18 février 2013

Sur la plus longue piste de luge du monde

Grindelwald n’est pas seulement le paradis des skieurs et des alpinistes. Les lugeurs y trouvent aussi leur compte avec notamment un tracé de 15 km.

Temps de lecture 5 minutes
Pour se rendre au sommet de la piste à 2680 m d’altitude, il faut prévoir environ deux heures trente de marche.
Pour se rendre au sommet de la piste à 2680 m d’altitude, il faut prévoir environ deux heures trente de marche.

Qui souhaite se rendre à Grindelwald a tout intérêt à se lever de bonne heure. Tout d’abord, parce que la route menant à la station offre au petit matin un spectacle époustouflant, notamment le long du lac de Thoune. Mais aussi parce que l’escapade prévue ce jour nécessite de réserver davantage qu’une demi-journée.

Luge à Grindelwald.

Emprunter la plus longue piste de luge du monde ne se fait pas à la va-vite. Pour arriver au départ du tracé, il faut ainsi grimper en télécabine de la station de l’Oberland bernois jusqu’à First à 2166 m (compter pour cela une trentaine de minutes) puis se rendre à pied jusqu’au Faulhorn qui culmine à 2680 m (prévoir alors environ deux heures trente de marche). Baptisé Big Pintenfritz, le chemin jalonné de piquets violets tout le long de ses quinze kilomètres relie le sommet à Grindelwald en passant par le hameau de Bussalp.

Les aléas de la météo…

Toni Fuhrer, responsable de la préparation des pistes de First:«Le tracé de luge est bichonné comme une piste de ski»
Toni Fuhrer, responsable de la préparation des pistes de First:«Le tracé de luge est bichonné comme une piste de ski»

Voilà pour la théorie. Dans la pratique, il peut arriver que Dame Nature joue des tours aux lugeurs. C’est précisément le cas le jour de notre reportage. «Les pluies de cette nuit ont rendu le dernier tronçon du parcours impraticable, explique Toni Fuhrer, le responsable de la préparation des pistes de ski et de luge pour le domaine de First. Du coup, ce matin, nous n’avons pas ouvert la première partie du chemin afin que les lugeurs n’arrivent pas dans un cul-de-sac.»

Dès la fermeture des pistes, les dameuses entrent en action.
Dès la fermeture des pistes, les dameuses entrent en action.

Devant notre mine déconfite, le Bernois s’empresse d’ajouter: «Ne vous en faites pas. Nous allons trouver une solution.» En deux temps et trois téléphones, un plan B est mis sur pied: de First, nous monterons jusqu’au Faulhorn en dameuse. Elle ouvrira le chemin et préparera une partie de la piste spécialement pour nous afin que nous puissions la tester. Ensuite, nous rebrousserons chemin à bord du même engin afin de ne pas devoir finir le parcours à pied jusqu’à la station.

Avant de partir, Toni Fuhrer précise: «Les pistes de luge sont bichonnées comme n’importe quel autre tracé. Et côté sécurité, il n’y a pas de craintes à avoir: les contrôles anti-avalanches sont les mêmes qu’il s’agisse de chemin pour lugeurs, skieurs ou marcheurs.»

Au Faulhorn (2166m), un restaurant permet aux lugeurs de reprendre leurs forces avant de dévaler la pente.
Au Faulhorn (2166m), un restaurant permet aux lugeurs de reprendre leurs forces avant de dévaler la pente.

Occupé à la révision des différents engins et à la gestion de son équipe de neuf personnes, Toni Fuhrer nous laisse maintenant entre les mains de Christian Schlunegger. C’est lui qui nous mènera au sommet du Faulhorn. «Je suis bien content de pouvoir venir avec vous. Je préfère conduire les dameuses que de rester dans le garage», avoue celui qui est également forestier-bûcheron en été.

Avec un doigté certain, le jeune homme de 23 ans conduit le puissant engin poussant des montagnes de neige fraîche sur le côté. Les gestes sont précis, et la machine se fraie un chemin au centimètre près dans la montagne; un faux mouvement pouvant à tout moment entraîner notre chute.

De First au Bachalpsee recouvert de neige, le chemin à flanc de coteau est relativement plat. Mais après avoir quitté le petit lac qui fait le bonheur des pêcheurs de truite en été, la route s’avère nettement plus raide et laisse penser que l’accès à la piste de luge n’est peut-être pas approprié pour des marcheurs non entraînés ou des enfants.

La dameuse avale toutefois toutes les difficultés de la pente, et nous atteignons le sommet en quelques minutes. Là, un restaurant (aujourd’hui lui aussi fermé) permet normalement aux lugeurs de reprendre leurs forces avant de dévaler la pente.

Luge à Grindelwald.
Luge à Grindelwald.
Luge à Grindelwald.

Il est temps de s’élancer. Très vite, le vent glacial gifle et fige nos visages. Pourtant, le plaisir de la glisse est au rendez-vous, et les joies de l’enfance remontent instantanément à la surface.

Alors que les passages les plus raides garantissent quelques montées d’adrénaline bienvenues (surtout lorsque les chaussures ne permettent pas un arrêt immédiat), les tronçons les plus faciles doivent parfois se faire à pied. En effet, la neige légèrement trop molle freine quelque peu notre course.

Luge à Grindelwald.

C’est paradoxalement durant ces instants que la piste se montre sous son aspect le plus spectaculaire. Il vaut la peine de prendre le temps de s’arrêter pour écouter un silence trop souvent absent dans notre quotidien. Surtout, la situation du chemin loin des remontées mécaniques dévoile un paysage vierge de toute civilisation.

Ne s’offrent alors aux spectateurs que des monts enneigés à perte de vue. La vision est saisissante et marque les esprits; les simples mortels devant cette beauté éternelle ne pouvant que faire preuve d’humilité...

En temps normal, la piste continue jusqu’à Bussalp où plusieurs chemins mènent alors à Grindelwald. La piste officielle suit la route enneigée qu’empruntent eux-mêmes des bus de ligne. La prudence est alors de mise, car un klaxon de car indique aux lugeurs qu’ils devront immédiatement se mettre sur le bas-côté.

Luge à Grindelwald.

Celles et ceux qui n’ont pas envie de marcher avant de dévaler les pentes de l’Oberland bernois trouveront bien évidemment aussi ici leur bonheur. Car avec plus de cent kilomètres de pistes balisées, la région de la Jungfrau propose une offre pour le moins diversifiée.

De Grindelwald, la plus longue télécabine d’Europe mène par exemple au Männlichen. De là, la piste redescend à la station en offrant de sublimes vues sur la face nord de l’Eiger. Virages serrés et raidillons exigent toutefois une certaine maîtrise de la luge.

Plus loin, à Wengen, un autre tracé longe en partie la célèbre piste du Lauber-horn alors qu’à Mürren le parcours Bob run permet de revivre les aventures de James Bond. C’est en effet ici que Peter Hunt a tourné en 1969 le film Au service secret de Sa Majesté et la célèbre scène de poursuite à ski.

Quant aux plaisirs de la glisse nocturne, ils sont également possibles, notamment sur la piste éclairée Eiger run en contrebas de la Petite-Scheidegg. Décidément, la station de l’Oberland bernois mérite bien que l’on prolonge son séjour.

Photographe: Raffael Waldner

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