11 décembre 2017

«Star Wars» ou l’éternel retour de la Force

Le huitième volet de la saga, «Les derniers Jedi», déboule mercredi sur les écrans. Quarante ans de succès et pas une ride sur le front de Chewbacca! Porté par les mythologies, le feuilleton intergalactique est en passe de devenir un nouveau mythe à lui tout seul.

«Les derniers Jedi»
Mark Hamill, alias Luke Skywalker, reprend du service pour former Rey (Daisy Ridley), jeune Padawan, sur le chemin de la force. (Affiche: Studio Disney/DR)

Le grésillement des sabres laser, les hurlements asthmatiques de Chewbacca, l’éternelle lutte entre le Bien et le Mal, quelque part dans une lointaine galaxie... Voilà que débarque le huitième épisode de la saga des étoiles, Les derniers Jedi, ce mercredi 13 décembre.

Star Wars, c’est davantage qu’un poids lourd du cinéma. C’est un ovni qui a chamboulé le box-office et les imaginaires. Soit quarante ans de succès entre le premier épisode, Un nouvel espoir, sorti en 1977 (le quatrième dans la chronologie narrative), et le dernier. «Plusieurs ingrédients expliquent cette longévité. Mais c’est surtout un mythe actif, qui continue à se modifier avec le temps. On croyait que les contes n’étaient que pour les enfants, mais non! L’humain, même adulte et moderne, a besoin de mythes, parce que ce sont eux qui donnent sens à la vie, qui éclairent les problématiques du quotidien», analyse Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs, à Yverdon. Laquelle expose justement treize artistes contemporains internationaux, qui se sont emparés de la symbolique de Star Wars («Je suis ton père!», à voir jusqu’au 14 octobre 2018). Aucun doute: la Force est encore parmi nous!

Et vous, irez-vous voir le dernier «Star Wars»?

«Les mythes relaient des angoisses vieilles comme le monde»

Alain Corbellari, professeur de littérature médiévale aux Universités de Lausanne et de Neuchâtel

Le huitième épisode de «Star Wars» débarque. Comment expliquez-vous cette longévité?

Il y a quelque chose de très universel dans cette saga. Elle nous fait revenir à des histoires de chevaliers comme au XIIe siècle. Le nombre de références est saisissant! Il faut dire qu’au niveau narratif et imaginaire, les récits médiévaux sont indépassables.

L’œuvre de George Lucas puiserait donc dans la tradition médiévale...

Oui, Luke Skywalker est clairement inspiré de Perceval, figure légendaire de Chrétien de Troyes. Tous deux évoluent dans un monde désertique, ils sont naïfs, ne savent rien de leurs origines et découvrent peu à peu la chevalerie. De même, les sabres laser dérivent directement des épées médiévales. L’honneur chevaleresque est aussi très présent, les Jedi sont assez proches de la Table ronde.

Et la mythologie antique, a-t-elle aussi servi de terreau d’idées?

Bien sûr, on retrouve aussi des éléments du mythe d’Œdipe, quand Luke doit tuer son père, sans savoir que c’est lui. Il y a aussi des emprunts à la mythologie scandinave avec le récit de la main coupée. Quant à Yoda, il est clairement d’influence orientale, mais il correspond aussi à l’ermite médiéval, tel qu’on le rencontre dans La Quête du Graal.

Les effets spéciaux ne sont donc pas la seule recette du succès...

Le succès vient surtout du fait que «Star Wars» est à la charnière de deux époques. Issu de la période des Trente Glorieuses, qui valorise les notions de progrès et de science-fiction technologique, Star Wars amène déjà des éléments d’heroic fantasy, magie, ésotérisme, pessimisme face au progrès, qui sont les ingrédients d’aujourd’hui. Avoir réussi ce syncrétisme avant l’heure, c’est tout le génie de Lucas!

En quoi Luke et Dark Vador sont-ils des archétypes?

Si Luke est un avatar de Perceval, Dark Vador serait davantage le super-méchant, qui est une idée plus récente, née au XXe siècle. Jusque-là, sous l’influence du christianisme, le héros parvenait toujours à vaincre les monstres. Mais le manichéisme a créé l’opposant éternel du héros et cette notion que le Mal n’est pas moins fort que le Bien. C’est l’archétype du mal invincible (ou presque).

La saga a engendré aujourd’hui son propre mythe: elle inspire des artistes contemporains...

Les mythes ne se renouvellent jamais et se renouvellent toujours. Les personnages de la mythologie grecque ne nous parlent pas tous avec la même force. Mais d’autres personnages plus contemporains les relaient. Chaque époque a son avatar mythologique de référence. Prométhée a inspiré Faust, qui a lui-même été repris par Frankenstein. Quand un élément devient archétypique, cela ne sort jamais de nulle part.

Même au XXIe siècle, l’homme a-t-il toujours besoin de mythes?

Les mythes relaient des angoisses vieilles comme le monde. Ils répondent à des questions existentielles comme: Qui suis-je? Où vais-je? Comment trouver ma place? On assiste d’ailleurs aujour­d’hui à un retour en force de la mythologie grecque, à travers la bande dessinée notamment. Les récits de l’Antiquité ont cette incroyable force morale et philosophique, cette capacité à nous faire réfléchir, même s’ils ne sont pas narrativement aussi porteurs que les légendes médiévales.

Benutzer-Kommentare