22 août 2019

Des difficultés multipliées par «dys»

La dyslexie est un phénomène bien connu, mais d’autres troubles de l’apprentissage, moins mis en avant, peuvent aussi être la cause de problèmes à l’école. Tour d’horizon des six handicaps les plus fréquents.

La dyscalculie n’est pas encore un trouble reconnu, et sa prise en charge chez les orthophonistes formés est à la charge des parents.
La dyscalculie n’est pas encore un trouble reconnu, et sa prise en charge chez les orthophonistes formés est à la charge des parents.
Temps de lecture 8 minutes

En moyenne, un élève suisse sur dix est dyslexique. Mais c’est sans compter tous les autres troubles «dys», que l’on commence seulement à bien identifier: dysorthographie, dyscalculie, dysphasie et autres. «La dyslexie a été le premier trouble à être détecté. Mais au fur et à mesure qu’on développe des outils de diagnostic, on découvre d’autres troubles très spécifiques, qui ont toujours existé mais qui n’étaient pas décelés auparavant», explique Razan Rakha, orthopédagogue et conseillère en psychopédagogie à Genève. Il faut savoir que la plupart du temps, les troubles «dys» sont liés par deux ou plus, l’un entraînant souvent l’autre. «Par exemple, la dysorthographie n’existe pas toute seule, mais accompagne généralement une dyslexie. Peuvent s’y ajouter des troubles de la mémoire, de l’attention, etc.»

Des effets qui ne se cantonnent pas aux performances scolaires

D’origine neuropsychologique, ­génétique ou, pour certains, inconnue, les troubles «dys» – qui touchent autant les filles que les garçons – ont des effets dévastateurs non seulement sur l’apprentissage académique et sur la confiance en soi de l’enfant, mais également sur les relations familiales, scolaires, etc. De plus, le problème s’intensifie au fil du temps à mesure que l’apprentissage se complexifie. D’où la nécessité absolue de diagnostiquer rapidement les troubles, puis de mettre en place des supports adéquats pour aider l’enfant dans son apprentissage. «La réussite de l’enfant dépendra de la relation systémique triangulaire de trois entités: lui-même, ses parents et ses enseignants, remarque Razan Rakha. Il faudra aussi que la ‹règle des quatre C›, pour coopération, collaboration, confiance et communication, soit respectée par tous»

Le problème est que de nombreux enseignants sont encore souvent peu conscients de la nature des troubles et les assimilent vite à de la paresse, de l’opposition, de la négligence ou de la bêtise. Or,un handicap des compétences ne signifie pas une incapacité de raisonnement. «Il faut contourner les chemins bloqués, changer du schéma traditionnel et trouver des outils qui permettent de combler le déficit pour que les enfants souffrant de troubles ‹dys› puissent suivre une scolarité normale», explique l’orthopédagogue.

Il est possible de dompter les difficultés

Même si un trouble «dys» est permanent, les enfants qui en sont atteints peuvent apprendre à vivre avec. Diverses méthodes et de nouveaux outils existent et se développent: des jeux de cartes, ouvrages illustrés et films d’animation sont autant de voies facilitant l’accès au monde de la lecture et de l’écriture. Et ils pourraient faire partie un jour des programmes scolaires ordinaires, comme l’espère Razan Rakha à l’instar de la plupart des thérapeutes: «Si ces pratiques sont gagnantes pour les enfants souffrant de troubles ‹dys›, elles sont aussi utiles aux autres. Pourquoi ne pas les adopter au quotidien dans toutes les classes, de manière à ce que tous les élèves se sentent intégrés?»

1. La dysgraphie

De quoi s’agit-il?

La dysgraphie est un problème de motricité fine, qui induit des difficultés à écrire, c’est-à-dire à former ou à proportionner les lettres, ou à gérer les espaces. Les enfants qui en souffrent peuvent aussi avoir de la peine à tenir leur stylo, à suivre leurs pensées ou encore à réfléchir aux mots qu’ils doivent écrire. Ce trouble concerne environ 10% des enfants, surtout les garçons.

Comment aider?

Le traitement de la dysgraphie débute par un bilan orthophonique permettant de diagnostiquer le trouble. La prise en charge est ensuite pluridisciplinaire et fait notamment intervenir un orthophoniste, un ergothérapeute et un psychomotricien. L’essentiel du traitement consiste à permettre au patient de se relaxer pour parvenir à contrôler ses gestes. Pour cela, on propose des exercices graphiques et des jeux adaptés. L’enfant travaille aussi sur sa posture, sa tenue du stylo, etc.

