12 juillet 2017

Tattoo compris

La chronique de Martina Chyba.

Martina Chyba, journaliste RTS.

Pour la génération de nos parents, avoir un tatouage, c’était soit avoir été déporté dans un camp de concentration, soit être une pute (aaah la Milady de Winter des Trois Mousquetaires et sa fleur de lys tatouée au fer rouge), soit être un gangster, soit être un marin, soit être un sauvage. Vous le remarquez à la piscine, les choses ont légèrement changé.

Moi j’annonce la couleur: j’aime beaucoup, sauf sur le visage ou quand c’est extrême, et je prédis que dans dix ou trente ans, le travail des aides-soignants en maison de retraite sera beaucoup plus intéressant, car nettoyer des vieux tatoués, ça fera au moins un sujet de conversation. En attendant ce charmant moment, tentons un décryptage.

1. Les fleurs, les animaux et les cœurs. C’est le côté bijou du tattoo. On le pose délicatement en un lieu souvent destiné aux autres (épaule, chute de reins, cheville). Il ne défigure pas et, je le précise pour les lecteurs de plus de 70 ans, cela ne signifie pas que l’on est une ex-pute comme Milady de Winter. Moi j’ai un colibri parce que ça brasse de l’air en permanence. Et une rose gothique, parce que c’est joli mais ça pique aussi. Comme ça si jamais pour l’EMS, le décodage, c’est fait.

2. Les têtes de morts, armes et gouttes de sang. C’est le côté obscur de la force signifiant: attention, il y a dans ce corps un esprit torturé qui fait des cauchemars parce que le monde est moche et qu’on va tous mourir. Ou alors: attention, je suis un petit bourge et je joue au bad boy ou à la bad girl alors que je sais que je finirai avocat, médecin, mannequin ou rentier.

3. Les écrits. C’est le côté «Regardez-moi j’ai un message important à délivrer». «Ce qui ne tue pas rend plus fort», des trucs profonds comme ça. Perso, les prénoms, je trouve que, psychanalytiquement, ça craint un peu. Avant les marins se faisaient des cœurs avec «maman», aujourd’hui on grave dans sa chair le nom de ses enfants; niveau coupage de cordon ça reste moyen. Ou alors celui de son chéri. Inutile de dire c’est un merveilleux business pour les centres laser qui s’évertuent à effacer les tatouages de chéris après les ruptures.

4. Le tribal. C’est le côté «Je travaille comme gratte-papier dans une administration pourrie mais il y a un guerrier samoa qui sommeille en moi». Généralement, on se tatoue des signes dont on ne sait même pas ce qu’ils veulent dire. Mais à la plage ou au fitness les regards qui disent «whââ le type a dû souffrir pour faire ce gros truc épais», ça rattrape la lose.

Bon, si tout cela vous donne envie, un conseil: choisissez méticuleusement l’endroit. Car sur un muscle à 25 ans c’est joli, sur un bourrelet à 50 déjà moins, et à l’EMS, je ne vous raconte pas.

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