26 mars 2012

Un sourire éclatant en un rien de temps

Se faire blanchir les dents en moins d’une heure pour à peine plus de cent francs, c’est désormais possible… en institut de beauté.

Deux femmes se font blanchir les dents
L'esthéticienne Juliana Luis 
applique la lampe UV sur la bouche de sa cliente. 

Temps de lecture 6 minutes

Jusqu’à il y a peu, qui voulait se doter d’une denture approchant celle des stars de cinéma devait franchir la porte d’un cabinet dentaire. Toutefois, le prix souvent élevé du traitement en repoussait plus d’un. Mais aujourd’hui, avec la multiplication en Suisse romande des bars à sourire, le blanchiment des dents s’est démocratisé.

Des bars à sourire? Comprenez par là des espaces de bien-être dédiés à l’embellissement des dents. Depuis la fin de l’année, de Genève à La Chaux-de-Fonds, en passant par Lausanne et Sion, les ouvertures se succèdent à un rythme soutenu. En effet, de nombreuses sociétés, au vu du succès rencontré en France ou aux Etats-Unis, ont rapidement saisi l’incroyable potentiel que représente ce nouveau marché.

C’est le cas d’Extrasmile, avec plus de septante instituts, ou de Smiling White, qui compte une vingtaine d’adresses dans tous les cantons romands et qui prévoit d’ouvrir des bars à sourire en France voisine. Quant à Smile’Up, fondé par le Fribourgeois Pascal Cornu, sa petite entreprise ne connaît, elle non plus, pas la crise. Sa responsable pour la Suisse romande, Stefania Sepe, complète: «Nous disposons de plus de quarante adresses en Romandie et venons de trouver un partenaire pour la Suisse alémanique. Outre-Sarine, près de deux cents bars à sourire sont prévus. Les premières inaugurations pourraient avoir lieu dès ce printemps.»

Le client doit mordre une gouttière en plastique, recouverte d’un gel mentholé contenant de la poudre de sodium.
Le client doit mordre une gouttière en plastique, recouverte d’un gel mentholé contenant de la poudre de sodium.

A Neuchâtel, Juliana Luis a ouvert son bar à sourire en novembre 2011 après une rapide formation auprès de Smile’Up, histoire de reconnaître les dents saines et les dents dévitalisées et d’apprendre les bons gestes. Fauteuils confortables argentés, murs dorés, grand miroir baroque et lustre: c’est sûr, nous ne sommes pas ici dans un cabinet dentaire, mais bel et bien dans un institut de beauté. «Dans les bonnes semaines, je reçois ici une quinzaine de clients. Du coup, j’ai laissé tombé la partie onglerie du salon et ne pratique plus que le blanchiment des dents», explique l’esthéticienne de profession.

Hommes et femmes de tous âges

Ses clients? Aussi bien des femmes que des hommes de toutes les classes d’âge. «A la pause de midi, il n’est pas rare de voir entrer ici des employés de la banque toute proche», précise Juliana Luis. Cet après-midi toutefois, c’est une jeune infirmière qui a poussé la porte du salon. «Le sourire fait partie de la carte de visite d’une personne. Et puis, pour se sentir bien, il faut travailler ses atouts, répond Gwladys Failly, de Neuchâtel, lorsqu’on cherche à comprendre ses motivations, avant d’avouer: je n’aime pas les dentistes.»

Chez Juliana Luis, le soin esthétique – qui n’est en aucun cas un acte médical – consiste en un traitement de quinze minutes répété trois fois. Il est proposé au prix de 125 francs. A chaque fois, le client passe tout d’abord une solution désinfectante sur ses dents, puis il mord une gouttière en plastique recouverte d’un gel mentholé contenant de la poudre de sodium. Il est alors invité à porter des lunettes de protection avant que l’esthéticienne ne place une lampe LED devant la bouche durant un quart d’heure. Au contact de la salive et sous l’effet de la lumière, le gel libère du peroxyde d’hydrogène, un agent de blanchiment également utilisé par les dentistes.