En classe, il est nécessaire de lui donner plus de temps pour planifier visuellement et pour tout lire, de lui mettre à disposition une aide pour la grammaire et la syntaxe ainsi que des supports visuels et des enregistrements vocaux. Un panneau blanc avec un stylo effaçable qui glisse bien peut être un outil intéressant pour les enfants dysgraphiques. Il faut aussi fractionner ses activités et les instructions qu’on lui donne (vocabulaire par mots-clés) pour qu’il puisse suivre plus facilement.

2. La dyslexie

De quoi s’agit-il?

La dyslexie est une difficulté d’appren­tissage de l’orthographe et de la lecture. Concrètement, l’enfant confond les syllabes proches, a de la peine à distinguer les sons, n’arrive pas à se souvenir de l’orthographe des mots ni des séquences (alphabet, livrets, etc.). Il est facilement distrait par l’environnement sonore, n’arrive pas à trouver le bon mot et peine à s’organiser. Au niveau spatiotemporel, il confond la droite et la gauche et a de la peine à lire l’heure. Lors d’une lecture, il déplace ou coupe du texte et perd le fil. Il peine aussi à écrire et a des difficultés de coordination.

Comment aider?

Pour la lecture, on favorise une méthode de lecture visuelle, en apprenant à l’enfant à scanner le texte du regard, à isoler les éléments intéressants et à utiliser sa mémoire visuelle pour capter l’information. Pour l’orthographe, l’enfant dresse des listes de mots personnalisées, qui lui permettront ensuite de les repérer dans les dictées et de les écrire juste. En ce qui concerne les aides technologiques, le Smartpen, par exemple, est un stylo qui permet d enregistrer ce qui est dit et qui retranscrit ensuite le tout sur une tablette. L’enfant peut alors retravailler et mettre le texte en valeur de manière à mieux l’appréhender.

3. La dysorthographie

De quoi s’agit-il?

D’un trouble de l’acquisition de ­l’orthographe, qui provoque de la lenteur dans l’écriture, ainsi que de la difficulté à tracer les lettres. L’enfant fait ainsi des fautes d’orthographe, colle les mots ensemble, transforme certains sons, ajoute des lettres ou des syllabes ou les inverse. Il a de la peine à conjuguer et à ­accorder ainsi qu’à créer des phrases dont la syntaxe est correcte.

Comment aider?

Par le biais d’une rééducation orthophonique individualisée, on permet à l’enfant d’intégrer le processus d'apprentissage, notamment à l’aide de moyens mnémotechniques et de visualisations, mais aussi l’étude des correspondances entre les sons et leur transcription écrite et celle des règles orthographiques. À l’école, on accorde à l’enfant davantage de temps pour plusieurs relectures successives (mots connus, puis accords des adjectifs, puis accords sujet-verbe), on propose des exercices moins longs et on autorise l’élève à avoir sous les yeux des règles d’orthographe écrites.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’ Association Dyslexie Suisse romande (ADSR). Celui-ci intègre également des informations sur les autres troubles «dys», en particulier la dysorthographie.

4. La dyspraxie

De quoi s’agit-il?

La dyspraxie est un trouble qui affecte la coordination des gestes. L’enfant atteint de dyspraxie se situe mal dans l'espace, parce qu’il perçoit mal son corps. Même si la limite entre gaucherie et dyspraxie n’est finalement qu’une question de curseur, certains symptômes peuvent être déterminants: il se cogne plus souvent qu’à son tour dans les tables, a des difficultés à manger proprement, à couper sa viande ou à s’habiller seul, ne sachant par exemple pas dans quel sens tourner l’habit pour l enfiler. «Dès la petite enfance, il peine à effectuer les gestes de la vie quotidienne ou est lent pour les exécuter», avance Martine Jiménez, enseignante spécialisée à la Fondation Eynard-Eynard à Lausanne, qui accueille des enfants et des adolescents atteints de troubles «dys».

Comment aider?

