2 juillet 2020

Le vélo, grand gagnant de la crise

Les e-bikes ont vu leurs ventes exploser ce printemps. Les ruptures de stock se sont multipliées et les chiffres d’affaires se sont envolés. Une envie de pédaler boostée par deux mois de semi-confinement.

Le vélo n’a jamais été aussi populaire que depuis le confinement. Il pourrait bien s’imposer comme le principal moyen de transport dans les villes.
Temps de lecture 7 minutes

Poussant la roue ou tirant la remorque, cycles légers ou électriques, les vélos ont clairement gagné du terrain depuis le déconfinement. Ils sont partout. Une tendance présente en Suisse depuis une dizaine d’années, mais qui s’est fortement accélérée ce printemps. Les marchands de vélos se frottent les mains sans en croire leurs yeux.

«On peut parler d’un très gros boom depuis la réouverture de nos surfaces le 11 mai dernier. La demande en vélos a véritablement explosé et continue à progresser sept semaines après», affirme Andrea Luck, chef de vente chez «SportXX» de la coopérative Migros Vaud. Sans donner des chiffres précis, il parle d’une progression allant du double au quadruple selon les secteurs. À l’échelle nationale (les index de la Suisse romande sont dans les mêmes proportions), «SportXX» a triplé ses ventes de vélos. La plus forte progression se voit dans les e-bikes, dont les ventes ont quadruplé en comparaison de l’année dernière. «Les clients qui ont acheté des vélos électriques le font pour une question écologique, mais aussi pour éviter les transports publics à cause du Covid-19», observe Andrea Luck.

Tous les jours Noël
Même euphorie chez Bertrand Renaud, représentant de l’importateur Amsler auprès de 350 magasins en Suisse romande et au Tessin. «En vingt ans de métier, je n’ai jamais vu ça. C’est tous les jours Noël! Les e-bikes à 5000 francs sont partis comme des petits pains. Le Tern GSD, vélo cargo électrique qui peut supporter jusqu’à 200 kilos de charge, est en rupture de stock et c’est vrai pour toutes les marques de vélos électriques. Tous nos stocks sont liquidés! Il faudra attendre l’automne pour les nouveaux modèles qui vont sortir au compte-gouttes.»

Plus efficace que les écologistes
Une croissance fulgurante qui s’explique notamment par la crise sanitaire. C’est du moins l’analyse que fait Patrick Rérat, professeur de géographie des mobilités à l’Université de Lausanne: «C’est un phénomène qui ne touche pas que la Suisse, mais aussi la France ou l’Italie. Le confinement a fait qu’une partie de la population a recherché des loisirs de proximité et une manière de faire de l’exercice. Le vélo est aussi une alternative aux transports publics, qui ont perdu leur attractivité en période d’épidémie. C’est un moyen de déplacement efficace sur de courtes distances. Or, 60% de nos déplacements quotidiens font moins de 5 km...» La perspective de l’été, avec des vacances en Suisse, a aussi amené des familles entières à s’équiper, en leur donnant l’envie de pédaler en roue libre.

Ainsi le Covid-19 a boosté les ventes encore plus efficacement que la conscience écologique. Engouement ponctuel ou geste durable? «C’est une tendance assez importante, avance le géographe. Le vélo répond à plusieurs problématiques: la crise sanitaire, mais aussi les changements climatiques, les émissions de CO2, une sensibilité grandissante au bruit et à la pollution dans les villes, ainsi que la lutte contre la sédentarité.»

Le futur des centres urbains
La petite reine pourrait bien être l’avenir des villes encombrées, où elle est déjà la plus plébiscitée. Ainsi Berne, qui s’est autoproclamée capitale suisse du vélo, s’est fixé l’objectif de 20% des trajets effectués à deux-roues d’ici à 2030. Et l’a déjà atteint, grâce à la mise en place de toute une infrastructure, stations de vélos, voies express, axes avec pistes cyclables mieux sécurisées et quelque 2000 vélos en libre-service. «D’après une étude fédérale de 2015, 7% des trajets se font chaque jour à vélo en Suisse. La prise de conscience est plus lente dans les cantons romands, mais on devrait facilement arriver à doubler ce pourcentage», espère Patrick Rérat.

«L’idée est de se libérer de la voiture»

Heidi Sola, 42 ans, enseignante, trois enfants, Altavilla (FR)

Heidi Sola prend désormais le vélo pour aller travailler et faire les courses.

«Avec mon mari et nos trois enfants, on avait déjà tous des vélos pour les loisirs. Mais avec une seule voiture, installés à 4 kilomètres de Morat, on hésitait à déménager et à se rapprocher de la ville. Pendant le confinement, nous avons décidé de rester à Altavilla, mais comme il n’était pas question de s’acheter une deuxième voiture par souci écologique, nous avons opté pour deux vélos électriques. L’idée est vraiment de se libérer de la voiture, d’être plus flexibles, de ne pas dépendre tout le temps d’un véhicule motorisé pour sortir, aller boire un verre ou faire du tennis.

