29 novembre 2017

Chloé Monthoux, vétérinaire à la campagne

Chloé Monthoux s’est installée à La Brévine (NE). Sans hésiter. Spécialisée dans les bovins, elle s’occupe de tout, de la gestation au vêlage, en passant par l’insémination. Un quotidien rude, âpre et passionnant.

Chloé Monthoux en train de discuter avec un paysan dans l'étable
Fille d’agri­culteur, Chloé Monthoux est à l’aise sur le plancher des vaches.
Temps de lecture 6 minutes

Elle a sa pharmacie dans son garage et son cabinet dans sa voiture. Un 4x4 blanc, rempli à ras bord: médicaments, bandages, caisse à chirurgie au cas où. Chloé Monthoux , 30 ans à peine, vient de reprendre le poste de vétérinaire à La Brévine (NE). Une jeune femme à la stature imposante, le regard bleu précis, la parole vive. Toujours prête à sauter dans une de ses nombreuses paires de grandes bottes brunes, alignées devant la porte d’entrée.

Les deux pics d’activité sont les heures de traite. Mais on peut m’appeler à toute heure, jour et nuit, pour les urgences. Et un week-end sur deux, je suis de piquet.

Chloé Monthoux

Son champ d’action: de La Chaux-de-Fonds aux Verrières en passant par La Brévine. Une belle étendue pour cette vétérinaire rurale, spécialisée dans la gynécologie pour les gros animaux: «Je m’occupe surtout des vaches, de la reproduction à la mise bas, en passant par la gestation et les petits veaux. De temps en temps, on m’appelle pour des chevaux et je dépanne parfois pour un petit animal.» En tout, deux-trois chèvres, quelques moutons, une dizaine de chevaux, deux porcheries et des milliers de vaches…

Dans l’immen­sité blanche de La Brévine, les chemins semblent se perdre, mais finissent tous par relier des fermes.

Pas peur des grosses bêtes

Cet après-midi-là, elle laisse Oona, son Rhodesian Ridgeback, à la maison et embarque son échographe. Le matin même, elle a déjà examiné une tumeur bovine, une toux de cheval, cautérisé une corne et investigué l’origine d’une fièvre chez une génisse. Et là, elle file en direction d’une ferme au Cerneux-Péquignot – «J’en découvre de nouvelles tous les jours!» – pour un contrôle de gestation.

Arrivée sur place, Chloé Monthoux enfile une grande blouse verte, façon chirurgien.

Vingt centimètres de neige fraîche, ciel obturé, déclinaison de gris. A peine arrivée, elle enfile une grande blouse verte, façon chirurgien, chausse une paire de binoculaires reliées à l’échographe, recouvre son bras d’un gant géant. Et examine une dizaine de génisses impassibles. A peine un timide coup de sabot. «Je n’ai jamais rien eu de cassé, juste quelques gros bleus», sourit Chloé Monthoux, qui a déjà pratiqué l’obstétrique sur des moutons d’Ouessant, des lamas et même des chameaux, lors de son travail au Tierspital à Zurich.

Les grosses bêtes ne lui font visiblement pas peur. Après avoir réenclenché le cycle bloqué d’une des pensionnaires, elle rassure l’éleveur: ses autres génisses sont portantes, comme le prouvent les petits veaux in utero, visibles sur l’écran de contrôle. Soulagement. Elle échange encore quelques mots, écoute, tutoie, conseille. «Après mes études, certains agriculteurs doutaient un peu de moi, ils ne pensaient pas qu’une fille arriverait à défaire des torsions de matrice qui bloquent le veau à l’intérieur au moment du vêlage. Mais maintenant, ça va bien, j’ai fait mes preuves, j’ai un super contact avec eux.»

Vérification sur l’échographe: la génisse est portante.

Oui, Chloé Monthoux inspire confiance, partout où elle passe. Elle connaît son sujet sur le bout du stéthoscope. Terrienne, volontaire, passionnée. Il faut dire que cette Vaudoise d’origine a grandi à la ferme. Papa agriculteur, enfance dans les champs.

A 4 ans, j’ai vu un vêlage à la maison et j’ai su que je voulais faire ce métier plus tard. Les vaches, l’agriculture, les pieds dans les bottes, c’est là que je me sens à l’aise.

Une formation à l’Université de Berne, puis une expérience en cabinet privé, et enfin trois ans d’emploi au Tierspital de Zurich. Et retour en Suisse romande, dans un pli du Jura, à un jet de sapins du lac des Taillères. Pourquoi avoir choisi de s’installer là, dans cette région âpre au climat parfois inhospitalier? «J’ai atterri ici parce que j’y ai suivi mon amoureux.

