31 août 2018

«Elles devraient oser faire bouger les choses»

De nombreuses collaboratrices de Migros occupent un poste de cadre, à l’image de Paola Giavedoni, responsable Innovation chez Elsa-Mifroma à Estavayer (FR), l’une des principales entreprises de transformation du lait en Suisse.

De nombreuses collaboratrices de Migros occupent un poste de cadre, à l’image de Paola Giavedoni.
Paola Giavedoni, 54 ans, née à Udine (IT), mariée, deux enfants (13 et 17 ans), travaille au sein du groupe Migros depuis 2012 (photo: Michael Sieber).
Temps de lecture 4 minutes

Difficile de trouver une famille plus cosmopolite: le père est allemand, la mère est originaire du Frioul et les enfants sont nés aux Pays-Bas. Ces derniers parlent français entre eux, allemand avec leur père et italien avec leur mère. Et cette dernière s’adresse à son mari en anglais! Autrefois, tout le monde s’exprimait en néerlandais mais cette habitude s’est un peu perdue avec les années. Ce milieu très international a imprégné toute la carrière de Paola Giavedoni, ingénieure alimentaire. Après avoir étudié à l’Université d'Udine, elle quitte l’Italie pour effectuer un post-doctorat en Allemagne. Puis, le groupe Unilever lui donne la possibilité de travailler en Angleterre, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse. Paola a toujours été passionnée par la recherche, le développement de produits et l’innovation. Et cette appétence ne la quitte pas lorsqu’elle revient en Suisse, après un détour chez Chiquita, pour accepter un poste au sein du groupe Elsa-Mifroma à Estavayer (FR). Cela fait désormais six ans qu’elle y exerce la fonction de responsable Innovation stratégique et technologique. Depuis trois ans, cette cadre talentueuse travaille aussi à mi-temps dans le domaine de l’innovation stratégique pour l’ensemble de la M-Industrie.

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Motiver les jeunes femmes

Le secteur de la technologie et de la stratégie demeure encore très masculin. Et Elsa, qui emploie quelque six cents personnes, n’échappe pas à la règle. Mais la situation s’est améliorée ces dernières années: deux femmes siègent désormais à la direction et l’entreprise propose des postes à temps partiel – même de cadres. Pourtant, la part de femmes parmi l’encadrement de cette entreprise technologique reste encore faible. Paola Giavedoni n’hésite pas quand il s’agit d’avancer des raisons à ce retard: «C’est souvent dû à un manque d’ambition.» Elle-même échoue régulièrement à faire bouger les lignes: «J’essaie de motiver de jeunes stagiaires, de les provoquer. Mais rien ne se passe ou presque. On est vite satisfait et l’on se contente de son quotidien professionnel.» Une nouvelle étude nationale vient de mettre en exergue le problème: en Suisse, de nombreuses femmes cherchent à éviter la concurrence. Plus leur formation est solide, plus cette tendance est marquée, un constat corroboré par Paola Giavedoni: «En France et en Italie, les femmes montrent davantage de dynamisme et ont les dents plus longues. Elles tiennent à réussir leur carrière.»


Interrogée sur les facteurs qui ont le plus favorisé sa vie professionnelle, elle répond tout de go: «Mon mari! S’il n’avait pas pris du recul et accepté de rester en retrait, mon parcours aurait sans doute été très différent. Cependant, cette décision, claire, a été prise en commun. Au final, ma carrière nous a ouvert plus de perspectives à tous les deux.»

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Et s’il fallait prodiguer un conseil à des femmes désireuses de se réaliser professionnellement? «Je leur dirais d’oser faire bouger les choses et de ne pas se laisser déstabiliser par leur environnement. Toutes les femmes actives connaissent des reproches à peine voilés tels que: ‹N’es-tu pas bien chez toi à la maison?› ou ‹Vois-tu encore tes enfants?›» Ces questions n’intéressent guère Paola Giavedoni même si elle ressent bien sûr le besoin de consacrer du temps à sa famille: «Quand je rentre à la maison, chaque minute est importante.» Mais elle est convaincue de faire le bon choix.

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