11 juillet 2018

Quand le cirque tutoie les cimes

Un peu d’humour, un brin de poésie et beaucoup d’adresse, tels sont les ingrédients du spectacle «Cirque au sommet» à Crans-Montana (VS). Avec Cuche et Barbezat en incontournable duo comique.

La troupe au complet pose devant une roulotte
En Valais, la troupe québécoise Machine de cirque présentera avec Cuche et Barbezat un spectacle à la dramaturgie originale (photo: Laurent de Sernarclens).
Temps de lecture 7 minutes

Sous le grand chapiteau bleu nuit, un quatre-mâts planté derrière l’hôtel Le Green à Crans- Montana (VS), on s’active. Ça sent la sueur et la sciure, alors qu’il n’y a que de l’herbe jaunie et une scène couverte d’une «galette» noire, matériau synthétique amortissant. Oui, ça sent le cirque, l’effort musculaire, la magie du spectacle en train de s’inventer et de se construire.

Comme un acrobate dans un jeu de quilles, Gaël Della Valle (au centre) invente des figures d’adresse (photo: Laurent de Sernarclens).

Sur les planches, sept artistes s’entraînent, qui à la barre russe, qui à la jonglerie, qui à la bascule, alors qu’une musicienne fait ses gammes à l’extérieur du chapiteau. On déplace les gros matelas, on remet du talc, on ajuste les prises. Les porteurs, de chaque côté de la barre, font voltiger une jeune femme qui enchaîne les sauts périlleux à une hauteur vertigineuse. Un grand zigue fait valser cinq quilles, une sixième en équilibre sur le front, deux acrobates se tiennent en équilibre tête contre tête, tandis qu’un hipster rouquin révise sa moustache extravagante devant le miroir.

Bienvenue chez Machine de cirque , une troupe québécoise, qui promet un beau moment de poésie et de prouesses aériennes, avec une histoire au fil original. Le pitch en deux mots: lors du vernissage d’une exposition de peinture, des visiteurs (les acrobates) débarquent, mais ils sont davantage disposés à sortir du cadre qu’à respecter les règles…

Découvrez l'ambiance du spectacle dans la vidéo ci-dessous:

Pour remettre de l’ordre dans ce bazar, il y aura deux gardiens de musée, interprétés par Cuche et Barbezat, l’inoxydable duo comique neuchâtelois. Pour le moment, ils jouent les spectateurs curieux, assis dans les gradins. Toujours au service du rire Habitués à tout faire, revues politiques, spectacles pour enfants, humour provocateur – qui a oublié «Les marionnettes du pénis»? – ils s’apprêtent cette fois à se mêler aux circassiens. Muets, ou presque.

L'humoriste Benjamin Cuche semble être en bien mauvaise posture… (photo: Laurent de Sernarclens)

«Notre participation sera plus visuelle qu’acrobatique. On aurait envie d’apprendre à jongler, mais c’est le piège qu’on doit éviter. À côté des meilleurs athlètes du monde, ça ferait «Plouf»! Nous deux, c’est Ebenhezer, on est les idiots du village», lance Benjamin Cuche, qui sait toujours tirer la carte de l’humour. Son compagnon, avec son air de gros ourson fatigué, poursuit:

Moi, je reste au sol. On va jouer les contrastes. Je crois que j’ai choisi le bon côté.

Jean-Luc Barbezat
Cuche et Barbezat s’immiscent dans le monde du cirque avec toute la virtuosité de leur humour (photo: Laurent de Sernarclens).

Le duo est rodé. Après quarante ans de connivences, à terminer les phrases l’un de l’autre, leur répertoire de drôleries est bien garni. Ce n’est pas la première fois qu’ils collaborent avec les circassiens: en 2008, ils s’embarquaient avec la tournée de Knie. «À partir de là, on nous a considérés comme des clowns. Ça a été révélateur pour nous», avoue Barbezat.