Maintenant je prends la bicyclette pour aller travailler à Morat où j’enseigne. En vélo normal, il faut compter vingt-cinq minutes de montée pour le retour. Avec le vélo électrique, je rentre en huit minutes sans m’essouffler. Et je fais même les courses en passant: j’ai de grandes sacoches où je peux charger quatre sacs Migros! Comme je ne veux pas que ma fille de 10 ans fasse la route à bicyclette toute seule, je peux l’amener en vélo électrique à son cours d’équitation. Quant à mon mari, il va travailler en train, mais il descend à la gare avec son vélo «musculaire». Il doit pédaler pour rentrer, c’est son sport quotidien. Bien sûr, il m’arrive encore de prendre la voiture, pour aller chez le dentiste à Berne ou quand je dois transporter des achats lourds. On ne pourrait pas s’en passer complètement avec trois enfants qui ont tous des activités sportives et des horaires différents. Mais un jour, pourquoi pas…»

«Cet été, on ira à vélo manger une saucisse à Saint-Gall»

Sébastien et Christelle Jung, 39 ans, infirmière et employé chez Alpiq, trois enfants, Lucens (VD)

La famille Jung s’est lancé un défi sportif pour ses ­vacances en Suisse.

«On alterne toujours vacances à l’étranger et vacances en Suisse. Cet été, ça tombe bien, on devait rester ici. J’ai lancé l’idée d’aller manger une saucisse à Saint-Gall à vélo, en souvenir de mon grand-père qui faisait pareil en train», sourit Sébastien Jung. Une idée d’abord prise comme une blague par son épouse, mais qui a très vite fait son chemin. «En y réfléchissant, ce projet s’inscrit bien dans les valeurs qu’on essaie de transmettre à nos enfants. Sans être extrêmes, on achète en vrac, on mange local, on a fait une transition écologique», poursuit Christelle Jung. Avec trois enfants très sportifs, entre 9 et 14 ans, le projet a vite remporté l’adhésion et le parcours a pris forme. Christelle a dessiné l’itinéraire, réservé les auberges de jeunesse et mixé les centres d’intérêt, avec un passage par le Technorama, les plages de Constance, les chutes du Rhin et quelques «escape games» en cas de pluie… En tout, quelque 400 km, pour des étapes quotidiennes de 30 à 40 km. «Ça nous prendra trois heures par jour, ce qui nous laissera pas mal de temps pour visiter et aller à la piscine. Et puis, il n’y a pas trop de ­dénivelé, c’est l’avantage de Saint-Gall sur le Tessin!», rigole Sébastien Jung, qui compte bien passer les deux semaines en selle, quelle que soit la météo. Alors que Christelle n’exclut pas de prendre la tangente: «J’aime bien le concept vélo, mais il faut que ça reste des vacances avec la notion de plaisir. S’il pleut pendant trois jours, je ferai des étapes en train.»

Ils sont équipés, ont loué porte-bagages, sacoches et sont quasiment prêts à partir, les yeux pétillants de découvrir de nouveaux horizons. «Depuis le confinement, on a un autre rapport au temps. On utilise davantage le vélo pour les petits trajets. C’est l’avantage de ce moyen de transport: on fait les choses moins vite, on discute en roulant, on savoure le paysage. Et quand ils pédalent, les enfants ne sont pas sur leurs écrans!»

«Avec le VTT électrique, nous avons agrandi notre jardin»

Sandra et Claude Frôté, 67 et 64 ans, chef-propriétaire à Saint-Blaise (NE) du restaurant Le Bocca, La Neuveville (BE)

VTT classiques ou VTT électriques, Sandra et Claude Frôté choisissent leurs montures en fonction de la durée de leur escapade.

«Du vélo, il y a longtemps que nous en faisons. Nous continuons d’ailleurs d’utiliser des VTT classiques lorsque nous avons juste deux ou trois heures devant nous pour aller pédaler. Nous montons alors du côté du plateau de Diesse et de Chasseral. Mais arrivés à un certain âge, ça devenait un peu compliqué de gérer l’effort sur une plus longue durée, de partir à l’aventure une journée entière avec notre pique-nique. Alors nous avons acheté des VTT électriques. Ils sont équipés de pneus très larges qui nous permettent de rouler pratiquement partout en sécurité, et aussi de deux batteries chacun pour avoir une plus grande autonomie et donc une bonne marge de manœuvre quand nous faisons des randos au long cours.

Dernièrement, nous nous sommes rendus dans la région de Thoune. Nous avons fait cinq-six heures de vélo. Nous avons découvert des vallées très belles et très sauvages, des chemins de corniche avec vue plongeante sur le lac… C’était juste fantastique! Avec le VTT électrique, nous avons agrandi notre jardin. Moi, j’ai encore un troisième vélo, ajoute Monsieur. Un électrique à plaque jaune. Je m’en sers pour aller au boulot. Effectuer le trajet La Neuveville-Saint-Blaise me prend quinze minutes à vélo et onze en voiture. Bon, je ne l’utilise que quand il fait beau. Le vélo, ça doit être du plaisir, pas une punition! Quand j’ai fini le travail et que je rentre chez moi à 1 heure du matin, il n’y a pas un bruit, ça sent bon, j’oublie mes soucis et j’arrive à me détendre complètement.»

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