4 septembre 2018

Urinoir désir

La chronique de Martina Chyba, journaliste RTS.

Martina Chyba
La chronique de Martina Chyba, journaliste RTS.

Pour la rentrée, je voulais vous faire une chronique atypique genre développement personnel, comment lâcher prise et savoir dire non, vous voyez le genre… mais je la reporte au mois prochain pour cause d’actualité prépondérante.

Oui, parce que voyez-vous les amis, à Paris, ils ont installé des uritrottoirs. Le mot, déjà, est aussi moche que le mobilier urbain qu’il désigne. Dans la ville de Molière, La Fontaine, Zola ou Hugo, ils ont réellement fabriqué des panneaux sur lesquels il est écrit «urittrottoir».

Il s’agit, comme on le devine, d’urinoirs sur les trottoirs, des espèces de bacs rouges dans lesquels les messieurs peuvent se soulager en cas de besoin pressant. Car ces messieurs sont de plus en plus mal élevés et font pipi n’importe où, contre les murs, les arbres, les voitures, beêê dégueu.

Ils doivent trouver que les WC publics sont trop sales et que, plutôt que d’aller dans un endroit sale, ils préfèrent salir un endroit propre.

Martina Chyba

Et surtout, ils ne peuvent pas se retenir, les pauvres. C’est marrant parce que nous on peut. Alors qu’il est statistiquement et médicalement prouvé que les femmes vont aux toilettes plus souvent que les hommes, et accessoirement y restent infiniment plus longtemps... ce qui a toujours été un mystère pour moi, mais c’est un autre sujet.

Ce qui est génial, c’est qu’en 2018, au moment où les urbanistes déclarent que l’espace public n’est pas assez pensé pour les femmes et qu’il faut réinventer les villes, on nous propose ou plutôt on nous impose, une installation destinée exclusivement au confort masculin.

Nous, les femmes, qu’on appelle pourtant élégamment «les pisseuses», non seulement on est censées continuer à gérer notre vessie discrètement, mais on se retrouve à devoir regarder des hommes uriner pendant nos promenades.

Parce que, question intimité, en gros (ou en petit, ça dépend de la personne), ça ne camoufle que l’objet du délit, et on voit le dos du monsieur, exactement comme quand il fait pipi dans la rue finalement. Mais en moins planqué, car l’uritrottoir (ça fait mal même à mon clavier de taper ça) est fièrement posé au milieu du chemin.

De plus, l’utilisateur, qui n’a pas envie de s’éterniser devant ce machin – ce que l’on peut comprendre – remballe généralement son matériel en se retournant, donc quasiment sous nos yeux.

Même avec trois fleurs sur le dessus, qu’ils appellent une jardinière pour donner à la chose un relent écolo, ce truc reste une pissotière à ciel ouvert avec image, son et, last but not least, odeur.

Donc, si on se résume, dans les villes il y a désormais des espaces réservés pour que les chiens et les hommes puissent se soulager. Merci hein, si on n’avait pas envie de pleurer, ce serait à uriner de rire.

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