20 septembre 2017

Une écurie à ciel ouvert

Répondre aux besoins naturels des équidés? C’est le principe du paddock paradise, un concept d’aménagement de l’espace alloué aux bêtes venu des Etats-Unis et qui rencontre de plus en plus d’adeptes aussi en Suisse romande.

Paddock paradise dans le canton de Vaud
Dans un vaste espace, les chevaux sont encouragés à se déplacer pour se nourrir.
Temps de lecture 6 minutes

Bienvenue au paradis des chevaux! Ou, du moins, à ce qui semble s’en approcher le plus sur Terre, les équidés dont nous parlons n’étant pas passés de vie à trépas… Pour prendre soin de leurs pensionnaires, confiés par des cavaliers de la région, Carmen et Simon Crisinel ont opté pour un concept d’aménagement des espaces venu tout droit des Etats-Unis: le paddock paradise.

Dans l’exploitation familiale à Moiry (VD), au pied du Jura, point de box individuels où parquer les chevaux: ces derniers peuvent circuler à loisir sur les deux hectares et demi de territoire qui leur sont dédiés.

Carmen et Simon Crisinel ont créé leur «paddock paradise» il y a deux ans et demi.

Ils sont treize aujourd’hui, dont deux appartenant au couple, à profiter de cette liberté. Et malgré un temps oscillant entre crachin et éclaircies et une température frisant les 15 °C, tous sauf un, blessé, ont élu domicile à l’extérieur.

On a tendance à humaniser les chevaux et à penser qu’ils craignent le froid, la pluie ou la neige,

s’amuse Carmen Crisinel. Or, ils supportent très bien les aléas de la météo, ils dorment même dehors, et c’est surtout l’été, par grosse chaleur, qu’ils ont tendance à venir à l’intérieur pour trouver un peu de fraîcheur.»

S’adapter à la nature de l’animal

Répondre aux besoins naturels des animaux, tel est le credo du paddock paradise. «En multipliant et espaçant les parcelles où ils peuvent boire, manger, jouer, ou encore se reposer, nous les incitons à se déplacer un maximum pour assouvir leurs envies.

Dans la nature, les chevaux parcourent entre 15 et 20 kilomètres par jour, principalement pour trouver de la nourriture.

Ici, même les jours où les propriétaires ne viennent pas les monter, ils ont l’occasion de se dépenser à l’extérieur, ce qui n’est pas le cas lorsqu’ils vivent dans un box.»

Voilà plus de deux ans que ce couple de trentenaires a ouvert les portes de cette pension d’un genre nouveau. «Mécanicien sur poids lourds, Simon avait envie de se reconvertir et de travailler avec son père au domaine. Comme il s’agit d’une ferme assez modeste, nous devions trouver une autre source de revenus, explique Carmen, qui exerce pour sa part son métier d’enseignante deux jours par semaine. Etant moi-même passionnée par le monde équestre depuis l’enfance, nous avons décidé de créer un espace d’accueil pour les chevaux.»

Le bien-être des chevaux est au cœur de ce concept venu d’outre-Atlantique.

Mais attention, pas n’importe lequel! «Afin de connaître les attentes de nos futurs clients, nous avons lancé un sondage sur Facebook. Quelqu’un nous a parlé du paddock paradise et après quelques recherches, nous nous sommes rendu compte que cela correspondait à notre vision:

nous avions vraiment à cœur le bien-être des animaux. Et puis, notre terrain se prêtait bien à cette façon d’aménager les espaces.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Ou presque. «Même si nous n’avons rencontré aucune difficulté particulière pour mettre en place notre paddock paradise, cela nous a quand même demandé pas mal de temps et de travail. Nous avons commencé par vider un vieil atelier du domaine agricole pour le transformer en stabulation couverte et paillée.»

