29 novembre 2017

Contraception: une pilule dure à avaler

Symbole de la libération des femmes, la pilule séduit aujourd’hui de moins en moins. En cause, un rejet des hormones et un attrait toujours plus fort pour les méthodes naturelles.

Illustration montrant divers moyens de contraception allant vers un ovule
Il existe de nombreuses façons naturelles de se protéger d'une grossesse non désirée.
Temps de lecture 10 minutes

Véritable révolution, la pilule a bouleversé la vie de millions de femmes en leur permettant de maîtriser leur fécondité. Pourtant, bien qu’elle reste l’un des contraceptifs les plus utilisés en Suisse, les ventes ont chuté de 20% en dix ans.

Les raisons de ce désamour? Les cas très médiatisés de thromboses et d’embolies pulmonaires, imputées aux pilules de 3e et 4e générations fin 2012. Mais pas seulement. A une époque où le bien-être et le naturel ont le vent en poupe, beaucoup de jeunes femmes en bonne santé refusent d’ingérer des hormones et de prendre un médicament au quotidien.

Elles préfèrent au contraire se tourner vers d’autres méthodes, comme le stérilet. Au cuivre ou aux hormones, il opère un retour en force depuis qu’il a été scientifiquement prouvé qu’il est sans danger pour les femmes qui n’ont pas encore eu d’enfants. Plébiscité par près de 14% des Suissesses, il assure une protection à 99%. Pas mal, quand on sait que le taux d’efficacité réel de la pilule est de 91%.

Développer son rapport au corps

La volonté de se réapproprier son corps et les sensations liées au cycle sont quant à elles au cœur des motivations des «anti-hormones». Leurs moyens de contraception de prédilection? Le préservatif, la méthode de l’agenda, la «retirette» ou encore la symptothermie, basée sur l’observation de la température, de la glaire cervicale et de la position du col de l’utérus.

Face à cet éventail de possibilités, beaucoup de femmes se sentent perdues et souhaiteraient être en possession de davantage d’informations. Elles disent souffrir d’un manque d’écoute de la part de leur gynécologue, dont elles attendent une prise en charge plus personnalisée. Et les partenaires dans tout ça? Là aussi le bât blesse. Bien que des discussions émergent progressivement au sein des couples, la contraception reste, aujourd’hui encore, une affaire de femmes.

Le stérilet peut être au cuivre ou aux hormones.

Témoignages

Nathalie, 31 ans, en couple, un enfant: «A la suite d’une rupture, j’ai arrêté la pilule et les variations d’humeur ont complètement disparu»

«Il m’a fallu du temps pour réaliser que les hormones avaient sur moi un effet dévastateur. Comme beaucoup de femmes, la pilule a été mon premier moyen de contraception et je l’ai prise pendant une dizaine d’années. Je pouvais me mettre en colère très facilement et il m’arrivait souvent de ne pas avoir le moral. Je pensais que c’était mon caractère et qu’il fallait que je l’accepte. Mais à la suite d’une rupture, j’ai arrêté la pilule et ces variations d’humeur ont complètement disparu. Peu après, j’ai testé l’anneau vaginal, qui contient aussi des hormones, et j’ai fait une dépression pendant six mois.

Une expérience traumatisante et un rejet des contraceptifs chimiques.

Le stérilet au cuivre me paraît être la meilleure solution, mais mon ami et moi espérons avoir un autre enfant l’année prochaine, ça ne vaut donc pas la peine de m’en faire poser un. Alors, en attendant, nous avons recours au préservatif quand je suis en phase d’ovulation et sinon à la «retirette», c’est-à-dire qu’il se retire juste avant d’éjaculer. Cela casse un peu la fin du rapport et ce n’est pas la méthode la plus fiable, mais elle est aujourd’hui celle qui me paraît être le mieux adaptée à mes besoins.»

L'anneau vaginal contient généralement une association d'hormones.

