trop faible, cela va provoquer des douleurs dorsales.

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