27 août 2012

Un bébé oui, mais après avoir vécu ma vie

Plonger dans les couches et les petits pots sur le tard est de plus en plus courant. Rencontre avec des mamans «tardives» qui ont décidé de donner la vie après 35 ans.

Caroline Brunet Guérin avec Emma, allongée sur ses genoux
Caroline Brunet Guérin, enseignante, 39 ans, 
maman d’Emma, 3 ans et demi.
Temps de lecture 7 minutes

Odile pouponne depuis dix mois à bientôt 40 ans. Maud est devenue maman à 38 ans et Caroline à 36 ans. Avoir un enfant sur le tard n’est pas seulement l’apanage des people. Comme nos amies les stars, dont on ne compte plus les grossesses tardives – pour ne citer qu’elles, Madonna a eu sa fille Lourdes à 38 ans et Mariah Carrey ses jumeaux à 41 ans – ces jeunes mamans ont décidé d’attendre un peu avant de plonger dans l’univers des couches et des petits pots. Amorcé il y a quelques années, le phénomène prend de l’ampleur: selon les derniers chiffres, en dix ans, le nombre de femmes à avoir donné naissance à un enfant à 35 ans et plus a doublé en Suisse, tandis que les naissances chez les moins de 30 ans sont à la baisse*.

Alors quoi, les femmes rechignent-elles à remplir leur rôle de mère? L’instinct maternel est-il en train de flancher pour laisser place à l’ambition professionnelle? L’individualisme prend-il le pas sur le don de soi? Un peu de tout cela à la fois, sans doute, même si, bien sûr, toutes les maternités tardives ne sont pas le résultat d’une volonté d’attendre, comme le souligne Anne Jeger, psychologue clinicienne lausannoise: «Certaines femmes n’ont, pour diverses raisons, pas trouvé un compagnon plus tôt. D’autres auraient aimé avoir un enfant, mais leur partenaire ne le souhaitait pas tout de suite, d’autres encore n’étaient pas certaines d’en vouloir.» Mais, constate-t-elle, «beaucoup ont choisi de faire des études et de travailler avant de devenir mère. Et c’est un choix souvent conscient.»

Baisse de fertilité et risque de fausse couche à la hausse

Vivre sa vie avant de la donner. Pour faire carrière, pour profiter de sa liberté, pour se réaliser avant que l’arrivée d’un bébé ne vienne stopper net les aspirations individuelles. Un discours présent chez de nombreuses mamans sur le tard. Maud, Odile et Caroline en font partie. Comme les autres, Caroline a bourlingué avant la naissance de sa fille. «Avec mon mari, nous avons beaucoup voyagé. Nous sommes allés un peu partout sac au dos. Au Canada, en Inde, au Kirghizistan.» L’arrivée d’Emma, il y a trois ans et demi, a freiné cette frénésie d’ailleurs. «Nous avons pris la première fois l’avion avec elle cet été pour aller passer des vacances en Turquie.» Une mise en bouche avant de réaliser un vieux rêve: un grand voyage aux Etats-Unis dans deux ans. Reste que si avoir un enfant à plus de 35 ans est aujourd’hui dans la norme, beaucoup de femmes ignorent, cons­ciemment ou non, les impératifs bio­logiques. L’âge de la femme influe sur la fertilité, et tandis que les chances de conception diminuent, le risque de fausse couche augmente. A titre d’exemple, il passe de 12% à 25 ans à 20% à 37 ans pour atteindre 30% à plus de 40 ans.

Si elle n’a pas connu de fausse couche, Maud a vécu l’attente. «Je savais que la fertilité baissait, mais je me suis dit: ça marchera pour moi. D’autant que beaucoup d’amies de mon âge sont tombées tout de suite enceintes.» Mais elle a dû déchanter. Deux ans se sont écoulés avant qu’elle ne se retrouve enceinte de Néo. Quand c’est arrivé, j’étais sur le point de commencer un traitement hormonal, raconte-t-elle. Avec mon mari, nous nous étions fixé comme limite de ne pas aller plus loin que les trois inséminations artificielles remboursées par l’assurance de base. Mais je ne sais pas si nous aurions réussi à nous y tenir si ça n’avait pas marché.»

Comédienne et auteure, elle a depuis créé Nos désirs sont désordre, une pièce racontant sur le ton de l’humour les péripéties d’un couple confronté à la procréation assistée. «Une forme d’exorcisme», dit-elle.

Le corps n’attend pas... encore

A Lausanne, le professeur Marc Germond reçoit fréquemment la visite de femmes de plus de 35 ans peinant à tomber enceintes au Centre de procréation médicalement assistée (CPMA) dont il est directeur médical. Toutefois, si la fertilité de la femme baisse plus rapidement à l’approche de la quarantaine, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille faire le deuil de la maternité, précise- t-il. «Une femme vient au monde avec un certain nombre d’ovocytes et chaque cycle menstruel s’accompagne en principe d’une ovulation. Mais il est vrai que, même fécondé, un œuf ne donnera pas forcément un embryon viable.» Un phénomène qui s’accentue avec l’âge et qui explique ainsi l’augmentation des ris­ques de fausses couches liées à des aberrations chromosomiques, comme la trisomie 21. Sans compter les risques de diabète gestationnel. Conclusion: il ne faut pas attendre trop longtemps une fois franchi le cap des 35 ans.

Encore très récente dans l’histoire de l’humanité, la maternité tardive finira-t-elle par influencer le corps des femmes en prolongeant leur fertilité? «On ne peut rien exclure, estime le professeur Germond, mais il est certain que si cela arrive un jour, nous ne serons plus de ce monde depuis longtemps.»

* Source : Office fédéral de la statistique.

Texte: Viviane Menétrey

Photographes: Catherine Leutenegger, Carine Roth

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