Puis ils se sont attelés à la mise sur pied des larges couloirs permettant aux équidés de se rendre de parcelle en parcelle. Couloirs qui, en cette période pluvieuse de septembre, sont quelque peu boueux… «Idéalement, si nous suivions à la lettre les principes du paddock paradise, nous devrions les recouvrir de sable, de cailloux ou de gravats, afin que les sabots des chevaux s’habituent à différents revêtements. Mais en Suisse, la loi sur l’aménagement du territoire en zone agricole nous interdit de changer la structure des sols.»

Les chevaux se prennent au jeu

Qu’à cela ne tienne, les pensionnaires de Carmen et Simon Crisinel ne semblent pas en prendre ombrage pour autant. En file indienne, en voilà trois ou quatre qui s’engagent dans un couloir et s’éloignent de la propriété, tandis que certains de leurs comparses se rassemblent autour d’un râtelier et mâchonnent avec appétit le foin qu’ils y trouvent. «Ils disposent d’un abreuvoir alimenté à l’eau de source et trois zones réparties sur l’ensemble du domaine, où se sustenter à volonté.

Dans la nature, les chevaux passent seize heures par jour à manger. Leur système digestif a besoin d’être sans cesse en mouvement. C’est ce que nous essayons de reproduire ici.

Et Carmen Crisinel d’expliquer que les puristes du paddock paradise préconisent la disposition de petits filets à foin tout au long des couloirs, afin d’encourager un maximum les animaux à bouger. «Mais d’un point de vue logistique, ce serait un peu trop compliqué pour nous. Nous dérogeons également aux règles en laissant nos chevaux évoluer sur des parcelles recouvertes d’herbe. Il est vrai que s’ils en mangent trop, ils risquent de tomber malades. Dans leur état naturel, ils évoluent dans des zones assez arides.

Mais nous avons dû adapter le concept à notre exploitation: ce qui est possible dans les grands espaces américains ne l’est pas ici. Et nous limitons leur accès à ces parcelles.

Des soins pas nécessairement plus chronophages qu’avec un élevage classique

Un tel domaine ne demande-t-il toutefois pas davantage d’entretien qu’un simple parc avec des box? «Pas forcément. Ce qui prend le plus de temps, c’est de ramasser les crottins sur l’ensemble du paddock trois fois par semaine pour éviter la prolifération des vers et l’utilisation abusive de vermifuge. Nous leur donnons, matin et soir, la nourriture choisie par leur propriétaire et

nous nettoyons chaque jour la stabulation, mais comme les chevaux y passent peu de temps, ce n’est jamais très sale.

Au travers de la méthode du «paddock paradise», la socialisation entre les chevaux, qui vivent normalement en troupeaux, est grandement facilitée.

Après deux ans et demi, le bilan est nettement positif. «Je vois la différence chez mes chevaux, se réjouit Carmen Crisinel. Ils ne s’ennuient plus, je les sens heureux.» Même son de cloche chez les clients, qui affluent cet après-midi, qui pour monter, qui pour prendre soin de son destrier, qui pour passer un moment avec son fidèle compagnon. Avant de partir en balade, Isabelle Guex, une cavalière de la région, fait part de sa satisfaction: «Baïkal, mon cheval, est là depuis un an. Il semble apprécier sa liberté de mouvement et me paraît apaisé. Et puis, c’est bien qu’il puisse vivre en groupe.»

Voilà bien l’un des autres avantages du paddock paradise: la sociabilisation. «Là encore, nous essayons d’être au plus près des habitudes naturelles des chevaux, qui vivent ordinairement en troupeau», explique Carmen. Chaque pensionnaire doit donc se faire sa place en arrivant. «Une nouvelle hiérarchie se met petit à petit en place. Bien sûr, il arrive qu’ils se battent et que l’un ou l’autre se prenne un coup de dent. Nous demandons à ce qu’ils ne portent pas de fers, au moins sur les pattes arrière. Cela évite les blessures et ils s’habituent à marcher avec les sabots nus. Leur pas n’en devient que plus sûr!»

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