16 août 2017

Timea Bacsinszky, la rage de vaincre

Timea Bacsinszky est l’une des pépites du tennis suisse. Son parcours n’est pas forcément linéaire mais il a donné à la Vaudoise de 28 ans une rage de vaincre à toute épreuve. Jeu, set et match.

Timea Bacsinszky
Timea Bacsinszky est très proche de ses fans avec qui elle aime partager de petits moments sur les réseaux sociaux.
Temps de lecture 8 minutes

Votre progression en moins de quatre ans est spectaculaire. Vous osiez en rêver?

Quand j’ai repris le tennis en 2013, je ne m’attendais à rien. Je me disais simplement que ce serait déjà super de pouvoir récupérer ma place de 37ème mondiale. Je me suis donc entraînée et j’ai donné le meilleur de moi-même. Résultat: je suis montée petit à petit dans le classement, jusqu’à arriver 9ème en 2016. C’était incroyable! Et ça montre que quand on veut vraiment quelque chose et que l’on se donne les moyens d’y arriver, il n’y a aucune limite.

Blessée au 3ème tour de Wimbledon à la cuisse gauche, vous avez été contrainte de déclarer forfait pour le Ladies Championship Gstaad, tournoi dont vous êtes l’ambassadrice. Comment garde-t-on un moral d’acier dans ces moments-là?

Pour ma part, je laisse la raquette de côté pendant quelque temps et j’en profite pour voir mes proches. Je me change les idées avec des activités qui ne sont pas liées au tennis, comme faire du bateau ou aller à la plage par exemple. C’est très important d’avoir un équilibre entre vie professionnelle et vie privée car si on ne vit que pour le tennis, ces pauses forcées peuvent être très compliquées à gérer. Je dois tout de même avouer que c’est relativement difficile de regarder le tournoi à la télé. Ça me démange de jouer.

Auriez-vous pu imaginer faire un sport collectif?

Tout à fait. Je ne sais pas exactement vers quel sport je me serais tournée en particulier, mais j’ai toujours beaucoup aimé le handball et le unihockey. Ça doit être génial de partager des émotions en groupe, de se serrer les coudes. Parce que moi, même si je suis entourée de plusieurs personnes, ce n’est pas pareil. Sur le court, je suis seule. Et comme je n’ai pas de coéquipiers sur lesquels me reposer en cas de baisse de régime, je me dois d’être au top en permanence. Sinon, tout s’arrête. Les victoires sont donc à mes yeux beaucoup plus intenses, comme le sont les défaites d’ailleurs. Dans ces cas-là, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même.

A quoi pensez-vous au moment de la balle de match?

J’essaie de me concentrer sur le plan de jeu et de le suivre, que ce soit pour le premier ou le dernier point du match. Et si ça ne marche pas comme prévu, je cherche des solutions pour corriger le tir. Cette stimulation physique et intellectuelle permanente, c’est ça que j’aime dans le tennis.

Quelle serait votre finale de rêve?

Si je pouvais choisir, ce serait Roland-Garros car c’est un tournoi que j’aime tout spécialement. Après, si c’en était un autre, je ne ferais bien entendu pas la fine bouche. Quant à mon adversaire, l’idéal serait une joueuse contre qui je n’ai encore jamais perdu (Rires).

Le sport en général est vecteur d’émotions. Qu’est-ce que le tennis apporte en particulier selon vous?

Je pense qu’il peut être particulièrement spectaculaire pour le public. Il faut être endurant, rapide, patient et malin, c’est un sport très complet. Quand on est sur le court, chaque point est une petite bataille et les supporters la mènent avec nous. Je pense qu’on leur transmet des émotions très vraies. Moi par exemple, je ne vous dis pas le nombre de fois que Roger Federer m’a fait pleurer.

Quel serait le moment le plus marquant de votre carrière jusqu’à présent?

Difficile à dire, il y en a eu plusieurs. Les Jeux Olympiques de Rio avec Martina Hingis et la médaille d’argent qu’on a décrochée, a sans aucun doute été un moment très fort. Et puis il y a également ma victoire contre Maria Sharapova à Wuhan (Chine) en 2014, contre qui je n’avais encore jamais gagné.

Quels liens entretenez-vous avec Roger Federer, Stan Wawrinka et Martina Hingis?

On évolue au sein du même circuit tennistique, on a donc l’occasion de se côtoyer régulièrement et de discuter ensemble. Avec Roger, c’est un peu plus difficile car il est très occupé et a 4 enfants. Je suis par contre très proche de Martina, on s’entend vraiment bien.

Vous êtes entourée des plus grands noms du tennis mondial et semblez avoir conservé un groupe d’amis très proches à Lausanne. Comment faites-vous pour avoir cet équilibre et garder la tête froide?

Je fais bien la différence entre l’athlète et la femme que je suis hors du court. Il y a eu une période durant laquelle je ne savais plus sur quel pied danser. C’est le moment où j’ai réalisé que j’étais devenue une simple image pour certaines personnes. J’ai alors commencé à faire le tri autour de moi, dans la vie et sur les réseaux sociaux. J’ai conscience que j’ai pu en vexer certains, mais c’était pour me protéger. Quant à la grosse tête, je ne sais pas. Il faudrait le demander à mon entourage. Ce qui est sûr, c’est qu’Alex (son manager Alexandre Ahr, ndlr) et mon ami (Andreas Blattner, ndlr) n’hésiteraient pas à me faire redescendre sur terre rapidement si c’était le cas.

