30 août 2018

«Veni, vidi, vici»

Elias Richter est venu, il a vu et il a vaincu. Latiniste côté campus et catcheur côté ring, ce Neuchâtelois d’adoption a été sacré champion romand de catch au printemps 2018 à Lausanne.

Elias Richter savourant sa victoire
Pour Elias Richter, en plus d’être une activité qui demande un entraînement rigoureux, le catch est un exutoire à sa colère (photo: Matthieu Spohn).
Temps de lecture 4 minutes

Atmosphère studieuse comme il se doit, ce matin-là, dans la cafétéria de la Faculté des Lettres de l’Université de Neuchâtel. Un barbu débonnaire, arborant en prime un large sourire, nous fait signe du fond de la salle.

C’est Elias Richter, 32 ans, 177 cm et 90 kg. Si l’on affiche d’entrée ses mensurations, c’est parce que nous sommes ici pour rencontrer le champion romand de catch, pas le latiniste qui s’échine sur une thèse de doctorat consacrée à des épigrammes, en l’occurrence des poèmes-devinettes du IVe siècle après Jésus-Christ.

Poignée de main ferme. Regard doux. Ce trentenaire a une allure bonhomme qui contraste avec l’air de défi qu’il affiche sur le ring. Il s’avère également plus introverti qu’on l’imaginait, lui qui, avant un combat, roule des mécaniques et harangue la foule, vêtu d’un simple slip rouge et noir.

Le plaisir de jouer des contrastes

«Dans la vraie vie, je suis quelqu’un de posé, de pacifique.

Le catch est clairement un exutoire pour moi. Il me permet de me lâcher, de me libérer temporairement des conventions sociales,

Elias Richter

de sortir des émotions – notamment la colère – que je ne pourrais pas exprimer autrement.»

Sous les projecteurs, ce doctorant se glisse dans la peau d’un autre. «Qui me ressemble, tient-il à préciser. Je ne change quand même pas de personnalité.»

Mais de blase, oui! Pour éviter les fans trop intrusifs et bien séparer torchons et serviettes, sport et études, catch et latin. Nous avons beau insister, il refuse de dévoiler sa véritable identité.

Pour nous, et pour vous, lectrices et lecteurs, il restera à jamais Elias Richter (soit Elias le juge en français), un pseudonyme «à consonance dure, germanique» choisi à dessein pour faire trembler ses adversaires. Il faut dire qu’user d’un patronyme est pratique courante dans cette discipline qui tient autant du sport que du spectacle.

Contrairement à ce qui se passe aux États-Unis où les matchs sont surscénarisés avec des personnages quasi cartoonesques,

on met en Suisse davantage l’accent sur l’aspect sportif que sur le côté théâtral.

Elias Richter

Pas de numéro de clown ici, juste des gladiateurs qui enchaînent les prises de lutte, portent leurs coups avec maîtrise, chutent avec élégance et font – parce que ça fait partie du jeu – leur show dans une ambiance bon enfant et devant un public conquis qui en redemande. «Impossible de monter sur le ring sans être entraîné, insiste Elias Richter. Les combats, ce n’est pas de la rigolade, c’est très dur physiquement tant au niveau de l’effort que des douleurs.»

Lui peaufine son art et entretient sa musculature trois heures par semaine en salle. Plus deux ou trois séances de fitness et de la course à pied. Cette préparation opiniâtre et sérieuse a fait de lui un athlète complet, comme dirait le capitaine Haddock.

Pour le plus grand plaisir de sa douce qui l’a incité, avec la complicité de quelques amis, à se lancer dans l’aventure. «J’étais un fan de catch, l’idée d’en faire me titillait, mais

je n’avais jamais osé franchir le pas jusqu’au jour où mes proches m’ont offert un bon pour effectuer un essai.

Elias Richter

C’était il y a un peu moins de trois ans, à l’aube de ses 30 ans. Il s’est fait violence, a croché. «Il ne faut pas lâcher l’affaire, même quand on est poussé au bout de nos résistances, de nos forces.» Un apprentissage avec de la sueur et des larmes pour pouvoir enfin en découdre sur le ring, lors de tournois organisés par la Swiss Power Wrestling (SPW), la fédération suisse de catch.

Un doute qui subsiste sur une possible mise en scène Avec une quinzaine de matchs à son actif, cet universitaire a donc abordé la finale romande de catch en tant qu’outsider. Face à lui, comme dernier rempart, un monstre en justaucorps («Il faisait dix centimètres et dix kilos de plus que moi!»): Ryan Tauga, qui balance un haka sauce maori dès son entrée en scène. Pas de quoi inquiéter Elias Richter qui n’en fera qu’une bouchée.

Les dés étaient-ils pipés? L’issue de ce pugilat était-elle décidée à l’avance, comme c’est généralement le cas dans cette discipline? Interloqué, notre interlocuteur affirme que non.

Je n’avais aucune idée de la façon dont tout cela allait finir.

Elias Richter

Nous lui accordons le bénéfice du doute. Et de toute manière, nous ne faisons pas le poids pour nous opposer à lui. La suite? «Après une pause bienvenue (pour se remettre de ses émotions et de ses bobos, ndlr), je participerai sans doute à quelques matchs en France cet été, histoire de me frotter à d’autres catcheurs, d’acquérir de l’expérience et d’encore progresser.» Ce latiniste n’est pas homme à se reposer sur ses lauriers.

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