23 février 2018

Supprimer le demi-tarif pour rendre le train plus attractif

Plusieurs associations soutiennent l’idée d’une suppression de l’abonnement et d’une réduction de moitié des tarifs des transports publics.

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L’association Pro Bahn dénonce régulièrement les tarifs trop élevés des billets CFF pour les voyageurs sans carte demi-tarif. (Photo: Keystone)
Temps de lecture 4 minutes

Supprimer l’abonnement demi-tarif et baisser de moitié le prix des billets pour l’ensemble des voyageurs. Voilà le pavé dans la mare lancé par Thomas Häne, responsable voyageurs des CFF, lors d’une interview accordée à la NZZ le 15 février. Il y explique que, loin d’être encore appliquées, il s’agit de mesures à examiner. Mais il n’en fallait pas plus pour que les associations actives dans le domaine des transports s’emparent du sujet. Pour elles, l’idée est réjouissante. «Beaucoup de personnes ne fréquentent plus les transports publics, car les prix sont trop élevés», s’indigne Andreas Theiler, actif chez Pro Bahn. Parmi elles, les voyageurs occasionnels qui ne détiennent pas la carte demi-tarif. Un abonnement que possède néanmoins une grande partie de la population.

Aujourd’hui, 2,5 millions de personnes souscrivent à cette carte de réduction. En 2017, elle a rapporté près de 385 millions de francs aux entreprises de transports publics. Mais pour Pro Bahn, cette carte pourrait être aisément supprimée et la perte de recettes compensée: «Par exemple, les dépenses liées à la distribution de la carte, qui sont très élevées, disparaîtraient», signale Andreas Theiler. Autant d’économies qui pourraient donc profiter aux usagers. Encore faudrait-il mettre d’accord l’ensemble des entreprises du secteur des transports publics. Et pour l’heure, aucune discussion n’est à l’ordre du jour.

Êtes-vous pour la suppression de l'abonnement demi-tarif?

Lisa Mazzone: «Les tarifs trop élevés des transports publics dissuadent les voyageurs occasionnels»

Lisa Mazzone, conseillère nationale (Les Verts/GE) et vice-présidente de l’ATE (Association transports et environnement).

Quels seraient les avantages de la suppression du demi-tarif et de la baisse des prix?

Tout le monde devrait profiter des billets à demi-tarif sans devoir payer un abonnement. Aujourd’hui, les gens sont divisés entre ceux qui ont une carte demi-tarif – cet abonnement qui fait en quelque sorte office de carte de membre d’un club – et ceux qui ne l’ont pas et qui doivent payer très cher leurs billets de train. Des tarifs élevés qui sont dissuasifs pour beaucoup de personnes comme les voyageurs occasionnels. Ces derniers ont en effet tendance à renoncer à prendre le train et opter plutôt pour la voiture. La baisse des prix permettrait donc d’être davantage concurrentiel.

Cette baisse profiterait donc principalement aux voyageurs occasionnels?

Oui, ils seraient alors fortement incités à prendre le train. Ce serait un argument très intéressant pour eux mais aussi pour les touristes ou encore les voyageurs d’affaires. Quant aux détenteurs de la carte demi-tarif, ils n’auraient plus à la payer ou à se demander s’il faut ou non la renouveler.

Le demi-tarif permet aussi de fidéliser les usagers. En le supprimant, peut-on craindre l’effet inverse?

Non, je ne pense pas. Le train est très bien implanté en Suisse, le réseau est de très bonne qualité et efficace. Les gens ne risquent donc pas de s’en détourner. Au contraire, je pense qu’on pourrait faire basculer sur le rail les gens qui optent plutôt pour la route.

En 2017, la vente du demi-tarif représentait 385 millions de francs. Comment compenser cette perte?

D’abord il faut souligner que cette somme ne représentent que 5% des recettes de billetterie. C’est un chiffre relativement faible. Ensuite cette perte pourrait être compensée d’une part par une réduction des frais administratifs qui étaient liés au demi-tarif, mais aussi et surtout, on pourrait espérer que le taux de remplissage des trains soit amélioré puisque aujourd’hui il s’élève à moins de 30%. Une attractivité accrue du train en dehors des heures de pointe augmenterait la clientèle et les recettes.

Le responsable voyageurs des CFF a indiqué que la suppression du demi-tarif et la réduction des prix étaient une solution à examiner. Est-ce un signe encourageant?

Oui, je trouve positif que les CFF eux-mêmes se posent ces questions-là. Selon moi, la politique tarifaire est l’un de leurs gros points noirs. D’un côté, on a un réseau très dense et d’une qualité exceptionnelle, mais de l’autre, on a des prix qui peuvent dissuader certaines personnes de les emprunter. C’est vraiment problématique.

Concrètement, est-ce que ces mesures sont réalistes ou est-ce un mirage un peu lointain?

Je pense que c’est réaliste et qu’il faut en tout cas qu’il y ait une réflexion tarifaire. C’est essentiel. C’est une façon de montrer que les CFF sont sensibles à l’accessibilité de leur offre pour la population. Si cette revendication n’aboutit pas, il est nécessaire de trouver des voies intermédiaires visant à adapter les tarifs, pour être plus concurrentiel par rapport à la voiture et, finalement, jouer son rôle de service public.

Est-ce le bon moment pour aller dans ce sens?

Tout à fait. La Confédération vient malheureusement d’accorder, la semaine passée, des autorisations pour des bus longue distance en Suisse. Jusqu’à présent, ils n’avaient pas le droit de faire différents arrêts en Suisse. Donc, face à cette nouvelle concurrence directe, il faut agir en proposant des tarifs meilleur marché pour le train.

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