26 août 2013

Sur les traces des dinosaures dans le Jura

Le sentier didactique «Sur les traces des géants» à Courtedoux permet de faire connaissance avec la paléontologie et la géologie jurassienne. Avec comme but final le fameux site où sont encore visibles des traces de dinosaures vieilles de 152 millions d’années.

Deux hommes accroupis à côté des traces de dinosaures de Courtedoux (JU)
Les dinosaures marchaient sur un sol qui a durci avant d'être recouvert de sédiments, ce qui a permis la conservation de leurs empreintes.

Sortie d’autoroute Porrentruy Ouest: un diplodocus de 18 mètres de long se dresse face à nous. L’œuvre grandeur nature, exposée au centre d’un rond-point, symbolise la richesse des découvertes paléontologiques sur les chantiers de l’autoroute A16 qui traversera le canton du Jura.

«C’est un véritable patrimoine naturel qui a été mis au jour dans la région», s’enthousiasme Arlette-Elsa Emch, directrice de la fondation Jules Thurmann qui assure la gestion de PaléoJura, en collaboration avec le Musée jurassien des sciences naturelles à Porrentruy.

Dans un rayon de 30 km, toute l’histoire de la Terre, des dinosaures aux hommes préhistoriques, se laisse lire. Unique au monde!

Pour mettre en valeur, étudier et conserver ces trouvailles, un musée verra le jour à Porrentruy en 2018. En attendant, des activités sont progressivement proposées au public. A l’image du sentier didactique «Sur les traces des géants» dans le village voisin de Courtedoux.

Une vingtaine de panneaux thématiques jalonnent le parcours, avec à chaque fois explications et images pour apprendre aux enfants et à leurs parents la paléontologie et la géologie jurassiennes.
Une vingtaine de panneaux thématiques jalonnent le parcours, avec à chaque fois explications et images pour apprendre aux enfants et à leurs parents la paléontologie et la géologie jurassiennes.

La balade débute sous un pont – en construction – de l’autoroute qui reliera Porrentruy à la France. Et voici déjà le premier de la vingtaine de panneaux thématiques qui jalonnent le parcours, avec à chaque fois explications et images pour apprendre aux enfants et à leurs parents la paléontologie et la géologie jurassiennes.

Portrait de Gaël Comment, géologue au Musée jurassien des sciences naturelles.
«Vous êtes ici dans les Bahamas jurassiques, s’amuse notre guide du jour Gaël Comment, géologue au Musée jurassien des sciences naturelles.

«Vous êtes ici dans les Bahamas jurassiques, s’amuse notre guide du jour Gaël Comment, géologue au Musée jurassien des sciences naturelles. Un surnom attribué à cette région parce que son climat, il y a 152 millions d’années, était similaire à celui des Bahamas aujourd’hui.» Bien difficile à imaginer qu’une mer tropicale recouvrait autrefois ce sol… même par cet après-midi caniculaire. «Des variations périodiques du climat et de la tectonique pouvaient faire monter ou descendre le niveau des eaux, précise le jeune homme. Et offrir ainsi une grande diversité d’environnements, allant du lagon à la pleine mer.»

Panneau indiquant le sentier didactique sur le thème des dinosaures.

Des hypothèses que les paléontologues ont pu confirmer grâce aux nombreuses fouilles réalisées dans la région. «Nous avons retrouvé énormément de fossiles, des carapaces de tortues ou encore des morceaux de bois très anciens piégés dans la roche, raconte notre guide. Des vestiges qui proviennent de temps très variés, et qui vont bien au-delà de l’ère des dinosaures.»

Et les mammifères devinrent les «maîtres du monde»

Dinosaure Compsognathus, de la taille d’un poulet, qui a vécu il y a 155 à 145 millions d’années). (Illustration: Keystone/Science photo library/Joe Tucciarone)
Un Compsognathus, dinosaure de la taille d’un poulet, qui a vécu il y a 155 à 145 millions d’années). (Illustration: Keystone/Science photo library/Joe Tucciarone)

Les panneaux explicatifs rendent également compte des découvertes de ces époques plus récentes. En milieu de parcours, le long d’un chemin de cailloux, l’extinction des dinosaures, il y 65 millions d’années, est abordée. Mais quelle en est déjà la cause? Le débat entre les scientifiques n’est pas clos. «Deux événements violents en sont responsables: des chutes de météorites et des éruptions volcaniques intenses, explique Gaël Comment. Mais on ne sait toujours pas lequel de ces deux phénomènes a joué le plus grand rôle...»

