16 février 2018

L’humanité se déshumanise

L'éditorial de Steve Gaspoz, directeur de la rédaction.

Steve Gaspoz
Steve Gaspoz, directeur de la rédaction.

Sommes-nous devenus insensibles à la détresse humaine? Avec la succession des catastrophes, la stagnation des guerres et l’exode continu de populations entières, nous sommes confrontés quotidiennement à la détresse, à la fuite vers un avenir plus sûr, meilleur aussi, de milliers de gens. Pourtant, nous sommes de plus en plus indifférents à ce qui arrive autour de nous.

Les déplacés ou les morts ne sont plus que des chiffres, des statistiques. N’est-ce pas horrible que de compiler dans les médias les morts par dizaines, centaines ou milliers pour refléter l’ampleur d’une catastrophe? Sachant que de toute manière personne ne parvient à se représenter concrètement ces chiffres, sans compter que la distance physique et culturelle n’aide guère.

Les victimes d’un événement apparaissent davantage comme un baromètre de celui-ci. Il est d’autant plus grave qu’il y a d’humains concernés, mais ce que l’on retient, c’est l’événement et non les personnes touchées. Un exemple, la guerre qui mine la Syrie. Chaque jour est rythmé par des annonces de type militaire et les exactions des uns et des autres. Que deviennent les habitants? Y en a- t-il encore en route? Certains ont-ils pu rentrer? Certaines parties du pays sont-elles en reconstruction? Pas un mot là-dessus. Cyniquement, on dira: «ça ne fait pas vendre».

L’être humain n’a plus les faveurs de notre époque. Du moins dans son humanité. Il est davantage un coût, un bénéfice ou un poids qu’une personne comme nous. L’autre ne nous concerne que dès lors qu’il interfère avec notre univers. Nous cherchons alors bien souvent seulement une manière de l’en écarter, de le rejeter au plus loin. Le constat est amer, mais l’interrogation bien réelle: sommes-nous en train de perdre notre humanité?

Lire l'entretien de Roger Mayou, directeur du Musée international de la Croix-Rouge

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