4 mars 2013

Trop jeune pour rester seul à la maison?

S’il est parfois très difficile de trouver une solution de garde à la sortie de l’école, faut-il pour autant se résoudre à laisser son enfant rentrer dans un logement vide?

Un enfant tente d'attraper une pomme placée trop haute pour lui
L’apprentissage de la solitude devrait se faire par étapes. (Photo: Getty Images/Radius Images)

Nicole n’en est toujours pas revenue. L’automne dernier, quelques semaines après son entrée en première primaire, son fils lui racontait que son meilleur copain restait plusieurs fois par semaine seul entre 16 et 18 heures, soit entre la sortie de classe et le retour de ses parents. «En fait, il ne m’en a parlé que parce qu’il me demandait la permission d’aller jouer chez son ami, en me disant que lui n’avait pas besoin de l’assentiment de sa maman, qui de toute manière ne rentrait pas tout de suite. Laisser seul son fils de 7 ans près de deux heures, cela m’a interloquée», raconte cette mère vaudoise.

Qui, de fait, pose une question qui apparaît dans la réflexion de nombreux parents: à partir de quel âge est-il raisonnable de laisser son enfant à la maison?

Un âge minimum décidé au cas par cas

Visiblement, rien de très normatif à attendre pour se décider. La loi, de son côté, se contente de rappeler qu’un mineur reste sous la responsabilité de ses parents, qui doivent veiller à sa santé et à sa sécurité. Elle s’intéresse donc aux conséquences, évidentes lorsque l’enfant est visiblement trop petit pour être laissé sans surveillance, ainsi que lorsque la durée de solitude apparaît visiblement disproportionnée. Régulièrement, la rubrique faits divers se fait hélas l’écho de cas dramatiques.

Autant laisser l'enfant rester un enfant. (Photo: Robert Daly)
Autant laisser l'enfant rester un enfant. (Photo: Robert Daly)

Mais pour le reste? Une majorité de parents qui évoquent ce sujet sur les réseaux sociaux ou les forums dédiés estiment que la réponse dépend largement du contexte. Psychologue FSP et titulaire d’un diplôme d’enseignement, Laure Theytaz se montre plutôt d’accord sur ce point: «En fait, cela dépend vraiment de chaque enfant, de son degré de maturité, de sa capacité à se responsabiliser», mais aussi de sa réaction face à ce type de situation: dans quelle mesure cela va-t-il l’inquiéter, le stresser ou, au contraire, le valoriser.

Cela n’empêche pas de devoir fixer une limite inférieure. Selon cette spécialiste:

s’il s’agit d’une demi-heure après l’école, et donc suivant la personnalité et le fonctionnement familial, je dirais que l’on peut essayer entre 10 et 12 ans.

A cet âge, le petit garçon ou la petite fille commence à pouvoir faire attention à une clef, à se rappeler que personne ne l’attend à la maison ce jour-là, etc.

On peut alors commencer par lui poser la question de principe, histoire de s’assurer qu’il accueille cette possibilité de manière suffisamment détendue. Ainsi, un enfant particulièrement impressionnable ou ayant tendance à s’angoisser ne sera forcément pas considéré de la même façon qu’un camarade du même âge plus sûr de lui. De même par rapport à la conscience du danger et de la mesure des risques. Bref, à partir de 10 ans environ, rester seul à la maison devient un apprentissage comme un autre qui devra se faire par étapes.

Et plus tôt? Rien n’interdit à partir de 7 ou 8 ans, de commencer à responsabiliser l’enfant en le laissant seul cinq à dix minutes pour aller faire une course. Mais ce n’est pas la même chose que de le laisser régulièrement sans surveillance plus longtemps après être déjà revenu seul de l’école. La psychologue valaisanne déconseille, encore une fois, d’y songer avant une dizaine d’années. Notamment parce que «l’apprentissage de l’heure comme du temps qui passe constitue un processus assez long. Avec en plus tout ce que l’écolier aura vécu dans la journée! Sans compter qu’à cette période de vie, l’enfant a besoin d’être accueilli.» Et encore parle-t-on d’une courte période, de l’ordre d’une demi-heure ou de trois quarts d’heure. Quand il s’agit de deux heures et plus, Laure Theytaz monte la limite minimale jusqu’à 13 ans environ. A moduler selon la situation et la personnalité de l’adolescent. «Cela pose d’ailleurs d’autres types de questions, comme le suivi scolaire» dans une période où ils sont encore jeunes et où les sollicitations sont nombreuses.

Bref, autant laisser l’enfant rester un enfant, et éviter de lui faire porter des responsabilités trop grandes pour lui. Ce qui s’avère encore plus vrai lorsqu’on lui demande de s’occuper seul d’un petit frère ou d’une petite sœur. D’autant, relève la psychologue, que cela peut aussi se retourner contre les parents, l’enfant revendiquant dans d’autres domaines de s’auto-responsabiliser.

Avec une logique qui consiste à penser que si on le considère assez grand pour une chose, il n’y a pas de raison qu’il ne puisse pas l’être pour une autre.

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