4 juillet 2019

Une start-up au service des seniors

Alterum met en relation des plus de 50 ans sans emploi avec des personnes en manque d’autonomie. Comme un site de rencontres. Sauf qu’ici, le but n’est pas de former des couples, mais d’humaniser l’aide à domicile et de fournir du travail aux chômeurs âgés.

L'un des objectifs principaux de la start-up Alterum est d'humaniser l'aide à domicile. (Photos: Laurent de Senarclens)

« Si je devais résumer en quelques mots Alterum, je dirais que c’est une entreprise sociale qui vise deux buts : donner du travail aux plus de 50 ans, donc lutter contre le chômage des seniors, et humaniser l’aide à domicile. » Julien Baertschi ajoute en guise de précision que cette start-up vaudoise qu’il a cofondée avec deux amis a « une approche davantage altruiste que financière ».

Sa société propose tout un tas de services – ménage, lessive, repassage, courses, cuisine, jardinage, transports, administration… – à des personnes (pour la plupart âgées) plus suffisamment autonomes pour assumer l’ensemble des tâches de la vie quotidienne. Et pour leur prêter main forte, elle engage principalement des actifs (les retraités peuvent aussi s’inscrire) qui peinent, eux, à se réinsérer dans le monde professionnel. « Pas facile de retrouver un job quand on a dépassé la cinquantaine », relève le jeune entrepreneur (il a 34 ans) avec un brin d’amertume dans la voix.

L’objectif d’Alterum est de remettre les seniors sans emploi dans le circuit. Mais pas à plein temps. « Nous avons fixé une limite à seize heures par semaine, ce qui correspond à peu près à un 40%, pour leur épargner du stress, pour éviter qu’une lassitude s’installe et pour préserver l’aspect humain de notre activité. » Julien Baertschi privilégie le contact à la rentabilité, il souhaite que ses Alterumiens comme il les appelle mettent du cœur à l’ouvrage mais sans avoir un chronomètre à la place du cœur. « Car ce sont parfois les seules personnes que nos clients voient dans une journée. »

Contacts privilégiés

« Notre ambition est d’humaniser l’aide à domicile et de la personnaliser aussi », poursuit-il. Pour cela, cette start-up a conçu un logiciel maison qui s’inspire de ceux qu’utilisent des sites de rencontres comme Meetic. « Ce programme cherche des similitudes dans chaque profil pour mettre en lien des gens qui ont les mêmes affinités, qui partagent les mêmes intérêts, les mêmes passions. Dans la mesure du possible bien sûr. » Sauf que l’idée ici n’est pas de former des couples. « Non ! Mais qui sait, peut-être que ça arrivera un jour… »

Les bénéficiaires d’Alterum ont ainsi un intervenant attitré avec lequel ils vont pouvoir échanger et développer une relation de confiance, voire parfois d’amitié. A ce propos, Julien Baertschi aime citer l’exemple du facteur d’autrefois qui prenait le temps : « Mes grands-parents me racontaient qu’il interrompait volontiers sa tournée pour venir boire un café. Alors qu’aujourd’hui il n’a même plus le loisir de grimper quelques marches d’escaliers pour livrer un colis !

Évidemment, cette aide à domicile a un prix : 32 francs de l’heure. « Nous appliquons un tarif bas pour qu’un maximum de gens puissent bénéficier de nos services. » Selon les cas, la facture peut être partiellement remboursée par les assurances et prestations complémentaires. Et ses Alterumiens, combien gagnent-ils ? « Entre 20 et 25 francs de l’heure, répond notre interlocuteur. Mais dès que l’entreprise tournera, on augmentera les salaires. »

Désormais active dans toute la Suisse romande, cette société compte quelque 500 employés qui travaillent au total plusieurs milliers d’heures par mois. « Même si nous ne gagnons pas encore correctement notre vie, c’est une affaire qui démarre bien ! » Julien Baertschi n’aspire pourtant pas à devenir riche. « Notre souhait à terme, c’est de créer une fondation dans l’optique de redistribuer une part de nos bénéfices à des personnes à la retraite, soit pour les aider à nouer les deux bouts, soit pour effectuer des travaux chez elles afin de prolonger leur maintien à domicile. »

Infos et inscriptions : www.alterum.ch

« On se fait du bien mutuellement »

Rita Gabriel, 52 ans, Vallorbe (VD)

« Quand j’ai contacté Alterum, j’étais au chômage. En fait, je travaillais à temps très partiel (un jour par semaine, plus des remplacements) et je devais donc continuer à faire des recherches d’emploi.

