17 janvier 2018

Vevey, du boom industriel à la vocation culturelle

La cité s’impose aujourd’hui comme une destination touristique de choix. Sa vieille ville nous révèle un passé riche d’histoire ainsi qu’une vie locale et culturelle prospère.

Le Château de l’Aile, au borde du lac, à Vevey
Le Château de l’Aile, de style néogothique, date du XIXe siècle. À sa droite, le Casino du Rivage abrite la salle Del Castillo.
Temps de lecture 5 minutes

Tour à tour puissance commerciale, fleuron industriel et haut lieu du tourisme romantique, Vevey a de tout temps attiré artistes et visiteurs. Face au lac, nichée au pied de Lavaux et des Préalpes vaudoises, cette cité offre le cadre lémanique d’une vie citadine et paisible. Affaiblie il y a trente ans par une crise économique, la ville a aujourd’hui retrouvé sa fraîcheur. Nous vous emmenons au cœur de la vieille ville, sur la trace de ses atouts historiques et de ses richesses naissantes.

Place du Marché, vie locale et symbole international

Deux fois par semaine, stands et badauds envahissent la place du Marché.

Notre balade commence sous le clocher tintant de la Grenette. Depuis cette ancienne halle aux grains du XIXe siècle, la place du Marché se déploie devant nous. Sous un ciel hésitant, quelques rayons parviennent à traverser la brume hivernale, illuminant les stands colorés et le lac et caressant les montagnes. Prise d’assaut chaque samedi et mardi par des maraîchers, fermiers et fromagers de la région, cette vaste place encadrée de cafés et de terrasses a donné à la ville une renommée internationale, indique Jean-François Martin, notre guide.

Jean-François Martin, notre guide.

Depuis l’an dernier, cet enseignant retraité passionné d’histoire organise des visites de Vevey, où il a siégé durant trente-trois ans comme conseiller communal. «Dans cette minuscule ville de 2,4 km2, tout le monde se connaît,» explique-t-il, entre deux «Bonjour!» lancés aux passants.

Lieu de rencontre pour les Veveysans, cette place fut longtemps un point d’intersection entre les voies romaines qui reliaient Milan, Lyon et Avenches. «L’ancien port représentait au Moyen Âge un atout stratégique pour le commerce.

Aujourd’hui, la place du Marché est l’emblème de la fameuse Fête des vignerons qui s’y tient cinq fois par siècle depuis 1797. La prochaine édition aura d’ailleurs lieu l’an prochain.

Une «ville d’images» au passé ouvrier

En traversant la place, nous apercevons l’une des anciennes imprimeries de la ville, témoins de son âge d’or industriel. Avec le boom des industries du chocolat et des cigarettes de Vevey au XIXe siècle, la production de boîtes en carton et d’affiches publicitaires s’est développée. Il faut dire que c’est dans la petite cité lémanique qu’en 1875 Daniel Peter a inventé la plaque de chocolat au lait, une période prospère aujourd’hui révolue.

Il y a trente ans, une crise économique a frappé la ville. Ses nombreuses manufactures se sont transformées en vastes friches industrielles, longtemps laissées à l’abandon dans les quartiers du nord de la gare. Aujourd’hui, ces bâtiments vétustes ont fait place à de modernes habitations. Un musée a été construit par l’entreprise Nestlé à l’endroit même où son fondateur avait inventé, en 1866, la farine lactée.

Plusieurs fontaines anciennes agrémentent les rues de la vieille ville veveysanne.

À la fin des années 1990, Vevey a pris un nouveau virage. Au bénéfice d’une école de photographie et d’un Musée de l’appareil photographique, elle a choisi le slogan «ville d’image». La photographie est désormais célébrée tous les deux ans, lors du festival Images, et ses expositions uniques déployées dans les rues.

