5 août 2013

Sur la trace des contrebandiers entre Morzine et Champéry

La montée au col de Cou, entre Morzine (F) et Champéry (VS), constitue une excellente mise en jambes pour toute la famille. Pour les passionnés d’histoire, de légendes, de flore et de volatiles!

lac des Mines d’or
La randonnée commence au lac des Mines d’or en Savoie.
Temps de lecture 5 minutes

Quand on entre dans la vallée de la Manche (F), on change d’époque. Pas l’ombre d’une remontée mécanique, d’un ski-lift ou d’une télécabine. Cette vallée du Chablais savoyard, colonisée par les Walser dès le Moyen Age, s’est arrêtée dans le temps, à l’abri des pressions foncières et des câbles de toutes sortes. Rien que des chalets magnifiquement restaurés, des balcons en dentelle et des frondaisons de verdure qui battent au vent.

Le trafic de denrées alimentaires était intense dans cette magnifique vallée entre les années 1920 et 1950.
Le trafic de denrées alimentaires était intense dans cette magnifique vallée entre les années 1920 et 1950.

Mais la randonnée commence véritablement au lac des Mines d’or. Avec son lac sombre où pataugent les truites et sa bordure d’épicéas. En arrière-plan trône la magistrale Tête-de-Bostan et la paroi des terres maudites. «C’était le terrain de jeu d’un guide morzinois, Anselme Baud. Pionnier du ski extrême, il y a réalisé ses premiers exploits dans les années 70», raconte Didier Cassany, accompagnateur de montagne.

Les chiens veillent sur les troupeaux

La montée commence tranquille, sur un large sentier caillouteux. Puis s’égaie au milieu des alpages, où broutent les placides vaches d’Abondance. Trapues, la robe brune tirant sur le pourpre et des lunettes acajou sur les yeux, les laitières chablaisiennes sont robustes, rustiques et n’ont pas peur de la pente. Mais qui dit vaches, dit aussi chiens de garde. «Ici, les alpages sont surveillés par des patous. Mieux vaut arriver doucement, rester calme et ne pas essayer de les caresser», prévient un panneau d’explication.

Didier Cassany, accompagnateur de montagne, partage son savoir en matière de météo et de flore notamment.
Didier Cassany, accompagnateur de montagne, partage son savoir en matière de météo et de flore notamment.

Très vite, on arrive à la buvette de Fréterolles. Mais la pause est pour plus tard, le sentier appelle le promeneur à travers les pâturages. Un petit lacet perdu dans le vert des rumex et des fléoles, avec ses tapis mauves de globulaires, ses flaques blanches de benoîtes des Alpes et, çà et là, le regard perçant des gen­tianes acaules. Une enfilade de collines veloutées qui mènent jusqu’au sommet, le fameux col de Cou, point de passage des pèlerins, des armées et, plus tard, des contrebandiers.

Fleur.
Fleur.

Oui, ce coin de vallée a son lot d’histoires et de légendes. «Il faut s’imaginer l’époque sans restaurant ni buvette. En période de disette, les gens s’échangeaient des produits en passant par le col de Cou pour ne pas payer la taxe. C’était très facile de passer entre la France et la Suisse», rappelle le guide. Entre les années 1920 et 1950, le trafic de denrées alimentaires a battu son plein. «»

Le Savoyard amenait du fromage, de la viande, et pas qu’un quartier de bœuf, mais la vache entière parfois, et le Suisse arrivait avec du tabac, du sucre ou du café vert. Ils se donnaient rendez-vous au sommet et échangeaient leurs ballots.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le passage est devenu un couloir pour le trafic d’armes, une porte vers la liberté pour les juifs et un point de repli pour la Résistance. «Quand les Allemands occupaient Thonon et Saint-Gingolph, le maquis lançait des attaques et se cachait ici, dans ces vallées reculées. Les Allemands venaient aux représailles en brûlant les chalets d’alpage», explique Didier Cassany, très attaché au patrimoine et à l’histoire des lieux.

D’ailleurs, il en connaît un chapitre au rayon des traditions, anecdotes et autres légendes. Comme celle qui a donné son nom au lac des Mines. «On a cru à une époque que la région abritait un filon d’or, qui courait des Dents-Blanches, passait par le col de Cou et descendait jusqu’à Fréterolle. C’est Jacques Balmat, premier alpiniste du Mont-Blanc, qui aurait lancé cette rumeur.»

Des vestiges de la ruée vers l’or

Ainsi, vers 1850, une poignée de Suisses a commencé à gratter fiévreusement la montagne, relayée quarante ans plus tard par des Français, qui y ont creusé des galeries. «La présence de quartzite et de pyrite aurifère sont le signe qu’il peut y avoir de l’or. Mais en ont-ils trouvé à l’époque? Mystère et boule de gomme! Il ne reste pas d’annales de cette histoire, rien que des transcriptions orales qui se sont à moitié perdues.» L’affaire s’est soldée par un accident mortel et la ruée vers l’or s’est essoufflée. On peut encore voir l’entrée du tunnel, au pied d’un éboulis, reste de galerie qui descend dans la montagne, sombre et humide, mais désormais bouchée.

Une jolie randonnée... qui se mérite.
Une jolie randonnée... qui se mérite.

Une fois dépassée l’ancienne mine, le sommet est à portée de pied. Un dernier raidillon et on atteint la borne séculaire qui délimite les territoires valaisan et haut-savoyard. Le col de Cou, 1920 m, est une fenêtre ouverte sur les Dents-Blanches et la découpe parfaite des Dents-du-Midi, mais aussi un couloir à courants d’air, puisque le vent frais y coulisse presque toute l’année. Reste encore l’ancienne cabane des gardes-frontière, petite maison bleue posée sur l’arête, avec ses volets vert sapin, fermés depuis les accords de Schengen.

Depuis le col de Cou, à 1920 m, on admire un splendide panorama.
Depuis le col de Cou, à 1920 m, on admire un splendide panorama.

Plus de 20 000 volatiles en route vers le sud

Du col de Cou, on peut encore faire un saut jusqu’au col de Bretolet, à une vingtaine de minutes. Suffit de franchir la bosse de La Berthe et de longer l’arête schisteuse de la ligne frontière. Un petit détour qui ravira les ornithologues, puisque c’est là que, de fin juillet à fin septembre, transitent la plupart des migrateurs. Les biologistes de la Station ornithologique de Sempach y installent de grands filets pour baguer les oiseaux de passage. Plus de 20 000 volatiles et papillons empruntent ce couloir chaque année pour partir vers le sud.

De fin juillet à fin septembre, de nombreux oiseaux transitent par le col de Bretolet.
De fin juillet à fin septembre, de nombreux oiseaux transitent par le col de Bretolet.

On peut redescendre par le même chemin ou faire une légère boucle sur la gauche par un sentier d’alpage. Les deux itinéraires arrivent à la buvette de Fréterolles, où l’on pourra alors s’arrêter. Ne serait-ce que pour goûter les fromages du cru, chevrotin, reblochon, la spécialité de beignets de pomme de terre ou craquer pour un crumble et sa boule de glace!

Photographe: Laurent de Senarclens

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