25 octobre 2017

T’as fait tes devoirs?

Les devoirs à domicile, c’est rarement une partie de plaisir. Comment motiver son enfant qui rechigne à se remettre à l’étude après une journée déjà bien remplie? Les conseils de Philippe Theytaz, coach en relations humaines et ancien directeur des écoles de Sierre.

Illustration humoristique du sujet: une fille rentre à la maison et reproche à son père à qui elle montre un devoir noté de faire baisser sa moyenne.
Les devoirs à la maison sont parfois aussi une épreuve pour les parents (illustration: François Maret).
Temps de lecture 4 minutes

Liste de verbes à conjuguer, poésie à réciter, capitales à mémoriser, livret de math à réviser… Arrêtez, n’en jetez plus! Chaque jour ou presque, c’est la même rengaine, celle des devoirs, un pensum pour bien des familles.

➜ À lire aussi: «Faut-il supprimer les devoirs à domicile?»

Pourquoi? Parce que les parents ne s’avèrent pas toujours adéquats (ils ne savent pas comment s’y prendre; ils sont fatigués, impatients et irritables; ils mettent la pression pour que leurs gosses figurent en tête du peloton…) et que les écoliers (qui n’ont jamais envie de s’y mettre) préfèrent jouer ou regarder la télé plutôt que bûcher.

Très souvent, les familles considèrent ce travail extrascolaire comme une corvée. Alors que celui-ci répond à des visées éducatives et pédagogiques, comme le rappelle Philippe Theytaz, coach en relations humaines et ancien directeur des écoles de Sierre:

Les objectifs des tâches à domicile sont de développer l’autonomie et la responsabilité de l’enfant, de renforcer les connaissances acquises en classe et de créer un lien entre l’école et la famille.

Mais il n’est pas toujours facile de donner du cœur à l’ouvrage à un môme qui répugne à faire des heures sup’. «Cela peut être une occasion d’entraîner l’enfant à l’effort», note ce docteur ès sciences de l’éducation. Oui, mais comment le motiver s’il met les pieds contre le mur?

Il est important d’abord de l’encourager et de le mettre en confiance, notamment en reconnaissant ses capacités.

Il s’agit ensuite, dans un dialogue constructif, de voir ensemble ce qu’il peut faire seul et ce qui nécessite éventuellement une aide.»

Papa-maman doivent trouver la bonne distance: être présents, mais pas trop, afin de permettre à leur héritier d’acquérir petit à petit son indépendance en la matière. Par conséquent, ils doivent éviter de trop en faire, car plus les adultes s’investissent, plus les écoliers risquent de se désinvestir.

Les devoirs sont faits pour les élèves et non pour les parents!

Il est fondamental pour l’enfant d’apprendre à se débrouiller seul. «C’est même la finalité de l’éducation», relève le spécialiste.

Apporter un soutien efficace

Se retenir de faire les devoirs à la place de son rejeton, se contenter de l’épauler, cela veut dire quoi, concrètement? Réponse de Philippe Theytaz:

Les parents soutiennent et contrôlent, c’est-à-dire qu’ils vérifient si les travaux écrits sont soignés, écoutent l’enfant réciter ses leçons et, si nécessaire, signalent à l’enseignant les difficultés rencontrées.

Bref, ils s’intéressent à ce que fait l’enfant et sont là pour relire, corriger, donner un retour positif et le stimuler quand la tension monte et l’attention baisse.

Il serait bon aussi de créer un environnement favorable à l’étude, d’installer le jeune travailleur à domicile dans un espace où il pourra se concentrer efficacement: un endroit calme sans TV ni autres distractions, doté d’un éclairage suffisant et d’une chaise confortable. Et fixer des horaires précis. «Instaurer des habitudes, voire des rituels» est une bonne chose selon l’ancien directeur des écoles de Sierre.

Combien de temps l’écolier devrait-il consacrer aux devoirs? Cette question revient souvent sur le tapis. «Les parents veillent à ce qu’il ne soit pas excessif.

On compte au maximum quinze minutes en 3e Harmos (1P), trente en 4e, quarante-cinq en 5e, une heure en 6e, une heure et quart en 7e et une heure et demie en 8e

précise notre interlocuteur. Et si ces délais sont systématiquement dépassés? «Ils disent à l’enfant d’arrêter après le temps prévu et signalent à l’enseignant les constats relatifs à la durée, aux difficultés et à la quantité. Ce dernier, d’entente avec eux, fera les adaptations nécessaires.»

Et si, malgré tous les conseils précités, c’est toujours la galère? Il reste les cours d’appui, une bonne solution pour autant que ceux-ci «n’ôtent pas aux parents leur rôle de soutien, d’encouragement et de contrôle». Enfin, ces derniers seraient également inspirés de rappeler de temps en temps à leur rejeton que les devoirs font partie du métier d’élève.

Papa et maman ont aussi des obligations liées à leurs activités. Chacun son boulot!

Avec ou sans tâches?

Les opposants aux devoirs à la maison estiment qu’ils pénalisent les enfants les moins doués et augmentent les inégalités sociales. D’où l’importance, selon Philippe Theytaz, d’adapter le travail à domicile aux besoins des élèves en difficulté:

Les tâches doivent être différenciées pour qu’elles soient réalisables de façon autonome. La collaboration enseignant- parent devrait permettre d’éviter les risques d’inégalités.

Dans la pratique, beaucoup d’instits ne font pas dans le «sur mesure», renforçant ainsi le fossé entre les élèves. Ne faudrait-il pas alors supprimer les devoirs ou les intégrer à l’horaire scolaire? «Plusieurs études ont montré que les devoirs n’étaient pas indispensables à la réussite des élèves, admet notre interlocuteur. Mais les supprimer, c’est manquer une occasion d’entraîner les élèves à développer leur autonomie et leur responsabilité. C’est également pour l’école une opportunité de contact et de collaboration avec les parents.

Conclusion de ce pédagogue:

Pour que les devoirs puissent atteindre leur but, il faudrait que l’école informe mieux les parents sur leur rôle.

Et qu’elle rappelle aussi aux enseignants de donner des tâches réalisables par l’enfant, d’enseigner des stratégies pour apprendre et surtout d’aider à mettre du sens aux devoirs en précisant l’objectif et les critères qui permettront de vérifier la qualité du travail.»

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