12 mars 2018

Daniel Feldmann: «Je leur ferai lire cet entretien!»

Migros cultive du riz bio en Inde et en Thaïlande depuis des années. Daniel Feldman, directeur de Riseria, la rizerie de Migros, nous explique pourquoi les paysans locaux refusent de vendre leur production au plus offrant et décrit leur lien avec l’enseigne suisse.

Les rizières d’où provient le riz de Migros sont situées sur un haut plateau du centre-est de la Thaïlande.
Les rizières d’où provient le riz de Migros sont situées sur un haut plateau du centre-est de la Thaïlande. (Photo: LDD)
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Daniel Feldmann, le riz en provenance de Thaïlande et d’Inde est réceptionné aujourd’hui par Riseria. Il sera bientôt vendu dans les supermarchés Migros sous la marque «Bio Mister Rice». L’année 2017 a-t-elle été faste?

Nous sommes très satisfaits de la qualité livrée et nos riziculteurs nous ont fourni les quantités convenues. Pour autant, la situation actuelle est délicate dans ces deux pays, quoique pour des raisons différentes.

Commençons par évoquer le contexte indien.

Depuis que l’Union européenne a abaissé les valeurs limites des résidus de pesticides dans le riz basmati au niveau appliqué en Suisse, il est devenu beaucoup plus difficile de s’approvisionner en Inde, la demande ayant grimpé en flèche. Le problème principal est que les taux de résidus sont élevés dans les régions rizicoles traditionnelles du fait de la pollution des sols, et ce, même en l’absence de traitements chimiques.

Les zones de production de Migros sont-elles concernées?

Non. Lorsque nous avons commencé à cultiver du riz basmati dans le nord de l’Inde, il y a sept ans, nous avons tout de suite décidé de renoncer aux pesticides et aux engrais et de miser sur le bio. Dans notre zone de production, le riz n’a jamais été exporté; les paysans y ont toujours travaillé uniquement pour subvenir à leurs propres besoins. Ils n’ont de cette façon pas été tentés de fertiliser les sols de manière excessive.

Et ce riz bio produit par les riziculteurs Migros en Inde est aujourd’hui très demandé.

Tout à fait. À une chose près: il ne s’agit justement pas de riziculteurs propres à Migros: ils n’ont aucune obligation de nous livrer leur riz, même s’il y a un contrat qui existe. Ils pourraient, s’ils le désirent, mettre leurs récoltes sur le marché, spéculer et vendre au plus offrant.

Le riz est ensuite acheminé par charrettes jusqu’aux villages, où le partenaire de Migros le réceptionne personnellement. (Photo: LDD)

Mais pour autant ils n’en font rien...

Heureusement non, du moins pas pour le moment. Nous collaborons depuis de nombreuses années et entretenons des relations très directes avec nos partenaires en Inde ainsi qu’avec les paysans. Ils font preuve de loyauté envers nous et respectent les conditions de livraison convenues, alors même que leur riz suscite un intérêt croissant. Cela témoigne de l’estime qu’ils nous portent.

À quoi ressemble la coopération entre Migros et les riziculteurs indiens? Ces derniers connaissent-ils personnellement les représentants de l’enseigne, ou savent-ils seulement que leur riz prend le chemin de la Suisse?

Environ sept cent cinquante paysans cultivent du riz basmati en Inde – je ne les connais pas tous personnellement (rires)! Notre partenaire sur place est régulièrement en contact avec eux, et je leur rends visite une fois par an pour leur donner des informations sur la commercialisation de leur riz. Je vous garantis que je leur ferai lire cet entretien! Ils connaissent bien Migros et se tiennent au courant des prix du marché, ce qui rend parfois les négociations plus difficiles pour nous (rires). Cela étant, nous sommes heureux de pouvoir discuter sur un pied d’égalité avec des partenaires commerciaux éclairés et informés.

Quelles sont les conséquences de cette collaboration sur le quotidien des riziculteurs?

Je pense qu’elle leur apporte avant tout la sécurité. Ils sont en effet assurés de pouvoir vendre leur riz à un prix intéressant et équitable. De plus, notre projet contribue indubitablement à limiter l’exode rural. Car lorsque les récoltes ont une valeur dont les paysans peuvent tirer leur subsistance, ces derniers préfèrent rester sur leurs terres et consacrer toute leur énergie à les cultiver.

Parlons à présent un peu de la Thaïlande. Quelles sont les embûches rencontrées dans ce pays?

L’année dernière, les quantités de riz présentant la qualité exigée ont chuté à la suite de fortes précipitations. Or, à demande constante, une baisse de l’offre se traduit nécessairement par des problèmes d’approvisionnement et une pression sur les prix.

Arrivée en Suisse: le riz thaïlandais encore chaud est déversé dans les silos de Riseria, dans le canton du Tessin. (Photo: LDD)

Finalement, les producteurs thaïlandais ont eux aussi livré les volumes convenus.

À la différence de notre collaboration de longue date en Inde, nous ne travaillons directement avec les paysans thaïlandais que depuis cinq ans. Pourtant, ils nous ont fourni les quantités promises dans les délais – et la qualité est absolument irréprochable. Comme en Inde, il s’agit là d’un signal très positif pour nous, car les riziculteurs thaïlandais sont eux aussi entièrement libres de vendre leurs récoltes au plus offrant.

Le riz cultivé en Thaïlande est-il également bio?

Oui, le riz jasmin thaïlandais est produit sans la moindre quantité de fertilisant artificiel. Au moment de notre arrivée, il y a cinq ans, les paysans étaient déjà très sensibilisés à cette question. Ils tenaient à cultiver du riz exclusivement selon les principes bio, en préservant l’eau, la terre et leur propre santé.

Migros les soutient-elle aussi via des formations agricoles?

Notre partenaire sur place les associe régulièrement à des projets, qui consistent par exemple à sélectionner les semences pour améliorer la qualité du riz année après année, ou à tester différentes méthodes d’ensemencement afin de bonifier la terre et de favoriser la formation d’humus. En outre, ils apprennent également à réduire leurs émissions de CO2 Ce dernier point va bien au-delà des standards du bio. 

Daniel Feldmann, directeur de Riseria, est un grand spécialiste du riz. (Photo: LDD)

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