19 septembre 2018

Des jeunes tout feu, tout flamme

Il existe de nombreux corps de jeunes sapeurs-pompiers en Suisse romande, au sein desquels les enfants et adolescents apprennent le b. a.-ba du métier de soldat du feu. Comme ce matin-là, sur un parking de Saignelégier (JU).

Un enfant en train de tenir une lance d'incendie en action
Il n’est pas évident pour un cadet de maîtriser la puissance du jet d’eau sortant de la lance (photo: Guillaume Perret)
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Il est 8 h 30, la caserne de Saignelégier – celle du Service régional d’intervention et de secours – s’éveille. Plusieurs enfants et adolescents y font déjà la queue pour réceptionner leur nouvel équipement. «C’est qu’ils grandissent encore, à cet âge-là», rigole Silver Frésard, commandant des jeunes sapeurs-pompiers des Franches-Montagnes.

Adam, un bleu accompagné de son papa, débarque ici pour la première fois. Lui aussi a droit à sa panoplie: gants, casques, pull, veste, chaussures et salopettes dans lesquelles il flotte un peu. «Tout le monde est prêt?» Pas le petit dernier qui peine à enfiler et à lacer ses souliers. Il rejoint enfin ses camarades qui attendent sagement sur un rang.

Avant de débuter, il est de rigueur d’adopter un équipement adéquat (photo: Guillaume Perret).

Leur chef procède à l’appel. Maigre effectif ce samedi-là, puisque seuls dix jeunes entre 10 et 18 ans répondent présents, une fille et neuf garçons. «Normalement, ils sont une quinzaine. Mais aujourd’hui, nous avons de la concurrence parce qu’il y a un tournoi de foot et un concours d’équitation», note le capitaine Frésard.

En voiture!

Tout ce beau monde embarque à bord d’un véhicule d’état-major pour se rendre sur le lieu d’exercice, un parking situé au milieu du village, en-dessous de la gare des Chemins de fer du Jura. Le temps est chagrin, frisquet même pour la saison. Pas de quoi entamer la motivation de ces sapeurs-pompiers en herbe, qui semblent vraiment tout feu, tout flamme.

On ne saurait imaginer une intervention de pompiers sans camion flamboyant (photo: Guillaume Perret).

Au menu de cette matinée (il y a huit demi-journées de formation par année), trois chantiers: fonctionnement d’un tonne-pompe, sauvetage en façade à l’aide d’une échelle et de cordes et enfin mise en service d’une hydrante et manipulation d’une lance à incendie. Avant de démarrer, les moniteurs répartissent les jeunes dans deux sections.

Les enfants écoutent avec attention les explications de l’instructeur (photo: Guillaume Perret).

Un esprit de solidarité

«Les plus grands, ceux qui ont l’habitude, épaulent les autres. Groupe un avec Didier, groupe deux avec moi.» La deuxième escouade suit le commandant, direction le tonne-pompe. «But et fonction de ce véhicule?» Ethan se lance: «Amener de l’eau et du matériel sur le lieu du sinistre.» «Exact!» «Et aussi des hommes», ajoute l’un de ses camarades. «C’est juste.»

Thierry, le machiniste, décrit par le menu le contenu de ce camion de 13 tonnes, qui a vingt-six ans de bons et loyaux services au compteur: un réservoir de 2000 litres d’eau, une pompe, des extincteurs, une génératrice, un marteau en plomb (pour ne pas faire d’étincelles), des seaux, des tuyaux de divers diamètres, des appareils respiratoires, des lances, etc.

Il est temps de passer à la pratique. Les jeunes recrues placent des signaux routiers sur la chaussée pour sécuriser la zone, mettent en service la première lance d’intervention, puis déroulent une conduite d’alimentation jusqu’à l’hydrante la plus proche. Tout ça au pas de charge, dans l’ordre et la discipline. «Feu maîtrisé, fin du sinistre, repli!»

