20 novembre 2017

Bêcher ensemble

A travers le programme «Nouveaux Jardins», l’EPER offre aux migrants la possibilité d’exploiter une parcelle de terre en Suisse. Une famille afghane raconte comment ce projet a changé sa vie.

La famille R., d’Afghanistan, travaille un terrain à Therwil (BL). Ici, elle reçoit de l’aide d’une employée de l’EPER, Inge Banovic (troisième à partir de la gauche)
La famille R., d’Afghanistan, travaille un terrain à Therwil (BL). Ici, elle reçoit de l’aide d’une employée de l’EPER, Inge Banovic (troisième à partir de la gauche). (Photo: Daniel Winkler)
Temps de lecture 4 minutes

Elle était grosse comme ça!», s’exclame le petit Jan, 6 ans, en ouvrant grand les bras, le visage rayonnant. «C’est un peu exagéré», tempère sa mère, Madame R. Mais Jan n’en démord pas: il soutient que la courge qui a poussé sur la parcelle était gigantesque. Ce lopin de terre a été exploité pour la première fois cette année par la famille R. (les parents ont préféré ne pas dévoiler leur nom complet), dans leur commune de Therwil (BL).

C’est surtout le père de Jan, Monsieur R., qui s’en est occupé quotidiennement du printemps à la fin de l’automne, pendant que Madame R., Jan et son frère Keihan, 13 ans, venaient profiter de l’air frais du jardin le week-end. Ali, l’aîné de 18 ans, vaque à ses propres occupations depuis longtemps. Monsieur R. est un homme calme à la silhouette efflanquée. Maintenant que la terre plonge dans son sommeil hivernal, il se plaît à repenser à la saison qui vient de s’achever. Et lorsqu’il évoque «les radis, les carottes, les tomates et toutes les fleurs», ses yeux sombres se mettent à briller.

La famille R. est originaire d’Afghanistan. Les troubles et la répression qui sévissent dans la région l’a d’abord poussée à fuir en Iran, avant de rejoindre la Suisse via la Grèce il y a trois ans. Ici, les R. bénéficient d’une admission provisoire. Il leur est ainsi très difficile de louer une parcelle dans un jardin familial suisse, tout comme les demandeurs d’asile et les réfugiés reconnus. C’est le programme «Nouveaux Jardins» de l’ EPER (Entraide protestante suisse) qui leur a permis de cultiver un petit lopin de terre dans leur commune.

Développement du lien social

L’EPER a lancé ce programme à Bâle il y a plus de dix ans. Aujourd’hui, l’œuvre d’entraide loue, auprès d’une trentaine de communes romandes et alémaniques, des parcelles dans des jardins familiaux qu’elle cultive avec des réfugiés. «L’objectif est de permettre aux migrants de nouer des relations et d’apprendre la langue, explique Ariane Mollenkopf, qui assure la direction opérationnelle du projet au sein du bureau régional des deux Bâles. Les jardins offrent aux participants une structure accueillante ainsi que la possibilité de lier connaissance. Les collaborateurs de l’EPER prodiguent en outre des conseils – sur le jardinage comme sur la vie quotidienne en Suisse.

C’est par l’assistante sociale de sa commune que la famille R. a entendu parler du programme de l’EPER. «Notre arrivée en Suisse et la première phase au sein du centre d’hébergement ont été difficiles, raconte Madame R. Nous ne connaissions personne.» Et son mari d’ajouter: «Le jardin nous a beaucoup aidés à faire des rencontres, à mieux connaître les règles de la vie en société en Suisse et à pratiquer la langue.» Dans son pays, Monsieur R. travaillait dans l’agriculture. Les tâches qu’il accomplit sur sa parcelle représentent donc pour lui une activité familière dans un monde inconnu.

«Les Nouveaux Jardins rencontrent un franc succès dans toute la Suisse», se réjouit Christine Giustizieri, qui chapeaute le projet dans les deux Bâles. Quelque septante adultes et plus de huitante enfants exploitent des platebandes sur les huit sites de la région. Mais pour Christine Giustizieri, le nombre de participants n’est pas l’unique source de satisfaction: «Nous somme enchantés des nombreuses expériences positives permises par le projet et du développement de ces jardins», affirme-t-elle. Et Monsieur R. de conclure: «Quand, le soir, je m’assois sur un banc pour contempler mon travail de la journée, je suis vraiment comblé.»

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