Nadia, 31 ans, en couple: «En discutant avec ma gynécologue, j’ai toujours eu l’impression que c’était soit les hormones, soit le préservatif»

«Je suis sous pilule depuis l’âge de 18 ans et je l’ai globalement toujours bien supportée. Ce contraceptif offre une vraie liberté: je peux contrôler mes cycles et l’arrêter quand je le souhaite. Et elle reste l’une des solutions les plus sûres. Mais malgré ces avantages, je ne la prends jamais de façon sereine, il y a toujours une petite voix dans ma tête qui me dit que toutes ces hormones sont potentiellement nocives pour ma santé. D’ailleurs, si je n’étais pas en couple, je l’arrêterais demain. Mais pour l’instant ce n’est pas une option: le stérilet me fait peur et le préservatif ne serait pas le moyen le plus sûr à mes yeux. Il enlève en effet toute spontanéité à un acte très charnel et je doute que mon ami et moi l’utiliserions systématiquement. Il y a bien entendu d’autres méthodes, mais en discutant avec ma gynécologue, j’ai toujours eu l’impression que c’était soit les hormones, soit le préservatif. Et je ne suis pas la seule.

Il y a souvent un manque d’écoute de la part des médecins. Cela devrait pourtant être un espace d’échange et de discussion, où l’on prescrirait le contraceptif le mieux adapté au profil de la patiente.

Elisabeth, 46 ans, en couple, deux enfants: «La ligature des trompes, c’était une option à laquelle je n’avais jamais vraiment réfléchi auparavant»

«Mon deuxième enfant est né par césarienne, la grossesse ayant été un peu compliquée. Quarante-huit heures avant le jour J, j’ai eu rendez-vous avec l’anesthésiste pour discuter de l’opération et c’est à ce moment-là qu’il m’a parlé de la ligature des trompes comme moyen de contraception définitif. C’était une option à laquelle je n’avais jamais vraiment réfléchi auparavant, mais cela me semblait être une bonne occasion de le faire. Je prenais la pilule de façon tout à fait sereine depuis plus de vingt-cinq ans, mais entre mon âge et le fait que je sois fumeuse, il fallait envisager une autre solution. J’ai donc profité de ma césarienne pour faire d’une pierre deux coups et je ne regrette pas ma décision une seule seconde. Je pensais cependant que j’allais enfin pouvoir tirer un trait sur les contraceptifs, mais mes règles sont particulièrement abondantes depuis la naissance de ma deuxième fille. Résultat: de grosses anémies et un retour momentané vers la pilule, le temps que je trouve une autre solution.»

Certaines femmes s’appuient sur une application pour suivre leur cycle de très près.

Sara, 34 ans, en couple: «Les hommes sont généralement passifs face à la contraception»

«J’utilise la méthode de l’agenda depuis environ trois ans, c’est-à-dire que je vais utiliser un préservatif uniquement pendant la période à laquelle j’ovule, sinon mon ami et moi ne nous protégeons pas. J’ai une application sur mon téléphone qui est en fait un carnet de bord, à remplir quotidiennement. J’y inscris beaucoup de choses, comme la qualité de ma peau, de mes cheveux, les rapports sexuels, la date de mes règles ou encore mes symptômes prémenstruels et, à partir de ces renseignements, un algorithme détermine mon jour d’ovulation et ceux où il faut faire attention. C’est vraiment très simple, il suffit juste d’être assidue. Et quand il m’arrive parfois d’oublier de noter quelque chose, c’est mon copain qui le fait. Je n’ai pas ­décidé toute seule d’utiliser cette méthode, ce n’est pas la plus fiable et elle ne ­fonctionne selon moi que si l’on accepte l’éventualité de tomber enceinte. C’est donc une décision qui s’est prise à deux, comme ça devrait toujours être le cas. Les hommes sont généralement passifs face à la contraception et beaucoup trop de femmes portent encore ce poids toutes seules. C’est pourtant l’affaire du couple.»

