26 janvier 2018

Vers une police du rail de plus en plus armée

Le chef de la police des transports des CFF souhaiterait que ses agents soient équipés de tasers. Alors que la violence tend à diminuer dans notre pays, dans les trains comme ailleurs, une nouvelle mesure d’armement serait-elle vraiment indispensable?

police du rail
La surveillance vidéo fait déjà partie de la srtatégie de sécurité des CFF. (Photo: Christian Beutler/Keystone)

Faut-il armer de tasers les agents patrouillant dans les trains suisses? Évoquée en janvier par Jürg Monhart, le chef de la police des transports des CFF, lors de l’assermentation de nouvelles recrues, la question peut surprendre. Même si elle n’est pas encore à l’ordre du jour, une telle mesure serait-elle vraiment nécessaire lorsqu’on sait que ces policiers sont déjà équipés de pistolets, de matraques et de sprays au poivre?

«Il est du devoir d’une entreprise telle que la nôtre de constamment adapter son concept global de sécurité: cela inclut la question de l’armement des agents», répond Donatella Del Vecchio, porte-­parole de l’ex-régie fédérale. Et de noter toutefois que la police des transports est aussi là pour assurer une présence dans les convois. «Confrontés à des situations problématiques, les agents sont entraînés à diverses techniques pour calmer le jeu, qu’ils utilisent tout en respectant bien entendu les principes de proportionnalité.»

Diminution de la violence

Si, tout comme les actes de violence commis en Suisse, les agressions à l’encontre du personnel des convois (le plus souvent commises par des voyageurs sans titre de transport) tendent plutôt à diminuer, on noterait avec inquiétude une certaine évolution des modalités de ces voies de fait. Interrogé par la SFR, Jürg Monhart évoquait l’utilisation croissante de couteaux et d’objets contondants. La menace terroriste, avec comme toile de fond les actes perpétrés dans des trains belges et français, entrerait également en ligne de compte pour justifier les mesures de sécurité prises par les CFF.

Rappelons que l’armement de la police des transports, droit octroyé en 2011, fait débat depuis de nombreuses années.

Pensez-vous que la police du rail doive être armée de tasers?

«En Suisse, les actes de violence ont plutôt tendance à baisser ces dernières années»

Daniel Fink, chargé de cours à l’École des sciences criminelles de l’Université de Lausanne et à l’Université de Lucerne

Que pensez-vous de l’éventualité que la police des transports des CFF équipe ses agents de tasers?

Je suis extrêmement surpris. Une telle mesure me paraîtrait disproportionnée. De manière générale, en Suisse, les actes de violence ont plutôt tendance à baisser depuis quelques années. On enregistre bien une légère hausse des lésions corporelles graves, mais il ne faut pas perdre de vue que les chiffres englobent non seulement les agressions dans l’espace public, mais également celles survenant dans l’espace privé. Or, les cas de violence domestique sont dénoncés plus souvent qu’auparavant, expliquant probablement une part de l’augmentation du nombre de faits enregistrés.

Qu’en est-il des agressions dans les trains?

Il ne me semble pas qu’on ait particulièrement entendu parler d’agressions envers le personnel des CFF ces derniers temps. Les actes de violence ou les menaces contre les autorités et les fonctionnaires sont à la baisse depuis plusieurs années. Par ailleurs, les agents de la police ferroviaire sont déjà munis de pistolets, de matraques et de sprays au poivre: lorsqu’ils circulent dans les trains, on est frappé par leur côté martial. Il me paraîtrait donc étrange d’ajouter un taser à leur équipement, d’autant qu’il s’agit d’une arme très problématique.

Pourquoi?

Je peux comprendre son utilisation par la police lors d’un délit de fuite en pleine nuit, dans une rue déserte, mais dans un train, à moyenne distance, il y a toujours la possibilité de toucher un autre passager, qui se retrouverait paralysé durant plusieurs minutes. Et si un agent doit faire face à un agresseur à courte distance, un spray au poivre me paraît suffisant.

Qu’il s’agisse d’un taser ou d’un pistolet, les armes n’ont-elles pas également un pouvoir dissuasif?

Je n’y crois pas trop. Si une rixe éclate entre des policiers et des voyageurs, ces derniers pensent rarement aux sanctions qu’ils encourent ou au coup de matraque qu’ils pourraient recevoir. On risque plutôt d’assister à une escalade de la violence.

Comment les agents devraient-ils alors réagir en cas d’agressions?

Ils devraient plutôt être formés pour faire face à ce genre de situations sans avoir recours à une arme, pour maîtriser les individus qui posent problème en utilisant les moyens du bord. Ce serait préférable. Un débat similaire a eu lieu au sujet des agents qui assurent la sécurité à la sortie des discothèques. Là encore, le port de l’arme n’est pas indispensable. La gestion de la violence par les forces de l’ordre a beaucoup évolué au cours de ces dernières années. En cas de rixe entre hooligans, par exemple, la police tente avant tout de ne pas envenimer la situation, quitte à attendre la fin de la bagarre et procéder ensuite à quelques arrestations pour l’exemple. On ne cherche plus à éradiquer la violence à tout prix.

Vous dites que la violence perd du terrain en Suisse. Pourquoi, alors, cette impression que nous vivons dans une société plus violente qu’auparavant?

C’est un vieux débat. Dans notre société, nous sommes davantage sensibilisés à la violence, autant dans la sphère publique que privée. Avant, il n’était pas rare de recevoir des coups de règle sur les doigts à l’école, sans que personne ne soit vraiment choqué. De même, un homme qui disciplinait son épouse, même à l’occasion violemment, n’était que rarement poursuivi. Aujourd’hui, tout cela est devenu inacceptable et c’est très positif. Aussi, quand nous sommes confrontés à la violence, nous la remarquons davantage. Et puis, le rôle des tabloïds n’est pas à négliger: à lire la une de certains d’entre eux, on a l’impression que les homicides sont monnaie courante, alors qu’il s’agit bien souvent de la même affaire, traitée différemment chaque jour. 

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