25 avril 2016

Un prénom pour la vie

Rétro, tendance ou créé de toutes pièces, le prénom n’est jamais anodin. Autrefois lié à la tradition familiale et religieuse, il est aujourd’hui gage d’originalité. Pour le meilleur et pour le pire…

Des parents au moment de choisir un prénom pour leur futur enfant.
Illustration: Corina Vögele.
Temps de lecture 4 minutes

Au secours! Nous ne sommes d’accord sur aucun prénom. Le papa propose Loan ou Aaron, moi j’aime bien Léo, Aubin, Livio, Lilian, mais ça ne lui plaît pas. Aidez-nous avec des prénoms originaux!»

Stéphanie Rapoport, auteur de L’Officiel des prénoms.
Stéphanie Rapoport, auteur de L’Officiel des prénoms.

Au jeu des prénoms, les bébés ne sont pas rois et les nouveau-nés en voient parfois des belles. Des très tendance Gabriel, Liam ou Léa, en passant par les plus rares Aristote ou Cléophée, aux excentriques Scout LaRue ou Tallulah Belle dans lesquels les people sont passés maîtres, les petits sont exposés au meilleur comme au pire. L’appel de cette maman sur un forum afin de dégoter le petit nom auquel personne n’aura encore pensé prouve à quel point il est aujourd’hui essentiel de se démarquer afin de rendre son enfant unique.

L’affaire peut prêter à sourire dans un monde où l’individualisme règne en maître. Il est pourtant des besoins qui ne se calculent pas. Auteure de L’Officiel des prénoms et créatrice du site internet meilleursprenoms.com, Stéphanie Rapoport confirme que le temps où un garçon sur onze s’appelait Jean et une fille sur huit Marie est bel et bien révolu. «On se trouve face à une grande diversité et les modes changent très vite. Les gens s’informent, entendent de nouvelles sonorités, en inventent», note celle qui est aussi maman de deux garçons prénommés Maxime et Adrien.

C’est d’ailleurs parce qu’elle aurait aimé trouver un livre ou un site lui offrant du choix lorsqu’elle était enceinte que cette Française alors exilée à New York a lancé son site internet au début des années 2000. «Lorsque j’ai choisi les prénoms de mes garçons, je pensais qu’ils étaient peu usuels, c’est par la suite que je me suis rendu compte que Maxime et Adrien figuraient parmi les plus populaires.»

Des sonorités courtes et originales…

Après la sonorité et l’harmonie avec le patronyme, l’originalité est le troisième critère le plus important, poursuit-elle, citant le sondage réalisé chaque année sur son site internet. «Les gens cherchent des sonorités courtes, le plus souvent de deux syllabes qui se terminent par une voyelle.» Les Loé, Théo, Léa, Emma ont donc la cote, comme le prouvent les statistiques des prénoms les plus donnés en Suisse.

Aux côtés de ces petits noms apparaît une ribambelle de prénoms anciens, tels Ulysse, Augustin, Léopoldine ou Hortense. Sans oublier les prénoms issus de la vague celtique ou liés à des régions dont on veut retrouver l’identité. Comme en Bretagne où une flopée de Maël, Corentin ou Nolwenn et non pas le classique Yann sont venus garnir les registres de l’état civil, note Nicolas Guéguen, professeur de psychologie sociale à l’Université de Bretagne-Sud et auteur de Psychologie des prénoms.

Si cette volonté de singularisation se retrouve dans toutes les couches sociales, c’est à condition de respecter certaines règles, poursuit-il.

L’enfant ne doit pas avoir un prénom discriminant dans le milieu où il évolue.»

Peu de chances de croiser un Kevin chez de La Rochefoucauld ou un Tibère chez les Groseille, mais quand les Dylan se retrouvent avec les Jordan, ça va!»

Qu’ils soient universitaires, grands-bourgeois ou issus des classes populaires, les parents sont ainsi tous victimes de la mode de l’originalité, conclut-il. Conséquence de cette quête effrénée, «les prénoms restent à la mode très peu de temps et sont devenus des produits de consommation comme les autres».

Mais si les Léa et Théo feront bientôt partie du passé, ils demeureront pour les parents les plus beaux prénoms du monde, car, souligne Stéphanie Rapoport: «Ils ne regrettent pas leur choix.» Reste à faire le bon.

Benutzer-Kommentare