5 janvier 2017

Le Rhône tropical

Leïla Rölli s'intéresse dans sa chronique au Rhône, qui souffre du réchauffement climatique.

Leïla Rölli.

Je vous rassure, nous devrions être préservés d’une invasion de poissons-clowns encore quelques années, mais il y a de quoi s’inquiéter. Depuis 1920, de sa source à son embouchure, la température du Rhône a globalement augmenté de 2 degrés, ce qui n’est pas sans grandes conséquences sur la faune et la flore.

Quelles en sont les raisons? Le fameux réchauffement climatique, d’une part, qui agit de deux manières distinctes sur le fleuve: l’air globalement plus chaud modifie la température à la surface du fleuve. Rappelons que le Valais se transforme en gigantesque four à pellets à la belle saison et que, si le raisin et les abricots s’en retrouvent plus sucrés, le Rhône, quant à lui, s’approche plutôt du minestrone.

Rajoutons le cruel manque de précipitations neigeuses sur nos massifs alpins, qui n’échauffe pas seulement les oreilles des sociétés de remontées mécaniques: l’or blanc fond plus tôt dans la saison et le Rhône se goinfre de pluies tempérées. Et lorsque «Jean Rosset» abuse de son droit de visite en été, le mercure peut même atteindre 3° C de plus que les moyennes enregistrées avant 1977. Quand le fleuve se déchire entre crues sévères et sécheresses désolantes, les poissons trinquent.

Mais le Rhône n’est pas qu’une fierté helvétique, nous en partageons la garde avec nos voisins français et leurs six centres nucléaires de production électrique qui ponctuent, ou ponctuaient, le tracé du Rhône entre Genève et Avignon. Centrales qui utilisent l’eau fraîche des fleuves et rivières pour refroidir leurs installations, puis la renvoient en partie dans son lit... avec une légère fièvre.

Selon une étude commandée par l’Etat français sur l’impact écologique des rejets d’eau chaude des centrales nucléaires, entre 1920 et 2010, en plus de s’être réchauffé, le Rhône a vu ses pics de chaleur et de froid s’émousser, comme si le fleuve ne connaissait plus ni d’hivers ni d’étés, et que tout son cycle était chamboulé.

Depuis une dizaine d’années, on note l’augmentation alarmante d’espèces d’eaux chaudes et lentes comme le silure, qui préférait jusqu’alors se terrer au fond de nos lacs et qui, par sa gloutonnerie, précipite la raréfaction d’autres espèces locales. On trouvera malgré tout une maigre consolation à ce triste constat sur la biodiversité de notre fleuve bien-aimé: le silure, avec un beurre-échalote et un trait de jus de citron, c’est fort bon!

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