Très vite, ils m’ont mis en relation avec Mme Engler. Il n’était pas question de diplômes ou d’expérience, il fallait juste que le courant passe entre moi et cette personne. Et ça a été le cas.

Cela fait un peu plus de six mois que je me rends chez elle. On avait convenu au départ que je ferais sept heures par semaine. Mais depuis que j’ai obtenu un poste fixe à 60% dans la vente, je n’y vais plus que quatre heures.

Je ne peux pas considérer cette activité comme un travail, c’est plutôt comme si j’allais voir une tante. Je cuisine, on mange ensemble, on discute, on joue, on parle musique parce qu’on a les mêmes goûts en la matière.

J’ai l’impression qu’on se fait du bien mutuellement. Et puis, ce job m’a aidée moralement quand j’étais au chômage. Vous savez, on perd confiance à force d’essuyer des refus de la part des employeurs. »

« J’ai toujours affaire à la même personne »

Erika Engler, 93 ans, Vallorbe (VD)

« Madame Gabriel est plus qu’une simple aide familiale. Parce qu’elle me tient compagnie. En effet, outre préparer le repas et accomplir des tâches ménagères (nettoyage, lessive…), elle partage des moments avec moi. Nous mangeons ensemble, nous bavardons et, lorsque c’est possible pour elle, nous faisons aussi des jeux et écoutons de la musique. Comme je ne sors plus de chez moi, elle joue un vrai rôle social dans ma vie !

Ce qui est bien aussi avec Alterum, c’est que j’ai toujours affaire à la même personne. Il y a d’ailleurs une belle relation de confiance qui s’est établie entre Madame Gabriel et moi.

Je trouve que le fonctionnement de ce service est simple et efficace : vous prenez contact avec eux, vous expliquez vos besoins (tâches, jours, nombre d’heures, etc.) et ils se chargent du reste. Moi, j’avais besoin d’une personne qui parlait allemand ou suisse-allemand et ils ont trouvé très vite quelqu’un qui correspondait à ce critère. »

« Nous avons développé une réelle complicité »

Alain Oeuvrard, 59 ans, La Tène (NE)

« A l’origine, j’étais marbrier et tailleur de pierres, un métier qui me passionnait mais que j’ai dû abandonner pour raisons de santé. J’ai ensuite travaillé dans l’horlogerie jusqu’à mon dernier licenciement pour raisons économiques. Pendant deux ans, j’ai essayé de retrouver un emploi. Sans succès. Aujourd’hui, on n’engage pas volontiers les gens capables de plus de 50 ans…

Au moment où je me suis inscrit à Alterum, j’étais en fin de droit. Ce qui m’a plu, c’est que cette entreprise cherchait des personnes qui avaient de l’humanité et de l’entregent, qu’elle faisait dans le social et pas dans la rentabilité.

Il y a environ une année que j’ai commencé. Au début, j’épaulais deux personnes. Mais l’une est décédée depuis. Comme celle dont je m’occupe encore a beaucoup de difficulté à marcher, à se déplacer, mon travail consiste surtout à faire de l’accompagnement, à l’aider pour les courses et à lui rendre de petits services. Franchement, pour ce que je fais, la rémunération est suffisante.

En plus, comme je ne suis pas chronométré, nous prenons le temps de boire un café et de bavarder. Ces échanges sont très enrichissants et, au fil du temps, nous avons développé une réelle complicité. »

« Je me sens beaucoup plus en sécurité »

Sylvia*, 84 ans, Lausanne

« Mon Alterumien, je me réjouis de le voir. Il vient en principe deux heures tous les quinze jours. Il m’aide pour mon ménage. Mais le contrat ne se cantonne pas à cette seule activité. Si j’ai besoin d’un coup de main, je lui demande et il me dit si c’est possible ou non.

En fait, on a défini ensemble les tâches qu’il allait effectuer. J’ai fait la liste de mes souhaits et il m’a précisé ce qui était dans ses cordes. Par exemple, il n’aime pas trop faire la poussière, mais moi ça ne me dérange pas. L’important, c’est qu’il fasse ce que je n’arrive plus à faire comme passer l’aspirateur ou panosser.

Comme il n’habite qu’à cinq minutes de chez moi, je me sens beaucoup plus en sécurité depuis que je le fréquente. Il m’a d’ailleurs dit que je pouvais l’appeler si j’avais un pépin. On a créé un vrai lien.

L’idée d’Alterum de mettre en contact des gens qui ont été un peu bousculés par la vie à cause de leur travail ou en raison de leur âge est géniale. Vous savez, la vieillesse dans notre société, c’est souvent une immense solitude ! »

*Prénom fictif

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