Charmantes ruelles

Nous nous engageons à présent dans la vieille ville en empruntant la rue du Lac. Ici, les boutiques de mode et d’antiquités côtoient des vitrines de mobilier vintage. Les ruelles pavées datent du Moyen Âge et seule une bâtisse de style baroque témoigne de cette époque: la maison Scanavin, ornée de mascarons grotesques à l’italienne. Construite en pierre par la famille de marchands génois à qui elle appartenait, elle est la seule rescapée d’un violent incendie qui a ravagé la ville en 1688. Aujourd’hui, elle a donné son nom à une place dissimulée au cœur de la vieille ville. Un minuscule restaurant syrien y a pris racine, et son sympathique patron vous offrira peut-être de délicieuses douceurs orientales.

Façade du bâtiment qui accueillait autrefois le Café des Mouettes.

Il n’est pas rare de croiser sur son chemin d’imposantes fontaines. L’une d’entre elles, coiffée d’un obélisque, témoigne de l’époque de Napoléon qui, rentré d’une expédition en Égypte, ramena avec lui une fascination pour ce pays. Une autre, à la rue du Centre, remplace un ancien puits du Moyen Âge. Elle arbore un fier guerrier dont l’identité reste une énigme pour les historiens.

En rejoignant le bord du lac par la rue du Château, nous retrouvons le Léman entouré de montagnes s’étendant à perte de vue en direction du Valais. À ce tableau s’ajoute le spectacle des trois grands hôtels les plus luxueux de Vevey, siégeant le long des quais, dont le somptueux Hôtel des Trois-Couronnes et son agréable terrasse.

Au XIXe siècle, Montreux n’existait pas encore, les Alpes inspiraient la peur. Vevey était une destination phare du tourisme romantique.

Impossible de manquer l’emblématique fourchette géante plantée dans l’eau calme, non loin de la rive. Cette sculpture, inaugurée pour les dix ans du Musée l’Alimentarium, a inspiré le patron de Ze Fork. Ce restaurant renommé a été lancé en 2014 par de jeunes hôteliers qui déclinent les thèmes de la mer, la terre ou la forêt dans leurs menus. Très apprécié, il est conseillé de réserver à l’avance pour espérer décrocher une table.

La désormais célèbre fourchette d'inox planté en bordure du lac à Vevey est l'œuvre du plasticien Jean-Pierre Zaugg.

Dynamisme culturel

De tout temps, Vevey a attiré des artistes. Il suffit de se perdre dans ses ruelles pour tomber sur des lieux marqués par le passage de célèbres auteurs. Au Café de la Clé, à la rue du Théâtre, Rousseau épiait depuis sa chambre sa tutrice Madame de Warens dont il était tombé amoureux. Sur le quai Perdonnet, un bâtiment porte la marque de Gustave Courbet, sculpteur de La dame à la mouette qui orne sa façade. L’immeuble, désormais investi par un collectif d’artistes locaux, en a tiré son nom. Un peu plus loin siège la statue de Charlie Chaplin, qui a vécu vingt-cinq ans à Corsier-sur-­Vevey. Depuis 2016, un musée lui a été dédié, attirant à Vevey plus de 500 000 personnes en deux ans.

Charlie Chaplin a vécu les dernières années de sa vie dans son manoir de Corsier-sur-Vevey. Cette statue a été inaugurée en 1989, à l’occasion du centenaire de sa naissance.

À côté de l’Hôtel de Ville, l’espace culturel Bravo! occupe une ancienne salle de bal des années 1930. Éclairés par une grande verrière au plafond, sculptures, produits de beauté, bonnets de laine, bijoux ou encore draps sont exposés entre les tables prêtes à accueillir les badauds en quête de pause café. Ces créations proviennent d’une soixantaine d’artistes, designers et producteurs suisses.

À l’espace Bravo!, toutes les créations sont issues d’une production artisanale suisse.

Avec ses quatre théâtres et une scène alternative bouillonnante, la petite cité de Vevey se démarque par une effervescence culturelle rare pour une ville de sa taille. Si les fans de jazz se plaisent à écouter des musiciens renommés au Théâtre de l’Oriental, d’autres préfèrent danser sur des rythmes électroniques ou balkaniques, entre deux mousses, au Bout du Monde. Un bar qui porte bien son nom, tant il est difficile d’en repartir après avoir goûté à son ambiance authentique.

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