Du concret sur le terrain

Deuxième étape de ce gymkhana: l’opération sauvetage. Gaëtan explique aux apprentis pompiers comment placer judicieusement une échelle. Avec l’aide de ses seconds, il en a dressé une contre la façade d’un immeuble. Elle atteint le deuxième étage, où une fenêtre est déjà ouverte.

La petite troupe pénètre dans la maison. Il y fait bon et les visages se décrispent un peu. Ce moniteur agréé attache deux cordes de sécurité dans la cage d’escalier, puis demande à ses élèves de s’entraîner à faire des nœuds.

N’oubliez pas que c’est en se trompant qu’on apprend. Donc, essayez, allez-y!

Gaëtan

Certains tirent la langue, s’emmêlent les pinceaux alors que d’autres semblent avoir fait ça toute leur vie. Mais tous sont attentifs, concentrés, concernés. Deux cadets se portent volontaires. Le premier jouera le rôle du sauveteur, le second celui de la personne à secourir. Encordés et assurés comme des alpinistes, ils enjambent chacun à leur tour le rebord de la fenêtre et prennent appui sur les échelons. «Vous n’avez pas peur?» «Non, non, ça va aller!»

La descente est lente, prudente. Il n’y a pas le feu, du moins pas aujourd’hui. «Pause!» Méritée et bienvenue, car on sentait poindre une certaine lassitude chez quelques participants. Tout requinqués, les cadets attaquent ensuite le dernier chantier sous la conduite de Didier. «Comment met-on une borne hydrante en service?» Plusieurs mains se lèvent, les réponses fusent et le plus hardi demande même à faire une démonstration.

Un apprentissage sérieux, mais transmis dans la détente

À l’aide d’une grande clé, Didier enlève alors le couvercle et ouvre le raccord pour faire couler l’eau. «Maintenant, on met les tuyaux, une division et on branche la lance. Exécution!» Tout cela, dans la joie et la bonne humeur. «Ici, ce n’est pas l’armée, ça doit rester ludique», relève le gentil organisateur. Son détachement s’affaire sur la place. Tout est finalement prêt en une poignée de minutes.

Bien connaître le matériel fait évidemment partie de l’apprentissage (photo: Guillaume Perret).

Il ne reste donc plus qu’à tester la lance à incendie, sans doute l’un des moments les plus attendus de cette matinée. Les candidats se bousculent. Les premiers s’avancent, soit le porte-lance et son aide, car il faut être deux pour effectuer cet ultime exercice. Action! Les pompiers en herbe tentent de dompter ce tuyau qui se tord comme un serpent. Leurs camarades, eux, se tordent de rire. «On remballe!» Il vient de sonner 11 h 30 au clocher de l’église de Saignelégier. Retour à la caserne où attendent déjà les parents de ces jeunes sapeurs-pompiers fourbus mais heureux.

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«Nous voulons montrer la réalité du métier»

Capitaine Silver Frésard, commandant des jeunes sapeurs-pompiers des Franches-Montagnes (photo: Guillaume Perret)

Qu’essayez-vous de transmettre lors de cette formation pour jeunes de 10 à 18 ans?

Beaucoup de garçons, et aussi de filles désormais, rêvent de devenir pompier. Notre but, c’est de leur montrer – via des exercices et des démonstrations – ce qu’est vraiment ce métier, quelles missions les sapeurs-pompiers accomplissent réellement sur le terrain.

Quelles compétences acquièrent ces cadets?

Des compétences sociales, parce que les sapeurs-pompiers travaillent toujours en équipe. Et aussi l’esprit de camaraderie, la gestion du stress, le développement de soi, le sens des responsabilités…

La mise sur pied de tels cours a-t-elle aussi pour but d’assurer la relève?

Non, ce n’est pas notre but premier. Ce que nous souhaitons en priorité, c’est faire découvrir le monde des sapeurs-pompiers aux enfants. Cela dit, c’est clair que ces sections de jeunes constituent un vivier pour le Service d’incendie et de secours (SIS). Le recrutement devient en effet de plus en plus difficile, car les gens ont de moins en moins de temps à donner à la société.

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