Christelle, 27 ans, en couple: «J’utilise l’anneau vaginal depuis six ans et je ne reviendrais en arrière pour rien au monde»

«J’ai été sous pilule pendant environ quatre ans, avant de la laisser tomber. C’était à l’époque des cas de thromboses et embolies pulmonaires liés à ce contraceptif et très médiatisés à l’époque. Ces scandales combinés à un ras-le-bol de devoir penser à prendre mes tablettes chaque jour m’ont poussée à chercher une autre solution. Alors, quand une collègue m’a parlé de l’anneau vaginal, moins dosé en hormones, j’ai eu très envie de l’essayer. Il m’a cependant fallu trois mois avant de me lancer: je n’étais pas à l’aise avec le fait de devoir le poser moi-même et, surtout, j’avais peur d’avoir mal. Je l’utilise depuis six ans et je ne reviendrais en arrière pour rien au monde.

Moi qui oubliais souvent de prendre ma pilule, je suis désormais tranquille pendant trois semaines

et, contrairement au stérilet, je peux l’enlever moi-même si besoin est. Je le supporte bien et il convient aussi à mon ami, qui ne le sent pas pendant nos rapports sexuels. Mais malgré ses nombreux avantages, il y a deux bémols: son prix est relativement élevé et il n’a aucun effet sur mes règles abondantes.»

Sophie, 31 ans, célibataire: «Dans tous les cas, chaque méthode contraceptive a des inconvénients, il n’y a pas de solution parfaite»

«Ma dernière relation s’est terminée il y a sept ans et, avec elle, la prise de la pilule. J’avais à ce moment-là beaucoup de mycoses vaginales et d’herpès, et une naturopathe m’avait dit que cela pouvait être dû à la prise de ce contraceptif. Avec du recul, je n’en suis pas réellement convaincue, mais cela m’avait suffisamment inquiétée à l’époque pour songer à un changement de contraceptif.

Le problème, c’est que je ne voyais pas vers quel autre moyen me tourner

et ma gynécologue, très pro-pilule, ne m’avait pas informée des autres possibilités. La rupture a mis fin à ces questionnements et je n’utilise actuellement que le préservatif pour me protéger. Cela dit, je me demande souvent ce que j’utiliserai quand je serai à nouveau en couple. Sachant que je ne veux plus devoir ingérer des hormones ­quotidiennement et que la pose d’un ­stérilet me fait peur, c’est une question épineuse. Dans tous les cas, chaque méthode contraceptive a des inconvénients, il n’y a pas de solution parfaite.»

Il est important de se trouver face à un ou une gynécologque à l'écoute pour bien se faire conseiller en fonction de ses besoins.

Emilie, 31 ans, en couple: «Avec le stérilet, je n’ai plus à penser quotidiennement à mon contraceptif»

«Comme pratiquement toutes les filles de ma génération, j’ai fait un passage par la case pilule, et je l’ai toujours très bien supportée. Je l’utilisais pour me protéger, mais aussi pour lutter contre l’acné. Et puis, un jour, j’en ai eu marre de devoir la prendre quotidiennement, comme un médicament.

J’ai été chez un dermatologue pour régler mes problèmes de peau et j’ai décidé de changer de moyen de contraception.

J’étais en couple depuis quatre mois et je souhaitais un contraceptif qui contienne moins d’hormones que la pilule. J’ai envisagé le stérilet au cuivre, mais les règles sont bien plus abondantes, alors je me suis orientée vers sa version hormonale, après en avoir discuté avec ma gynécologue. Et elle est pour moi idéale: avec le stérilet, je n’ai plus à penser quotidiennement à mon contraceptif, je suis tranquille pour trois ans. Quant aux saignements pendant mes règles, ils sont très faibles, voire inexistants, et je ne ressens plus de symptômes prémenstruels douloureux.»

