5 octobre 2017

Sur les traces de maître renard

Une rivière qui dévale les pentes lausannoises de Praz-Séchaud à Ouchy et des traces de pattes qui l’accompagnent: bienvenue sur le chemin de la Vuachère. Le sentier s’étire du nord au sud en suivant les pas du joli rouquin pour une balade en forêt urbaine.

vuachere
A quelques pas des zones d’habitation, la Vuachère s’étire dans une forêt urbaine.

Le long de la Vuachère, qui traverse Lausanne du nord au sud, le renard est roi. Un roi discret et solitaire, qui se terre la journée pour ne sortir qu’à la nuit tombée, lorsque les poubelles de la ville débordent et que le rouquin malin peut ainsi faire un festin sans risquer d’être dérangé par un importun. Evidemment, partir au petit matin sur ses traces, c’est un peu comme espérer croiser Madame Columbo. Mais même sans goupil, le détour en vaut la peine, car le sentier qui s’étire de Praz-Séchaud à la Tour Haldimand, à Ouchy, dévoile la cité sous un jour méconnu.

Rendez-vous a été fixé dans un coude du chemin de Praz-Séchaud (voir sur la carte interactive ci-dessous), à l’endroit qui clôt d’ordinaire l’arrivée de cette balade de 8 kilomètres, repérable grâce aux poteaux orange et bleu frappés d’un renard qui rythment le tracé. Il faut dire que le dénivelé de 315 mètres a quelque peu entamé notre motivation à effectuer le trajet à la montée.

Nous voici donc à quelques pas de là où tout commence, la Vuachère prenant en réalité sa source un peu plus haut, Sous les Planches, à Epalinges. La seule des trois rivières lausannoises encore à ciel ouvert (le Flon et la Louve passent désormais sous terre) fait entendre timidement son clapotis. Le niveau d’eau est bas pour la saison, les précipitations ayant été rares ces derniers mois, fait remarquer Yves Aellen, responsable des Parcs de la ville de Lausanne. La première moitié du parcours est marquée par l’environnement urbain. Les quartiers de la Sallaz et de Chailly ont été depuis longtemps colonisés et de la campagne d’autrefois ne reste guère que la rivière. On longe le chemin avant de prendre à droite entre la place de jeux de Praz-Séchaud et les jardins familiaux, puis nous nous dirigeons en direction de l’autoroute.

Au sol, les empreintes de renard indiquent la direction à prendre aux carrefours.

Une fenêtre sur le lac

De l’autre côté du pont, la Vuachère reprend vie. Et c’est sur un chemin bordé de pins, de frênes et même de mélèzes que nous entamons notre descente en direction du vallon de Valmont. Les arbres et le sous-bois commencent à rougeoyer, à l’instar du Cornus sanguinea, le cornouiller sanguin, «qui change de couleur avant les autres en raison de son bois rouge», explique notre guide. Pas trace de notre ami le renard qui aurait pourtant trouvé ici une tenue de camouflage idéale. A mesure que l’on avance, la forêt se fait plus dense. Un tapis de feuilles mortes recouvre le sentier qui débouche sur un premier pont. En contrebas, la rivière poursuit sa course tranquille, accompagnée du chant des oiseaux. Des escaliers dessinés dans la pente appellent à rejoindre les berges, mais le tracé indique la direction opposée. On laisse à regret la forêt pour le béton de la cour du collège de Coteau-Fleuri. Au fond, un demi-cercle de verdure indique le Belvédère du même nom. Nous voici récompensés: la vue sur le Léman et la ville y est imprenable. C’est la dernière fois que nous verrons le lac avant notre arrivée à Ouchy.

Des panneaux informatifs balisent le sentier.

Le temps de jeter un œil à l’emblématique cheminée de l’usine Pierre-de-Plan, et nous reprenons notre route en direction du chemin de la Grangette. Ici, tout n’est que calme et tranquillité: les arbres fruitiers côtoient les trampolines dans les jardins de ce quartier de villas des années 1950 aux façades badigeonnées de crépi. Une courte descente et nous débouchons sur un carrefour: à gauche, le chemin du Devin qui file sur Chailly, à droite celui de Champ-Rond qui tourne en direction de la Vuachère. Ce dernier permet de rejoindre le cours d’eau que nous traversons pour remonter sur la route d’Oron. Les voitures règnent ici en maîtres et c’est d’un pas rapide que nous nous dirigeons vers la maison de la radio et la Sallaz pour reprendre le chemin du Temple sur la gauche. Quelques mètres et nous voici arrivés au Pont-de-Chailly.

Devant le couvert de la Gottettaz, le renard montre enfin le bout de son nez... de bois.

L’appel de la forêt

Camions, bus, voitures et piétons se croisent devant les commerces de ce quartier huppé et populaire à la fois. Construit dans les années 1930, l’ancien abribus des trolleys a laissé place à une jolie buvette où règne une atmosphère de village urbain. L’arrivée sur ce plateau marque aussi un changement de visage dans notre périple: la nature reprend peu à peu ses droits et c’est maintenant au contact de la Vuachère que nous poursuivons notre route en direction de la promenade de la Gottettaz, la petite goutte en patois, nous apprend Yves Aellen.

C’est comme pour le Denantou: ‹nant› signifie ruisseau et le parc du Denantou où la Vuachère passe juste avant de se jeter dans le lac est ainsi le parc du petit ruisseau.

Devant le couvert, le goupil montre enfin le bout de son nez... de bois. Il faudra donc se contenter de l’admirer sculpté dans un vieux tronc. Le sentier monte quelque peu avant de déboucher sur un vallon où paissent des moutons dans un décor bucolique. Arbres, ruches, dont le miel est récolté par la commune, on se croirait tout à coup en pleine campagne. Nous laissons derrière nous abeilles et moutons pour le chemin du Levant qui descend à pic sur la Perraudettaz. Une fois le passage clouté de l’avenue du Léman franchi, on s’engouffre dans son dernier tronçon, reconnaissable grâce au balisage orange et bleu du sentier du renard.

Les bruits de la ville s’envolent à mesure que nous nous enfonçons vers la rivière et la forêt. Cette fois, la Vuachère est à portée de main. L’eau ronronne entre les pierres semées au hasard, tandis qu’un héron tente de fondre son plumage gris dans le paysage. L’humus a remplacé le béton des trottoirs et c’est entourés de feuillus que nous cheminons désormais. Le répit est de courte durée et la ville reprend rapidement ses droits alors que nous atteignons le quartier des Faverges demeuré populaire malgré une certaine gentrification. Ici, les skatteurs croisent les enfants de la crèche et le linge pend devant les maisons.

Promeneurs ou joggeurs se croisent le long de la rivière.

Changement de décor

Nous voici à l’orée de Pully, au Château-Sec où la rivière se trouve coiffée d’un des plus hauts ponts du parcours. Nous l’empruntons puis virons à droite et passons sous un petit tunnel avant de poursuivre notre route en direction de Chandieu. Encore quelques mètres et nous traversons l’avenue de Montchoisi pour rejoindre la forêt où nous attend le pont du Diable. Les grands espaces ont supplanté les grappes d’immeubles et le cours d’eau coule désormais à plein régime. Une dernière traversée et nous atteignons le parc du Denantou. Face à nous, le Léman et les montagnes semblent attendre l’arrivée de la rivière en compagnie des foulques et des colverts qui se pressent dans le canal, au pied de la Tour Haldimand. On s’approche pour contempler le spectacle de l’eau vive rejoignant le vaste plan d’eau. La Vuachère a disparu.

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