2 mars 2018

Téléphonie mobile: la guerre des ondes

Le Parlement va se pencher sur une motion visant à augmenter la puissance des antennes-relais. La Fédération des médecins suisses (FMH) s’y oppose.

antennes-relais
On ignore encore les effets des émissions des antennes-relais sur la santé. (Photo: Gaetan Bally/Keystone)
Temps de lecture 5 minutes

Le débat sur les antennes de téléphonie mobile est relancé. Leur puissance pourrait être augmentée en Suisse. C’est en tout cas ce que souhaitent les signataires d’une motion qui sera traitée cette semaine, lors de la session de printemps du Parlement. Motion soutenue par le Conseil fédéral.

Pour les motionnaires (une courte majorité – 7 voix contre 6 – des membres de la Commission des transports et des télécommunications du Conseil des États), il est en effet urgent de réviser «l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant en vue d’éviter l’effondrement des réseaux de téléphonie mobile et d’assurer l’avenir numérique du pays».

Normes trop strictes

À leurs yeux, l’assouplissement des normes en la matière, qu’ils jugent trop strictes (elles sont parmi les plus sévères au monde), permettrait de ne pas rater le virage de la 5G et également de répondre à «l’augmentation fulgurante de la quantité de données échangées» ainsi qu’aux «difficultés freinant la construction de nouvelles installations».

Les opposants, au rang desquels figure la Fédération des médecins suisses, invoquent le sacro-saint principe de précaution. Ils estiment préférable de renoncer à une modification des valeurs limites tant que subsisteront des doutes sur les effets des émissions de ces antennes.

Cette semaine, les sénateurs devront donc faire une pesée d’intérêts entre la modernisation du réseau de téléphonie mobile souhaitée par les opérateurs et l’impact que pourrait potentiellement avoir un tel choix sur la santé des gens.

Êtes-vous favorable au relèvement des valeurs limites pour les antennes-relais de téléphonie mobile?

«Il existe des indices mais aucune preuve irréfutable d’un impact sur la santé»

Dr Carlos Beat Quinto, membre du comité central de la FMH

Le Conseil des États va se pencher sur une proposition visant à rendre les installations de téléphonie mobile plus puissantes. La Fédération des médecins suisses (FMH) s’y oppose. Pourquoi?

D’un point de vue scientifique, il est préférable de s’abstenir d’augmenter les valeurs limites avant la publication du résultat des études en cours.

Quelles études?

Les effets du rayonnement électro-­magnétique sur la santé font l’objet de recherches dans le monde entier et les études à ce sujet sont nombreuses. Les travaux du BERENIS – le groupe consultatif d’experts en matière de rayonnement non ionisant – fournissent une bonne vue d’ensemble. On attend par exemple les résultats complets d’une vaste étude animale menée aux États-Unis sur la question du risque de cancer dû au rayonnement de la téléphonie mobile. Seuls des premiers résultats partiels ont été publiés jusqu’ici. La consultation publique à ce sujet est, elle, annoncée pour juin 2018.

L’OMS – l’Organisation mondiale de la santé – considère tout de même ces ondes électromagnétiques comme potentiellement cancérigènes. Alors, risque-t-on oui ou non de développer des tumeurs en utilisant nos téléphones portables?

Au vu des connaissances scientifiques actuelles, il est impossible d’apporter une réponse catégorique à cette question. Dans une newsletter datant de septembre 2016, le BERENIS précise que dans la plupart des études animales portant sur la durée de vie, le fait que le rayonnement de la téléphonie mobile augmente le risque de tumeur dans les expériences animales n’a pas été observé. Pour avoir une estimation plus précise de l’incidence de ces rayonnements sur la santé humaine, il y a donc lieu d’attendre d’autres résultats.

Quelles sont les catégories de la population potentiellement les plus à risque?

Les enfants et les adolescents. C’est en tout cas ce que semblent montrer les différentes études menées à ce jour.

La Fédération des médecins suisses exige également la mise en place, je cite, «d’un système de surveillance des rayons non ionisants ou des recherches complémentaires sur l’impact du rayonnement sur la santé»...

En 2014, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a mis sur pied le groupe consultatif BERENIS, qui a pour tâche de suivre l’évolution de la recherche dans ce domaine et d’en évaluer les résultats. Ce monitorage est important et doit être poursuivi et élargi. C’est ce que nous demandons.

Les normes suisses actuelles sur les émissions des antennes-relais sont parmi les plus sévères au monde. Quels risques court-on à les assouplir?

Ce ne sont pas les valeurs limites actuelles qui sont en question, mais leur augmentation. Dans un article publié le 24 janvier de cette année dans le Bulletin des médecins suisses, le BERENIS concluait «que les rayonnements non ionisants produisent des modifications mesurables d’ordre biologique et psychologique et qu’il existe des indices, mais aucune preuve irréfutable jusqu’ici, selon lesquels ils sont susceptibles d’être considérés comme des causes significatives de maladies».

Le réseau de téléphonie mobile suisse est, semble-t-il, proche de la saturation. Ne risque-t-on pas, en refusant d’augmenter la puissance des antennes, de freiner le développement numérique de notre pays?

Une bonne couverture de réseau de téléphonie mobile et l’accès à l’internet mobile sont importants pour le développement économique en Suisse. Mais tant qu’il ne sera pas prouvé scientifiquement qu’une augmentation des valeurs limites actuelles n’a aucun impact sur la santé, il faudrait – je le répète – renoncer à les augmenter. 

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Médecins en salle d'opération. Contribution de lecteur

Système de santé Suisse, à bout de souffle...!

vapotage

Vapoter avec de la nicotine est désormais légal

Jean-Paul Rouiller

Jean-Paul Rouiller: «Chez nous, le salafisme violent s’est développé en communautés»

Martin Michelet

«En défendant nos valeurs, nous défendons nos intérêts»