Une rencontre fortuite sur les routes canadiennes avec un directeur artistique, Vincent Dubé, les a amenés à monter ce projet dans la station valaisanne. «La collaboration avec Machine de cirque, c’est vraiment une histoire d’amitié.

L’aventure humaine, c’est ce qui prime pour nous.

Benjamin Cuche

Une première édition est née en hiver 2017, attirant plus de 7000 spectateurs, «c’était espéré, mais ambitieux». Rebelote donc cet été avec un spectacle inédit. Les deux comédiens, portant une douzaine de casquettes à eux deux – création de spectacles, coaching d’artistes, cours d’impro, direction du Montreux Comedy Festival etc. – n’ont pas fini de décloisonner l’humour. «Plus on met de choses variées ensemble, plus le spectacle est riche», avance Cuche.

Autant dire qu’avec les circassiens, la sauce a pris tout de suite. Même si les équipes répètent encore séparément, on sent déjà les complicités, les regards croisés et admiratifs. «Il n’y a pas de stars dans le milieu du cirque, pas d’ego. C’est très humble et ça nous fait du bien», souligne Barbezat.

Un travail intense

Pendant tout le mois de juillet 2018, les acrobates sont sur les planches six jours sur sept, de 9 h à 22 h, avec une petite pause au milieu.

De jeunes professionnels au top, tous sortis de l’École de cirque de Québec, dont un Suisse, Gaël Della Valle, qui a migré à Montréal – et, pour certains, avec un passage par le Cirque du Soleil. Ils sont l’exemple même des nouveaux arts de la piste, mettant l’accent sur la poésie visuelle plutôt que sur l’éclat des performances. Olivier Lépine, metteur en scène, explique: «Le cirque contemporain désire faire un spectacle humain avec une dramaturgie.

Le cirque traditionnel a tendance à faire du cirque et lui coller une histoire. Moi, j’aime faire le contraire»

Olivier Lépine

Il promet un spectacle comme un mouvement vers la couleur, qui s’amusera à faire exploser les règles et les cadres. «Il y aura de grandes toiles blanches pour s’intéresser à la personne qui regarde plutôt qu’à ce qui est regardé, et peut-être un vrai tableau à la fin.»

En attendant, les artistes s’entraînent. Ça jongle à deux, à quatre, juchés sur les épaules des porteurs, les quilles blanches volant avec la régularité d’un métronome, tac-tac-tac, comme un escadron de mouettes sous le ciel bleu du chapiteau.

Saut périlleux sur la barre russe (photo: Laurent de Sernarclens).

La sécurité comme seule limite

Cuche et Barbezat s’affairent dans leur coin. Arpentent l’espace en regardant en l’air, un rouleau de corde à la main.

Visiblement, Cuche a envie d’installer une tyrolienne et de la tester sur-le-champ. Ils tergiversent sur les moyens d’accrocher la victime pour sa grande traversée. Avec un cintre? Cuche revient avec une veste rouge, genre livrée de liftier, grimpe sur un des mâts et lance à la cantonade:

C’est un prototype d’essai, et quand je dis d’essai, ça peut vouloir dire… décès.

Benjamin Cuche

Étrangement suspendu à la corde, l’intrépide s’élance à la merci de la solidité de sa veste. On entend un léger craquement… Cuche termine sa course, sain et sauf sur les fesses, au milieu de la scène, sous l’œil amusé de son acolyte, nettement plus terrien.

«On improvise quand on est à l’aise. Là, avec le cirque, il y a les contraintes de la sécurité. Tout doit être bien réglé. Mais on essaiera un peu…» Un petit mois de répétition, ça semble court. Les deux compères ne sont pas inquiets. «Notre planning est fait. Il nous est arrivé parfois de finir d’écrire des textes le jour de la première! C’est comme une bonne cuisinière: elle ne craint pas de faire à manger pour dix personnes», sourit Cuche. «Notre seule inquiétude est que cela soit succulent», conclut Barbezat.

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