27 janvier 2014

Vitamine D: attention aux carences!

Sous nos latitudes, la carence en vitamine D l’hiver est quasi la norme. Et pas sans conséquence d’après les dernières études qui la lient à des maladies comme certains cancers, le diabète ou la sclérose en plaques.

Illustration sujet vitamine D
Dans les pays occidentaux, plus de 40% de la population de plus de 50 ans présenterait un déficit en vitamine D.
Temps de lecture 8 minutes

L’hiver est là, le soleil pâle voire inexistant. Comme la majorité de la population à cette saison sous nos latitudes, vous êtes sans doute en manque de vitamine D, la seule vitamine que le corps peut fabriquer lui-même, par la peau, grâce au soleil. Le déficit en vitamine D est fréquent et sous-diagnostiqué, d’après Vincent Amstutz, médecin agréé à la Policlinique médicale universitaire (PMU) de Lausanne et médecin généraliste au Landeron, l’un des auteurs d’un article paru dans la Revue médicale suisse.

Au niveau mondial, on estime qu’un milliard de personnes auraient un tel déficit. Dans les pays occidentaux, plus de 40% de la population de plus de 50 ans présenterait un déficit.

En Europe, 80% des personnes âgées présentent une concentration sanguine en dessous du seuil reconnu de 30 ng/ml. Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), en hiver, plus de 60% de la population est carencée.

Le manque de soleil général est évidemment montré du doigt en premier. «On estime qu’à partir d’une certaine latitude – la 33°, c’est-à-dire au nord d’une ligne passant au nord du Maroc, de l’Iran, du Japon et de Los Angeles), il n’est pas possible de synthétiser de la vitamine D durant certains mois d’hiver», souligne Vincent Amstutz. A moins, peut-être, de passer ses journées dehors, en altitude!

Les gens passent moins de temps dehors qu’avant

La vitamine D est synthétisée par le corps grâce aux rayons du soleil.
La vitamine D est synthétisée par le corps grâce aux rayons du soleil.

Mais au-delà de ce constat géographique, «la vitamine D se révèle un marqueur de l’évolution de notre société. On n’a plus d’activités d’extérieur! Beaucoup de gens auraient besoin d’un apport de vitamine D toute l’année, car ils ne sortent plus! C’est un sujet important d’un point de vue sociologique qui pose un gros problème pour tous les migrants. Pratiquement toutes les peaux noires ont des carences, car elles synthétisent moins bien la vitamine D», relève le spécialiste.

Les carences en vitamine D handicapent aussi les femmes voilées qui montrent des problèmes musculo-squelettiques comme l’a montré une étude à la Policlinique de Lausanne.

L’âge, l’obésité, la maladie coeliaque ou de Crohn et la prise de certains médicaments augmentent aussi les risques de carences parce qu’ils diminuent les capacités de synthétiser la vitamine. Tout comme les crèmes solaires! «En mettre à chaque fois qu’on va un quart d’heure dehors est exagéré», précise Vincent Amstutz.

Elle fonctionne plus comme une hormone que comme une vitamine

La vitamine D favorise la fixation du calcium sur les os et joue un rôle dans la prévention des maladies cardio-vasculaires notamment.
La vitamine D favorise la fixation du calcium sur les os et joue un rôle dans la prévention des maladies cardio-vasculaires notamment.

On savait déjà qu’un déficit de cette vitamine faisait des dégâts au niveau osseux, contribuant au développement de maladies comme l’ostéoporose. Mais la vitamine D fonctionne plus comme une hormone que comme une vitamine. Elle a des récepteurs dans tous les organes, dans tous les tissus.

Du coup, elle est aussi mise en lien avec des maladies comme le diabète, le cancer du sein, du côlon ou du pancréas, la sclérose en plaques ou même la dépression, l’hypertension ou les maladies cardiovasculaires. C’est qu’elle fait l’objet d’une explosion d’études ces dernières années. De 1990 à fin 2008, elles ont plus que doublé. Un champ d’investigation énorme qui s’ouvre, aux enjeux importants.

De quoi prescrire directement de la vitamine D à tous durant l’hiver? Pas si simple. «Les études montrent des liens entre la vitamine D et ces maladies, mais ça ne veut pas encore dire que si on corrige le taux de vitamine D ça diminuera le risque de ces maladies, répond le médecin. On est obligé d’attendre des études randomisées (n.d.l.r.: dont les sujets d’étude sont répartis de manière aléatoire) et contrôlées pour voir l’aspect de cause à effet.»

A l’heure actuelle, des suppléments sont recommandés pour tous ceux qui sont carencés en dessous du seuil reconnu de 20 ng/ml, même à moins de 30 ng/ml pour les problèmes musculo-squelettiques comme l’ostéoporose, donc pour prévenir les chutes et les fractures chez les plus de 60 ans, ainsi que généralement pour tous les nouveau-nés, pour les femmes enceintes ou allaitantes.

Pour les autres, il ne reste plus qu’à faire des provisions courtes mais régulières de soleil durant le printemps, l’été et l’automne, plusieurs fois par semaine entre cinq et trente minutes visage et bras sans crème solaire – en évitant 11 h-15 h et que la peau rougisse. Car le corps stocke la vitamine D pour la libérer durant les mois moins lumineux.

Augmenter sa vitamine D par la nourriture s’avère en revanche difficile.

Une alimentation variée et équilibrée ne permet pas de couvrir l’entier des besoins en vitamine D, même si l’on fait attention à consommer régulièrement des aliments plus riches en vitamine D comme certains poissons, les œufs et les champignons

, souligne Muriel Jaquet, diététicienne diplômée au service d’information Nutrinfo , à Berne.

A moins d’en revenir aux remèdes de nos grand-mères qui nous faisaient avaler une cuillère d’huile de foie de morue chaque matin en hiver! Certains en gardent encore le goût dans la bouche… «Une cuillère à café fournit environ 10 µg de vitamine D, (n.d.l.r.: il existe plusieurs unités de mesures de la vitamine D, dont la plus utilisée est l’unité internationale (UI). 1 UI = 25 ng=0,025 µg) alors que les besoins quotidiens pour les adultes de moins de 60 ans sont fixés à 15 µg par jour. Mais l’huile de foie de morue n’est pas un pur complément de vitamine D elle est aussi surtout riche en graisse. On trouve par contre des compléments de vitamine D plus concentrés sous forme de gouttes par exemple», précise Muriel Jaquet.

Dans le commerce, la vitamine D est aussi rajoutée à certains aliments, comme des céréales pour enfants. Une solution pourrait d’ailleurs passer, selon Vincent Amstutz, par une réintroduction systématique de la vitamine D dans les produits laitiers comme les Etats-Unis le font aujourd’hui. Et comme la Suisse le faisait à l’époque, avant une interdiction générale en Europe pour cause d’intoxication, mais qui n’avait rien à voir avec la vitamine D.

Avant de se jeter en solo sur les compléments de vitamine D en vente libre, il vaut toutefois la peine de consulter son médecin pour établir un bilan sanguin. Certains pointent du doigt une possible intoxication en cas de surdosage (mélange de compléments alimentaires et de suppléments). Car la vitamine D, dite liposoluble, s’élimine moins facilement par les urines que la vitamine C. Vincent Amstutz tempère pourtant: il en faudrait des quantités énormes pour être toxique. Tandis que guette un danger plus fréquent, en prenant des substituts à l’aveugle sans connaître le degré de carence: que cela ne soit pas assez et ne serve à rien.

© Migros Magazine - Isabelle Kottelat

Illustration: Corina Vögele

Benutzer-Kommentare