C’est lors de cette période de transition entre l’ère Secondaire et Tertiaire que les mammifères, jusque-là limités essentiellement à des espèces de petite taille, deviennent les nouveaux «maîtres du monde». A l’image des mammouths qui colonisent les monts jurassiens il y a environ 2 millions d’années. «Lors des fouilles sur le chantier de l’A16 nous avons pu définir le pourtour de dolines, indique le géologue. Ces effondrements de calcaire de surface sont réputés pour être de bons pièges à ossements.» C’est ainsi que les paléontologues ont notamment pu mettre au jour des dents et des défenses de ces éléphants préhistoriques.

Deux hommes examinent un tas de marne du Banné à la recherche de fossiles.
Un tas de marne du Banné, réputée riche en fossiles, a été déposé vers la fin du parcours. Petits et grands (ici Alexandre Willemin, journaliste (à gauche), et Gaël Comment, géologue) y cherchent des témoignages du passé.

Assez d’explications, il est temps de se mettre au travail. Vers la fin du parcours a été déposé un tas de marne du Banné, réputée riche en fossiles. «Armés de petits marteaux, les enfants adorent se mettre dans la peau de paléontologues, indique le guide. Et les découvertes ne se font jamais attendre!» Effectivement, après quelques secondes à scruter les cailloux contenus dans la marne, on devine déjà les formes de coquillages et d’anciens organismes immortalisés dans la pierre.

Après avoir été extrait de la marne du Banné, un fossile est passé sous l'eau.
Après avoir été extrait de la marne du Banné, un fossile est passé sous l'eau.

Le meilleur reste pourtant pour la fin. Au bout du sentier, une grande tente blanche abrite la fameuse dalle rocheuse sur laquelle sont visibles les empreintes de dinosaures. Un tout petit échantillon puisque, d’après les fouilles opérées, d’autres empreintes seraient répandues sur plusieurs dizaines de km². «En moyenne, une trace se cache tous les 2 m²! Et plusieurs couches d’empreintes se superposent par endroits.»

Empreintes d’un diplodocus... pas pressé

Mais comment ces marques ont-elles pu être conservées si longtemps? «Cette dalle était autrefois une plage de boue calcaire, comme on en trouvait un peu partout dans la région, explique Gaël Comment. Les dinosaures s’y sont promenés, ces surfaces ont durci, puis ont été couvertes de nouveaux sédiments apportés par les marées.»

Photo de deux hommes regardant les empreintes de dinosaures.
Les empreintes de dinosaures sont si précises qu'elles semblent récentes.

Pour un spectacle aujourd’hui qui laisse sans voix. «Vous voyez ici les pattes arrière, plus rondes, et par ici les pattes avant, plus ovales, d’un énorme dinosaure, montre du doigt le géologue. Impossible de déterminer l’espèce, mais d’après la taille des empreintes on peut dire qu’il s’agit d’un sauropode, donc de la famille des diplodocus.» Le bourrelet laissé à l’une des extrémités des traces, ainsi que leur espacement permet aux chercheurs d’affiner leurs hypothèses. «Je peux vous dire que l’animal avançait dans cette direction! Mais aussi qu’il ne marchait pas très rapidement… On peut même dire qu’il se traînait!»

Un peu plus loin, d’autres marques, beaucoup plus petites et dotées de trois longs doigts, sont inscrites dans la roche. «Il s’agit ici d’un dinosaure de la famille des théropodes. Leurs traces ressemblent à celles d’un gros oiseau.» Des empreintes si précises et si bien conservées que l’animal aurait pu passer par ici il y a moins de deux minutes. Dommage! La prochaine fois on se lèvera un peu plus tôt pour être sûr de ne pas le rater.

Diplodocus. (Illustration: Fotolia/Michael Rosskothen)
Diplodocus. (Illustration: Fotolia/Michael Rosskothen)

Photographe: Matthieu Spohn

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