Contribution de lecteur
28 mai 2018

Système de santé Suisse, à bout de souffle...!

Assurance-maladie - Système singapourien

Temps de lecture 4 minutes

A l'heure où notre système de santé en Suisse atteind 12,6% du PIB contre 4% à Singapour, l'on est en droit d'examiner de plus près une approche significativement plus performante de la santé que dans notre pays.

L’assurance maladie revisitée

Les dépenses de santé, singulièrement le montant des primes d’assurance maladie, ont atteint la limite du supportable.
La population n’en peut plus de voir les primes augmenter d’année en année. Les personnes responsables impliquées dans le domaine de la santé et ceci jusqu’aux plus grands noms de la politique fédérale tels Alain Berset, Isabelle Moret et Lisa Mazzone n’en finissent pas de se casser les dents et la tête au chevet d’un système qui porte en lui sa propre destruction.
Seul un changement de paradigme, notamment en faisant intervenir la responsabilité de l’assuré, pourra nous faire sortir du cercle vicieux dans lequel nous sommes enfermés.
Le présent article expose comme modèle le système de Singapour, décrit dans l’ouvrage Au chevet du système de santé 1) et commenté par deux spécialistes de la santé. 2), 3)

Un système autodestructeur
La cause de la faillite de notre système est très simple: tant que tout un chacun possédera un droit illimité à consommer des prestations, notamment les plus coûteuses, le système s’enfoncera, d’année en année dans des déficits croissants.
C’est à l’image d’un gigantesque super marché, sans caisse, où chacun met dans son panier tout ce qu’il veut, sans devoir le payer. Ce n’est qu’à la fin de l’année, lorsqu’on fait les comptes, que l’on s’étonne et déplore que la facture ait augmenté.
Ce ne sont pas des mesurettes, une dérisoire modification des franchises (de 50 CHF) telle la goutte d’eau qu’emporte le colibri dans son bec pour contribuer à l’extinction de la prairie en feu, qui amélioreront la situation.
C’est bien la généralisation du tiers payant et l’illusion de la gratuité des soins qui en résulte qui privent le patient de sa responsabilité financière et le pousse à surconsommer.
Seul un retour à la responsabilité individuelle pourra permettre de juguler ces dépenses, tout en laissant libre choix aux patients et aux assurés.

Le modèle de Singapour

C’est sur le paradigme de la responsabilité individuelle qu’a été fondé le système de Singapour.
Il s’agit d’une prévoyance à l'aide de comptes «capital-santé» complétés par des assurances pour les grands risques.
Chaque individu verse chaque mois une somme représentant le 6 à 8% de son salaire. Une partie de cette cotisation finance la prime d'une police d'assurance dont la franchise est très élevée. Le reste est capitalisé sur un compte personnel qui rapporte un intérêt annuel. Son emploi est réservé au financement de ses dépenses de santé. En pratique, l'assuré finance ses soins en prélevant sur son compte tant que la franchise annuelle n'est pas saturée. Il n'a recours à l'assurance qu'en cas de dommage lourd ou bien au terme d'un nombre important d'interventions sanitaires. La gestion de son risque maladie est donc laissée au patient. En supportant la totalité des coûts dans la limite de son capital, l'assuré est supposé être attentif à ne pas consommer des soins de manière superflue.

Franchise à 10'000 francs

Qu’en est-il, dans ce contexte, de la franchise à 10'000 francs dont la presse est remplie ces jours?
Il faut rappeler que, dans un système avec franchise, les primes sont plus basses mais qu’une partie des soins (franchise) n’est pas prise en charge.
En fait, les dépenses de santé situées survenant avant la limite de la franchise s’ajoutent au montant des primes payées.
Les traitements lourds sont bien sûr pris en charge, mais sous déduction du montant de la franchise.
Il en découle un risque pour l’assuré. En particulier, il doit être prêt, en tout temps, à s’acquitter de frais à hauteur de 10'000 CHF.
Les personnes à revenu modeste (ceci, c’est bien sûr pour la gauche) peuvent être dissuadées de recourir à des soins s’ils ne sont pas remboursés.
A l’opposé, dans le système de Singapour, la contribution de l’assuré lui constitue un capital-santé. Ses dépenses de santé sont puisées dans ce fonds dès le premier jour. Le risque lié à la franchise et la hantise qui en découle disparaissent.
Les patients sont incités à se montrer plus responsables, à mieux s’occuper de leur santé et à consulter moins souvent puisque c’est leur argent qu’ils économisent et non pas celui de la caisse.

Conclusion.
Cette conception, centrée sur l’homme considéré comme responsable, conduit à un système de santé qui se caractérise par une diminution du prix des services médicaux, obtenue grâce à la concurrence, par une meilleure accessibilité aux soins, par des délais d'attente moindres et par une grande diversité des prestataires et des assureurs. Le succès de Singapour est d’avoir séparé les fonctions d’assurance et de solidarité. Les décisions ont été transférées des assureurs ou des fonctionnaires vers les patients et les médecins.

Pierre-Jean Erard, Bôle

1) « Au chevet du système de santé, de la dépendance à la prévoyance » par Pierre Bessard et Alphonse Crespo, Institut Libéral, 2013.

2) Présentation par Francis Richard, novembre 2013

3) Assurance maladie : le modèle Singapour, Guillaume Meyer, l’AGEFI, juin 2010

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