2 octobre 2017

Une main tendue

Aucune entreprise en Suisse ne compte autant d’apprentis que Migros. A cet égard, le formateur professionnel constitue la principale personne de référence pour les jeunes. Trois maîtres d’apprentissage racontent leur engagement en faveur de la relève.

Stefania Falce, qui dispense des cours pratiques d’informatique pour les jeunes, a pris sous son aile deux apprentis de l’Ecole-club de Lucerne.
Stefania Falce, qui dispense des cours pratiques d’informatique pour les jeunes, a pris sous son aile deux apprentis de l’Ecole-club de Lucerne.
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Stefania Falce, formatrice en informatique à l’Ecole-club de Lucerne

Le quotidien de Stefania Falce tourne autour de la formation. Cette spécialiste, qui dispense par ailleurs des cours pratiques d’informatique pour les jeunes, a pris sous son aile deux apprentis de l’Ecole-club de Lucerne. Depuis ses débuts il y a dix ans, c’est elle qui se charge de cette mission. «On progresse et on apprend ensemble. Autrefois, j’étais plus sévère, peut-être parce que je manquais d’expérience. Depuis, j’ai gagné en confiance et j’accorde davantage de marge de manœuvre aux jeunes que j’encadre.» Stefania échange avec eux presque tous les jours. «Nous discutons des tâches en cours et de la manière dont elles sont perçues. Parfois, nous abordons des questions d’ordre personnel.» Par exemple, lorsque les apprentis ont des difficultés scolaires ou qu’ils ratent leurs entraînements sportifs, car ils sont sortis trop tard du travail.

La branche informatique ne cesse de se développer. «Auparavant, les notes obtenues en classe ne comptaient pas pour l’examen final, alors que c’est le cas aujourd’hui. Ainsi, les apprentis consacrent plus de temps à la préparation de ces tests.» Pour Stefania Falce, le recul du nombre de dossiers montre que l’apprentissage informatique n’est pas une sinécure. «Nous ne parvenons pas à expliquer cette désaffection. Mais c’est un fait: de manière générale, la branche manque d’apprentis. Il y a quelques années, nous recevions des candidatures féminines, maintenant, plus du tout», indique la formatrice, qui prend un grand plaisir à familiariser ses petits protégés aux joies de l’informatique.

Alfred Strahm s’occupe des futurs commerciaux au sein d’Elsa.

Alfred Strahm, acheteur pour l’entreprise de la M-Industrie Elsa

Alfred Strahm peut raconter une multitude d’anecdotes sur la formation des apprentis: depuis dix ans, c’est lui qui s’occupe des futurs commerciaux au sein d’Elsa. Ceux-ci restent six mois dans son département avant de changer de poste. «Pour moi, il est important que les jeunes apprennent à agir en toute autonomie et à résoudre les problèmes si possible seuls», indique l’acheteur, qui demeure toutefois disponible pour des conseils tout au long de cette phase d’initiation. Ce principe d’écoute vaut aussi bien pour les difficultés scolaires que personnelles. «Si besoin, je prends le temps de discuter avec les apprentis après le travail pour trouver une solution. Cela fait partie de mon rôle.»

Mais ce n’est pas tout! Il y a environ deux ans, Alfred Strahm a monté un projet avec des apprentis d’Elsa issus de différents secteurs. «L’idée consistait à réunir les jeunes de la production, de la technique et du domaine commercial autour d’un même projet.» Tous les apprentis d’Elsa ont été sollicités et vingt d’entre eux ont manifesté leur intérêt. Ils ont rédigé un descriptif de projet et l’ont présenté à la direction, qui leur a donné son feu vert. Le groupe a aujourd’hui développé un nouveau yogourt, qui va désormais être évalué par Migros. «Il s’agit du dernier obstacle, mais nous espérons vivement que le produit conçu de A à Z par les jeunes sera bientôt commercialisé par l’enseigne.» Ce serait une belle démonstration que les apprentis sont à même de relever les défis du monde professionnel, comme le souhaite Alfred Strahm.

Ernst Hochstrasse ne s'occupe que d'un seul et unique apprenti.

Ernst Hochstrasser, meunier pour Jowa, l’entreprisede la M-Industrie

Ernst Hochstrasser se considère lui aussi comme un novice, au sens figuré. En effet, son premier et unique apprenti accomplit en ce moment sa troisième année de formation. «Depuis longtemps, je souhaitais former des jeunes, mais je n’en avais pas le temps. Aujourd’hui, j’ai décidé de le prendre, même parfois aux dépens de mes loisirs», explique ce meunier expérimenté employé à Jowa. Ernst Hochstrasser se souvient de sa propre formation et de son maître d’apprentissage à qui il vouait une grande admiration. «J’essaie d’être un coach qui responsabilise et laisse agir son apprenti. Avec les risques que cela implique...»

Au cours de cette période, les adolescents deviennent des adultes et le formateur leur sert de modèle. «Il est évident que l’empathie et une expérience professionnelle solide sont des atouts précieux», déclare ce père de quatre enfants. Si le début de la formation a nécessité un peu plus d’encadrement, son protégé travaille désormais de façon indépendante – de la réception des céréales à la distribution. «C’est très gratifiant de pouvoir accompagner un tel développement.» Le plaisir ressenti par le formateur est également un signe qu’il a bien fait son travail. «Et j’ai eu la chance d’avoir un apprenti très facile», ajoute le meunier en riant.