Vous dites faire la différence entre l’athlète et la femme, mais évoquez également un conflit intérieur entre votre image publique et la personne que vous êtes réellement. Que voulez-vous dire?

J’ai la sensation que certaines personnes s’approprient mon image parfois. Alors oui, il y a des similitudes entre la Timea publique et la Timea privée. Sauf que ces gens ne savent pas tout, il y a des choses beaucoup trop intimes que je ne peux pas divulguer. Même s’il m’est parfois difficile de me retenir et de ne pas trop me confier publiquement, mais j’apprends. J’ai bien conscience que le fait d’avoir une notoriété et de gagner des matchs contribue à me présenter d’une certaine façon, mais derrière tout ça, il y a quelque part de la fragilité chez moi.

Vous parlez d’ailleurs sans fard de votre dépression survenue en 2011. Avec du recul, vous a-t-elle apporté une certaine force?

Je crois que c’était un passage obligé pour que je puisse me créer la vie que j’ai aujourd’hui. Il fallait tout détruire pour reconstruire après. La dépression m’a frappée peu après m’être blessée en 2011. Et c’est là où mon enfance m’est revenue comme un boomerang en pleine face. J’ai pris conscience de certaines choses liées à mon passé dont je n’avais pas idée et certains traumatismes sont remontés à la surface. Et puis, j’avais 22 ans et aucun diplôme, si ce n’est mon certificat d’études secondaires. C’était la panique. Blessée et sans formation, qu’est-ce que j’allais bien pouvoir faire de ma vie? Alors j’ai commencé une psychothérapie et cela a été salvateur. Elle m’a aidée à prendre confiance en moi et à aller de l’avant, sereinement.

Durant votre break justement, vous vous inscrivez à l’école hôtelière de Genève et faites un stage préparatoire dans un établissement 5 étoiles. Une carrière dans ce domaine, ça vous aurait plu?

Ah, mais c’est ce que je veux faire plus tard, c’est sûr! J’adorerais ouvrir un petit café ou un bar par exemple. J’aime donner et partager, sans rien attendre en retour. Ce serait génial de pouvoir accueillir des gens dans mon établissement et leur faire oublier leur quotidien, l’espace d’un moment.

Vous êtes donc une pro de la cuisine?

J’aime beaucoup ça, c’est vrai. Les pâtes ont une grande place dans mon alimentation comme vous pouvez l’imaginer, et je suis devenue très forte en matière de sauces.

Et un jour de 2013, vous apprenez que vous êtes sélectionnée pour le tournoi de qualifications de Roland-Garros et vous recommencez à jouer. Qu’est-ce qui vous a redonné la niaque?

C’était la première fois de ma vie où je pouvais choisir de jouer au tennis ou pas. Par le passé, j’y avais trop souvent été obligée. Cette nouvelle a été une vraie révélation: j’ai alors décidé de prendre ma vie en main. C’est comme si j’étais passée de l’enfance à l’âge adulte en 10 secondes. Je me suis entourée d’une équipe choisie par mes soins. Cela se ressent d’ailleurs dans mon style de jeu qui a beaucoup évolué. Il est désormais davantage physique et beaucoup plus en finesse.

Qu’aimez-vous tant dans le tennis?

Le challenge, la compétition et la notion d’effort. Et puis j’ai de bonnes aptitudes tennistiques et une facilité à lire le jeu de mon adversaire.

Vous êtes très présente sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce que cela apporte à votre carrière?

Mes fans me soutiennent énormément, je reçois beaucoup d’affection de leur part. Partager des petits moments avec eux sur les réseaux sociaux est une façon de les remercier. J’y montre d’autres facettes, sans tout dévoiler pour autant. Et puis j’aime la notion de continuité sur Instagram et Facebook. Aujourd’hui, c’est encore Timea l’athlète qui s’exprime le plus, mais au fil du temps, ce sera Timea la femme qui prendra le dessus.

Quels sont les plaisirs que vous vous accordez quand vous ne vous entraînez pas?

Manger! Je ne suis pas difficile, j’aime tout. Enfin presque, j’ai horreur du foie et de la langue de bœuf par exemple. Par contre, je craque complètement pour les cafés froids à la chantilly et le bubble tea et ses petites perles de tapioca. J’adore aussi me balader, passer du temps avec ma mère et mes amis, ainsi que cuisiner.

Vous avez récemment joué dans une parodie de Game of Thrones sur la RTS. Passer devant la caméra, une option pour l’après-tennis?

Cela a été une super expérience, je m’y suis beaucoup amusée. Je me rappelle d’une scène dans laquelle j’étais à cheval et une cinquantaine de personnes, vêtues d’armures, devaient se retourner et me fixer d’un seul coup. Impossible de garder mon sérieux. Vincent Veillon m’a d’ailleurs gentiment fait comprendre, sur le ton de la boutade, qu’on n’avait pas forcément tout l’après-midi pour faire une prise de vue. Mais de là à imaginer une carrière d’actrice, je ne pense pas. Je reste néanmoins ouverte à d’autres projets dans la même veine humoristique.  

Pour suivre Timea sur les réseaux sociaux: Facebook: TimeaOfficialPage Instagram: @timea.official Twitter: @TimeaOfficial

Benutzer-Kommentare