25 juillet 2017

Une femme à la barre

Elle est l’une des rares femmes à aspirer à devenir un jour capitaine. Sous-timonier à la Compagnie générale de navigation (CGN), Sophie Aymon vogue sur les bateaux du Léman depuis quinze ans.

Sophie Aymon, quinze ans de lac sous le pied dont trois sur la voie du pont.
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Marin d’eau douce

Chez les marins de la CGN, on la reconnaît facilement. D’abord parce qu’elle est l’unique femme à la barre et surtout la seule à ne pas porter de casquette, privilège réservé aux hommes. Un comble? Même Pas. Sophie Aymon, quinze ans de lac sous le pied dont trois sur la voie du pont, s’estime plutôt chanceuse: «Mes collègues cherchent à s’en débarrasser, car ils ont trop chaud là-dessous!»

Ce jour-là, Sophie s’essaie au mythique vapeur Montreux, l’un des joyaux Belle Epoque de la compagnie. Lunettes noires, teint hâlé, yeux rieurs, elle a l’air née sur un bateau. A 37 ans, Madame le sous-timonier est l’une des premières à briguer la plus haute fonction. D’aucuns s’étonnent parfois de la voir à la barre. Cette Valaisanne de Martigny n’était pourtant pas prédestinée à devenir marin d’eau douce. Un job d’été en vue d’un voyage en Australie tombé à l’eau alors qu’elle avait la vingtaine et la voilà caissière sur les bateaux de la CGN. Douze ans plus tard, voyant l’un de ses collègues avec qui elle a fait sa formation de batelier gravir les échelons, elle se dit: «Pourquoi pas moi?»

D’ici à la fin de l’année, elle aura payé ses galons de timonier, puis ce sera au tour du grade de pilote, avant d’accéder à la capitainerie. En attendant, madame vogue.

Une journée avec Sophie Aymon

11h00 Tournée matinale «Quand j’arrive, je passe toujours au magasin saluer les collègues, car c’est là, au bureau du service des achats, que je travaille les mois d’hiver quand on navigue moins. J’aime me tenir au courant de la vie à quai, faire ma commère, quoi!»

12h00 Sur le pont «C’est à l’équipage de nettoyer le bateau. Tout le monde s’y met, du caissier au capitaine. Il faut faire les sols, accrocher les drapeaux, passer l’aspirateur, s’assurer que tout est prêt. En général, j’ouvre la timonerie. Les toilettes, c’est pour le caissier. Je peux vous dire qu’en douze ans de caisse, j’en ai nettoyé!»

14h00 Bienvenue à bord «L’après-midi, le Montreux part de Lausanne-Ouchy jusqu’à Chillon et retour. Accueillir les gens sur un bateau Belle Epoque, c’est autre chose que lors d’une simple traversée Lausanne-Evian. L’ambiance y est plus détendue, il y a beaucoup de touristes, on se fait prendre en photo, c’est sympa.»

Carnet de route

«C’est ma bible. Je reporte dedans tous les points de repère qui me permettent de me situer sur ma route. Cela peut être un bâtiment, un rocher, une rangée d’arbres. Chaque pilote possède le sien. Au fil du temps, on se montre nos astuces et on se les transmet.»

15h00 Billets s’il vous plaît «Le contrôle des billets fait partie du job, car nous ne sommes pas très nombreux sur le bateau. Moi je m’occupe de la première classe. Les jours de grande affluence, cela peut prendre du temps, mais j’aime ce moment de contact avec les passagers.»

16h00 A la barre «Après le port de Cully, je monte en général assister le capitaine. Il me montre ses points de repère et je prends la barre. Manœuvrer un bateau vapeur demande de la finesse, car il est un peu moins maniable qu’un moteur diesel. Le plus difficile? Eviter les paddles, les nageurs et tout ce qui se trouve à proximité de notre route. Là on passe par la cheminée pour tirer la sonnette d’alarme.»

19h00 Cap sur la France «La journée est loin d’être terminée puisque le Montreux repart cette fois pour Yvoire (F) et rentre à 22 h 30 à Ouchy. Et ce n’est pas fini, car souvent, nous buvons un verre avec les collègues une fois le service terminé.»

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