Au final, l’effet éclaircissant d’un soin effectué dans un bar à sourire durera entre trois et six mois. «Tout dépend en fait de l’hygiène de vie de la personne, précise Stefania Sepe. Boire du café et fumer des cigarettes va accélérer le jaunissement des dents.» Après trois passages et une petite heure plus tard, Gwladys Failly est ravie du résultat. En se repérant sur un nuancier, Juliana Luis lui fait remarquer qu’elle a gagné entre cinq et sept teintes.

Juliana Luis contrôle le résultat du traitement. Anita Buonamico, la cliente, en est ravie.
Juliana Luis contrôle le résultat du traitement. Anita Buonamico, la cliente, en est ravie.

Anita Buonamico, de Cornaux (NE), a elle aussi décidé de franchir le pas. Au final, la cliente est également contente de son soin. «C’était un moment agréable et indolore. J’ai juste un peu les gencives qui piquent à cause du gel mentholé.» Et les dents alors? «J’aurais peut-être imaginé que les canines (les dents les plus jaunes en général, n.d.l.r.) deviendraient plus blanches. Je reviendrais peut-être une nouvelle fois pour ne traiter que celles-ci.» Cela étant, les franchisés Smile’Up recommandent à leurs clients d’attendre plusieurs semaines avant de recommencer l’opération. «Se faire blanchir les dents n’est pas un acte anodin, avertit Stefania Sepe, qui est assistante dentaire de formation. En fait, on pourrait comparer ça à une permanente chez un coiffeur. Il ne faut pas en faire trop souvent pour ne pas abîmer le cheveu.»

De plus, Juliana Luis ne blanchit pas les dents des mineurs étant donné que leurs quenottes sont encore en formation, ni celles des femmes enceintes. Les individus ayant trop de tartre sont, eux, plutôt invités à aller consulter un dentiste: «Il est important de travailler sur des dents saines pour un effet maximal.»

Quant à celles et ceux qui veulent le même sourire que Julia Roberts ou Brad Pitt, ils devront déchanter. Pour obtenir un blanc aussi éclatant, il n’y a qu’une solution: la pose de facettes en céramique. Peut-être joli mais pas très glamour…

«Dans le pire des cas, le soin ne sera pas efficace

Nacer Benbachir est médecin dentiste, chef de clinique dans la division de cariologie et d'endodontie de l'Université de Genève.
Nacer Benbachir est médecin dentiste, chef de clinique dans la division de cariologie et d'endodontie de l'Université de Genève.

Nacer Benbachir, médecin dentiste, émet un avis partagé quant à la multiplication des bars à sourire. «D’un point de vue commercial, nous ne craignons pas cette concurrence, car ces soins ne constituent pas le cœur de notre métier. Nous n’avons d’ailleurs pas constaté une baisse de fréquentation ou de chiffre d’affaires.»

C’est au niveau de la prise en charge du patient qu’il existe, pour lui, une insuffisance. «L’éclaircissement des dents est un acte cosmétique médical qui doit être inclus dans un plan de traitement global. Il fait suite à un examen clinique, radiologique ainsi qu’à une consultation esthétique qui vont permettre de poser un diagnostic précis quant au type de colorations du patient et déterminer la technique de blanchiment la plus adaptée. Par ailleurs, il faut souvent passer par une phase d’assainissement (détartrage, soins de caries…) avant de réaliser un blanchiment.»

Nacer Benbachir se veut toutefois rassurant: «Les personnes qui fréquentent les bars à sourire ne courent aucun danger. Dans le pire des cas, le soin ne sera pas efficace et, en cas de trop fréquentes applications du gel, les dents deviendront momentanément plus sensibles.» 

Concernant le blanchiment proprement dit, les dentistes ont le droit d’utiliser des produits nettement plus concentrés en peroxyde d’hydrogène et donc bien plus efficaces qu’en institut. «Toutefois, le but visé est d’éclaircir les dents tout en gardant un aspect naturel, soit une teinte proche de l’ivoire», rappelle Nacer Benbachir.

Photographe: Xavier Voirol

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