Marie, 37 ans, célibataire, une fille: «Rejeter la pilule devient à mon sens un acte presque militant»

«Je dois avouer que j’appréhendais un peu la pose de mon stérilet au cuivre, malgré les progrès, il fait toujours un peu peur. Dans mon cas, tout s’est très bien passé la première fois, je n’ai pas eu mal. Et puis je l’ai enlevé pour faire un enfant, avant de me le refaire poser une deuxième fois. Et là, ça a été très douloureux, car le stérilet n’avait pas été placé correctement. On me l’a donc enlevé et je ne voyais pas l’intérêt de tenter le coup une troisième fois, sachant que cela reste un acte invasif coûteux et qu’il faut se préparer psychologiquement. Cela dit, si je devais être à nouveau dans une situation de couple stable, c’est cette option que je choisirais. Comme beaucoup de femmes, j’ai tendance à éviter les moyens de contraception hormonaux. Je n’ai en effet aucune envie de me bourrer de substances chimiques et il ne faut pas oublier que cela a aussi un impact environnemental. Et puis, honnêtement,

si c’était aux hommes de prendre la pilule, est-ce qu’ils accepteraient d’ingérer des hormones chaque jour?

En tant que femmes, nous devons accepter beaucoup de choses et rejeter la pilule devient à mon sens un acte presque militant.»

Entretien

Martine Jacot-Guillarmod: «La clé d’une bonne contraception est d’individualiser le conseil au maximum»

Dre Martine Jacot-Guillarmod, médecin-associée en gynécologie au Département femme-mère-enfant du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)

En Suisse, les ventes de pilules ont baissé de plus de 20% depuis 2010. Comment l’expliquez-vous?

C’est un phénomène que j’ai effectivement pu constater en consultation et il y a selon moi plusieurs explications. Tout d’abord, une crainte des effets secondaires et des complications éventuelles, comme les thromboses, les embolies pulmonaires ou encore les attaques cérébrales, dues à la pilule œstroprogestative. Certains de ces cas ont été très médiatisés il y a quelques années et ont inquiété beaucoup de femmes. Je pense également que le rejet de la pilule s’explique en partie par l’époque dans laquelle nous vivons. La santé et le bien-être sont aujourd’hui au cœur des préoccupations. Il y a de nombreuses femmes qui se questionnent et refusent de devoir prendre un médicament alors qu’elles ne sont pas malades. Elles sont à la recherche de méthodes contraceptives plus naturelles.

La dédiabolisation du stérilet a-t-elle aussi joué un rôle?

Tout à fait. On a longtemps évité de le prescrire aux femmes qui n’avaient jamais eu d’enfants. On craignait une infection et donc une éventuelle infertilité. Or, il a aujourd’hui été prouvé scientifiquement que le stérilet ne représente pas ce danger. Il est donc devenu un nouveau choix possible, en particulier pour les jeunes femmes.

Symbole de la libération de la femme dans les années 1960, la pilule connaît aujourd’hui un désamour perçu comme une manière de se réapproprier son corps et d’être à son écoute. N’est-ce pas paradoxal?

Je suis effectivement frappée par ce paradoxe. Se réapproprier son corps est dans l’ère du temps, et c’est très bien. Il ne faut cependant pas oublier que la pilule a été un progrès formidable pour les femmes, en termes de gestion du planning familial et d’épanouissement personnel, entre autres.

Beaucoup de femmes refusent d’ingérer quotidiennement des hormones et préfèrent s’orienter vers des moyens contraceptifs plus naturels. Les hormones sont-elles réellement la cible à abattre?

Absolument pas. La pilule, par exemple, a été extrêmement diabolisée ces dernières années. Il y a bien entendu de possibles effets secondaires et des complications, mais ce sont des risques minimes qui ont toujours été connus. Certaines femmes ne la supportent pas, d’autres très bien. Il ne faut pas généraliser, car les hormones peuvent avoir des effets très bénéfiques. Elles ont vraisemblablement un impact protecteur face au cancer des ovaires, prévien­nent l’anémie et améliorent l’état de la peau. En matière d’hormones, il est essentiel de bien expliquer les avantages et les inconvénients aux patientes, et de leur laisser ensuite la liberté de décider.

Quels sont les éléments à prendre en compte au moment du choix de son moyen de contraception?

La clé d’une bonne contraception est d’individualiser le conseil au maximum et de considérer la patiente dans son ensemble. On va donc prendre en compte son mode de vie et son état de santé général, pour être en mesure de lui proposer la meilleure solution possible. L’idée est de trouver le contraceptif le plus adapté à ses besoins et ses attentes, auquel elle adhérera facilement.

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