23 septembre 2013

Tourisme suisse: les villes en tête

Le nombre de nuitées dans les hôtels helvétiques a connu un léger redressement au premier semestre 2013. Si les grands centres urbains ont le vent en poupe, les régions alpines retrouvent lentement leur rythme de croisière.

bateau avec une foule sur l'embarcadère
Plutôt ville ou montagne? Qu’importe, tous semblent
s’accorder
sur le plaisir de naviguer!
Temps de lecture 6 minutes
Deux St Bernard en situation d'attente dans le paysage d'une station enneigée.
Qui sauvera ces saint-bernard de l’ennui, faute de visiteurs habituellement enclins à les flatter généreusement?

Le tourisme suisse voit-il enfin le bout du tunnel? Les chiffres du premier semestre communiqués par l’Office fédéral de la statistique (OFS) ramènent en tous cas une lueur d’espoir après plusieurs années marquées par l’érosion de la clientèle: le nombre de nuitées dans les hôtels helvétiques a connu une augmentation de 1,2% par rapport à la même période de l’année précédente. «Certains touristes se sont habitués au franc fort, estime Daniela Bär, porte-parole de Suisse Tourisme. Il semble que le pire soit désormais derrière nous.»

Cette progression des nuitées a profité à neuf régions touristiques sur treize. Parmi celles qui ont le mieux réussi, on trouve avant tout les centres urbains. Zurich affiche ainsi la plus importante augmentation absolue de nuitées, avec ses 92 000 unités supplémentaires. La région de l’arc lémanique suit avec + 61 000 nuitées. Les régions qui enregistrent des baisses sont éloignées des grandes villes: la Suisse orientale (-2,7%), le Valais (-1,1%) et les Grisons (-0,6%).

Des coopérations d’envergure peuvent changer la donne

Comment expliquer ces différences? Outre la météo, il faut aussi tenir compte des spécificités locales. «En Valais, la baisse a surtout concerné la clientèle suisse, explique Damian Constantin, directeur de Valais/Wallis Promotion. L’année dernière, nous avions profité de l’offre «Le Valais à moitié prix» qu’une banque avait proposée à ses sociétaires. Par rapport à l’an dernier, les chiffres pour 2013 sont légèrement en recul, mais en revanche un peu meilleurs que ceux enregistrés en 2011.»

Liste des dix destinations les plus prisées de Suisse, soit dans l'ordre décroissant: Zurich, Genève, Zermatt, Bâle, Lucerne, Davos, St.Moritz, Lausanne, Berne et Interlaken.

Si les villes sont mieux parvenues à surmonter les années plombées par le franc fort, c’est aussi par la structure de leur marché, plus orienté vers le tourisme d’affaires. «Un secteur moins lié à la conjoncture et qui n’est pas saisonnier», ajoute Daniela Bär. (suivez-la sur Twitter!) les centres urbains profitent aussi des investissements de grands groupes hôteliers internationaux. «La ville de Zurich dispose de 1000 chambres supplémentaires par rapport à 2005, indique Milena Brasi, attachée de presse de Zurich Tourisme. Ces établissements contribuent à la rendre plus attractive.»

Cet afflux de touristes dans les villes s’explique aussi par la tendance généralisée de voyager plus souvent, mais toujours plus brièvement. «De Zurich, on peut partir en excursion d’une journée à la Jungfrau ou au Titlis, explique Damian Constantin. Une concurrence directe pour les hôtels des régions de montagne.» Il propose de jouer la carte de l’innovation: «A nous de développer des projets pour attirer les visiteurs hors des centres urbains, par exemple avec un téléphérique reliant Zermatt aux vallées italiennes. Et de profiter ainsi jusqu’en Valais des nombreux touristes qui passent par Milan.»

Un type de touriste en cache un autre

Si, en raison du franc fort, le nombre de touristes européens reste stable cette année (+0,4%), les visiteurs provenant de Chine (+22%) ou des pays du Golfe (+11%) affluent. Les offres touristiques doivent s’adapter: «Les Brésiliens préfèrent résider dans les villes très animées, indique Philippe Thuner, président de l’association romande des hôteliers. Alors que les Chinois viennent en Suisse pour ses montagnes et pour acheter des montres! Prêts à dépenser des milliers de francs en produits horlogers, ils sont en revanche très regardants sur le prix des nuitées.»

Les hôteliers comptent beaucoup sur les futurs touristes chinois qui voyageront individuellement plutôt qu’en groupe, et qui dépenseront davantage pour se loger. «Le potentiel est énorme, constate Philippe Thuner. Il suffit qu’un tout petit pourcentage de Chinois décide de venir en Suisse pour remplir tous nos hôtels.»

Réinventer la montagne

Vue sur une des bâtisses.
Une des bâtisses rénovées avec savoir-faire. (Photo: Luxproduction.com/Jean-François Jaussaud)

«Hors des sentiers battus». Au propre comme au figuré, l’expression correspond pleinement au projet Montagne Alternative. Tout a débuté sur un coup de foudre en 2005, lorsque le Belge Ludovic Orts tombe sur le hameau de Commeire dans le val de Bagnes (VS). Un petit village niché à 1454 mètres, ne comptant guère plus qu’une douzaine d’habitants et de nombreux bâtiments centenaires mais désaffectés.

Il acquiert deux granges et s’associe à son cousin Benoit Greindl. Ils développent un concept hôtelier: rénover ces anciennes constructions et les transformer en chambres et appartements locatifs pour de courtes périodes. «Les principaux atouts touristiques du Valais sont ses paysages mais aussi son patrimoine bâti et culturel, explique Benoit Greindl. Nous avons voulu conserver le style agro-industriel de Commeire tout en intégrant les dernières techniques de construction et en privilégiant une ligne sobre à l’intérieur des bâtiments.»

Chambre avec vue sur la montagne
L'intérieur boisé aéré se marie parfaitement avec le cadre naturel. (Photo: Luxproduction.com/Jean-François Jaussaud)

A ce jour, le complexe comprend vingt chambres, quatre salles de réunions, une salle polyvalente et un carnotzet. Les clients bénéficient d’un service d’hôtellerie haut de gamme et ont aussi la possibilité de participer à des activités au plus proche de la nature et du patrimoine régional. «On leur fait découvrir le travail des bergers d’altitude ou la fabrication du fromage. Nous essayons d’intégrer les entreprises régionales dans le projet et de minimiser notre empreinte écologique.»

La clientèle se compose pour moitié de particuliers, principalement les week-ends pendant les vacances scolaires. L’autre part est complétée par les séminaires d’entreprises qui y apprécient le calme et le cadre permettant de «se reconnecter à des rythmes naturels propices à des décisions sereines». D’ici moins d’un an, dix nouvelles chambres, un restaurant et un spa compléteront l’offre. Malgré ce succès, pas question de prévoir toute autre expansion. «Notre but est de rester connecté à la réalité du lieu, et de procurer des émotions à nos clients, conclut Benoit Greindl. Commeire doit conserver ses habitants!»

Texte: Alexandre Willemin

Photos: Keystone

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