Parce que l’enfant dyspraxique a beaucoup de difficulté à automatiser les mouvements, il convient de travailler les gestes du quotidien en guidance, autrement dit, en accompagnant physiquement son corps ou en séquençant le mouvement à effectuer. «On a toujours le choix entre rééduquer le cerveau ou pallier le problème en le contournant: faut-il par exemple accompagner le geste pour nouer les lacets ou n’acheter que des chaussures à fermetures velcro? Tout dépend de la souffrance de l’enfant dans l’apprentissage», poursuit l’enseignante. Comme la dyspraxie entraîne souvent une dysgraphie (difficulté à écrire sur la ligne, à trouver le geste à effectuer pour former la lettre et relier les lettres entre elles), l’ordinateur peut être un outil précieux pour pallier une écriture trop lente ou illisible. Bon à savoir: la batterie est un instrument de musique qui permet de travailler le rythme et la coordination chez l’enfant dyspraxique.

Autres informations sur le site de l' Association pour les enfants dyspraxiques

5. La dyscalculie

De quoi s’agit-il?

Un enfant dyscalculique a de la peine à mémoriser la chaîne des nombres et en comprendre le fonctionnement, à percevoir la quantité que représente un nombre, a fortiori à résoudre un calcul. «Une personne atteinte de ce trouble a beaucoup de difficultés à dénombrer, à acquérir la valeur des nombres ou à compter sans support matériel. Retenir un numéro de téléphone est compliqué, même difficulté pour pouvoir lire les heures», précise Martine Jiménez. La dyscalculie n’est pas encore un trouble reconnu et sa prise en charge chez les orthophonistes formés est à la charge des parents. Il n’existe pour l’instant pas d’association spécifique (l’ADSR tente actuellement de monter un groupe dyscalculie au sein de son association).

Comment aider?

Faire et refaire, entraîner au quotidien l’addition en colonne, la soustraction… mais surtout en y mettant du sens. On peut aussi contourner la difficulté: pour la mémorisation des tables de multiplication, Matthieu Protin, un enseignant français, a mis au point une méthode très innovante (Multimalin): un dessin animé raconte une histoire pour chaque multiplication, une manière de mettre une image colorée derrière l’aridité des symboles. Par exemple, pour mettre en scène 7 × 9 = 63, le 7 est représenté par un plongeoir sur lequel monte un personnage en forme de 9. Celui-ci saute et tombe sur la tête au bord de la piscine. Il devient un 6 avec une bosse en forme de 3. «On prend un chemin qui est accessible pour eux, qui leur parle. Plus on active de sens lors de la mémorisation, plus on favorise l’apprentissage. Avec un enfant ‹dys›, il faut faire appel à un geste, une émotion, à la mémoire épisodique pour réveiller les zones à rééduquer», observe Martine Jiménez, qui a mis en ligne des fiches de maths libres de téléchargement, adaptées pour les 8 à 10 ans (programmes 4 à 6 H).

6. La dysphasie

De quoi s’agit-il?

On parle ici d’un trouble de l’acquisition du langage oral. Ce trouble peut se présenter sous deux formes: dans le cas d’une dysphasie d’expression, l’enfant a de la peine à mettre sa pensée en mots et à mettre ses mots dans le bon ordre. Et dans le cas d’une dysphasie mixte, la difficulté à exprimer sa pensé se double d’un problème de compréhension. Les petits mots ne sont pas toujours pris en compte (ne… pas), le vocabulaire est souvent lacunaire et les confusions sont fréquentes (daim/dinde).

Comment aider?

Ici aussi, les couleurs et les images peuvent être d’un grand secours. Avec les dysphasiques qui ne sont pas dyslexiques (environ 50% des cas), on peut s’appuyer sur l écrit pour améliorer le langage. «Comme les enfants dysphasiques n’ont pas d’image à mettre sur les mots, j’utilise volontiers la méthode visuo-sémantique», explique Martine Jiménez, qui a justement mis quelque 900 mots en ligne sur son site (voir note en fin de paragraphe sur la dyscalculie, ndlr). Cet outil d’apprentissage par images mentales, créé pour les dyslexiques/dysorthographiques, permet de retenir par exemple qu’«allumer» s’écrit avec deux «l», ceux-ci étant dessinés sous forme de bougies allumées. Pour le dysphasique, on inverse la démarche en s’appuyant sur l’écrit pour mémoriser le mot et son sens.

Autres informations sur le site de Dysphasie Suisse

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