18 novembre 2018

Un pas vers l’insertion

Grâce au programme de l’EPER «MosaïQ», une passerelle vers l’emploi destinée aux migrants qualifiés du canton de Vaud, le Kosovar Musa Jashari vient de trouver un travail qui lui permet de contribuer à l’économie suisse.

Grâce au programme de l’EPER «MosaïQ», une passerelle vers l’emploi destinée aux migrants qualifiés du canton de Vaud, le Kosovar Musa Jashari vient de trouver un travail qui lui permet de contribuer à l’économie suisse.
Au Kosovo, Musa Jashari était à la tête de sa propre entreprise dans la construction. (Photo: Roger Hofstetter)

«D’après vous, c’est quoi la chose la plus chère au monde?», demande Musa Jashari. «L’information!», s’exclame-t-il et explique: «Avant d’avoir recours à l’EPER, je ne savais pas comment fonctionnait le système suisse, ni comment rédiger un CV ou une lettre de motivation en français. Je n’avais jamais passé un entretien d’embauche.» Il faut dire qu’à l’époque, c’était lui qui engageait des employés et recevait des dossiers de candidature. Aujourd’hui, grâce au programme «MosaïQ» de l’ Entraide protestante (EPER), il vient d’être engagé comme chauffeur polyvalent dans une entreprise de transport international.

Musa Jashari, 50 ans, est établi en Suisse depuis 2012. Pour cela, il a quitté son petit village au Kosovo et vendu son entreprise florissante spécialisée dans la fabrication de portes et de fenêtres. La motivation de son exil? Sa famille, et surtout son fils atteint d’une forme d’autisme, pour qui aucune structure médicale ni aucun soutien psychologique n’était possible dans son pays d’origine.

«La guerre n’avait pas réussi à me faire quitter mon pays, mais la santé de mes enfants a été une motivation majeure»

Musa Jashari

Arrivé en Suisse, la vie est loin d’être simple, mais Musa ne baisse pas les bras. Après avoir traversé une longue procédure d’asile, il obtient enfin une admission provisoire. Ce sont les services sociaux qui lui parlent de l’EPER et de son programme pour les migrants qualifiés.

Des projets personnalisés adaptés au marché du travail

Musa n’est pas un cas isolé. Nombreux sont les migrants très compétents guettés par la précarité et le chômage. Pour remplir le réfrigérateur, ils sont souvent obligés d’accepter un emploi bien en dessous de leurs compétences et loin de leur domaine d’activité. Partant de ce constat, l’EPER a lancé à Genève en 2013 le projet-pilote «Pont emploi», un coaching à l’intégration professionnelle de réfugiés.

Forte de cette première expérience positive, l’EPER introduit en 2018 «MosaïQ» à Lausanne, une passerelle vers l’emploi pour les personnes migrantes non européennes qualifiées. «Il s’agit d’une mise en valeur d’un bagage professionnel et de compétences acquises à l’étranger», nous explique Cecilia Mathys, 29 ans, la collaboratrice du projet qui a suivi Musa Jashari dans son processus. «Les institutions sociales cantonales réorientent vers nous des personnes qui correspondent à un profil qualifié. À travers notre expertise, nous les aidons à développer leur projet professionnel adapté au marché du travail suisse.» L’emploi n’est pas toujours un but en soi, parfois il s’agit plutôt de valider des diplômes ou de reprendre une formation.

Les professions qu’ont exercées les participants sont variées: ingénieur, sage-femme, sociologue, cordonnier, traductrice ou encore employé dans le domaine de la finance. Toutes ces personnes aux différentes aptitudes sont intéressantes pour le marché du travail suisse et elles méritent d’être valorisées. Le programme se déroule en plusieurs étapes modulables en fonction des besoins de chacun: un bilan de compétences, l’élaboration d’un dossier de candidature, des coachings individuels ou un stage de validation
d’acquis.

La collaboratrice de l’EPER Cecilia Mathys et Musa Jashari ont travaillé en équipe. Une stratégie qui s’est avérée gagnante au final. (Photo: Roger Hofstetter)

Un contact précieux

Pour la conseillère, chaque rencontre et chaque suivi sont uniques. Et le cas de Musa l’a particulièrement marquée. Selon elle, il s’agit là d’un exemple parfait: «Sa force et sa motivation sont impressionnantes. Il possède à la fois de la sérénité et une force admirable.» D’ailleurs, à l’issue de son stage, ses employeurs auraient bien aimé le garder. Ils ont remarqué que Musa était particulièrement rigoureux, ponctuel et droit. «Il est plus suisse qu’un Suisse», auraient-ils dit. Loin de s’attribuer tous les mérites, Musa est reconnaissant du rôle que sa conseillère a joué dans son parcours: «Elle était très disponible, elle a été formidable», nous dit-il. Plus qu’une simple plateforme vers l’emploi, «MosaïQ» offre un précieux contact à des personnes souvent découragées.

«Mais ça ne va pas que dans un sens, c’est une réelle collaboration»

Cecilia Mathys

Pour Musa, dont la famille est le moteur, il semble qu’enfin la roue tourne. Depuis un an, son cadet vit la semaine dans une institution spécialisée alors que son aîné a pu intégrer le Master d’architecture à l’EPFL. En outre, sa femme est également suivie par une collaboratrice de«MosaïQ» et regarde désormais l’avenir avec espoir.

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