On croit que c’est le pôle Nord, mais c’est magnifique! Même s’il peut faire -30° C en hiver...

On a le contact direct avec les gens à la campagne, au village, dans les petites épiceries. En été, je cultive même mon potager! Je me sens moins étrangère ici qu’à Zurich», rigole la jeune femme. Déjà elle s’embarque pour une autre ferme. Prend quelques notes sur son ordinateur portable. Pousse le chauffage avant de reprendre le volant.

La voiture, c’est un peu ma maison. Vu que j’y passe pas mal de temps, je l’ai choisie confortable avec des sièges chauffants!

Je profite aussi des trajets pour échanger au téléphone avec des confrères.» Quand elle arrive dans l’étable, le paysan l’attire aussitôt auprès d’un petit veau qui a une grosseur au niveau du nombril. «On va regarder», dit-elle en prenant l’animal à bras-le-corps. Elle caresse, palpe, sa tête posée sur le dos poilu. Bilan: une hernie, rien de grave. «C’est une petite malformation, un retard de fermeture du nombril, il suffit de masser un peu chaque jour et cela va s’obturer tout seul.»

Même sans pratiquer directement la médecine douce, Chloé Monthoux ne pousse pas non plus à la consommation de médicaments.

Je suis de la génération qui a été, déjà durant les études, sensibilisée à une utilisation raisonnable des antibiotiques. Quand je peux trouver une autre solution, j’essaie.

Mais quand on me demande des médecines alternatives comme l’homéopathie, je préfère collaborer avec des collègues plus compétents. Il faut le faire avec sérieux et je ne me suis pas spécialisée dans ces domaines-là.» Elle se nettoie les bottes au jet en sortant, se savonne les mains et repart dans le froid déjà mordant.

Une passion avant d’être un métier

Il faut rouler pour rejoindre encore une autre ferme, dans ce décor d’immensité blanche. Il n’y a rien que des petits chemins qui semblent se perdre dans la nuit, mais finissent par relier de larges bâtisses enfoncées jusqu’aux fenêtres, calfeutrées sur elles-mêmes. Les rares lumières sont celles qui tremblent dans la chaleur des étables. Une poudre blanche s’envole des toits dans un silence épais qui rend la vie plus dense.

Du coup, le travail de cette jeune femme prend une autre dimension. Quand on lui dit qu’elle a du courage, elle répond «passion». «Oui, c’est un métier physique, quand il s’agit d’extraire un veau de 50 kilos. Mais c’est aussi de la technique plutôt que de la force. Dans les mises bas, on peut vite faire de la casse si on y va trop fort.»

A La Brévine, elle examine encore une dernière Montbéliarde pour une possible insémination. Echographe, blouse, lubrifiant. Elle a amené tout le matériel nécessaire, y compris la grosse bonbonne d’azote liquide où sont conservées les paillettes de semence. «L’insémination, beaucoup de vétérinaires ne la font pas eux-mêmes. Mais je considère que ça fait partie de mon service.»

Mais ce ne sera pas pour ce jour-là, «le follicule ovarien n’est pas prêt, je repasserai demain matin», dit-elle en décrochant le téléphone qui sonne. Un appel tardif pour un chat au bout du rouleau. «J’ai convenu d’un rendez-vous pour l’euthanasie. Normalement les petits animaux vont chez des confrères dans des cabinets tout équipés, mais il m’arrive quand même de temps en temps de devoir rendre service, pour des cas particuliers.»

Elle aurait pu choisir de s’établir en ville, dans le confort d’un cabinet urbain, à s’occuper de chiens et de hamsters. Mais Chloé Monthoux a préféré le sol râpeux des étables. Le choix de devenir vétérinaire rurale, métier en voie de disparition, s’est imposé comme une évidence.

Chloé Monthoux quitte la dernière écurie à 19 h 30. Dans le froid et la nuit. Reprend les petits chemins enneigés, fera encore un détour pour prélever un ultime échantillon de lait, histoire de vérifier s’il contient ou non un germe – elle s’est même équipée à domicile d’un incubateur pour faire les tests elle-même et gagner du temps.

La journée de travail est finie. Peut-être pas. Plusieurs fois, il lui est arrivé de s’attabler pour le repas du soir et d’être dérangée pour une fièvre, un vêlage compliqué. Mais ce genre d’imprévu ne semble pas la perturber. Elle sourit, parfaitement zen:

C’est une passion avant d’être un métier. Et c’est le plus beau métier du monde!

Chloé Monthoux a préféré le sol râpeux des étables pour exercer son métier.

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