12 mars 2012

Vos lunettes vous trahissent

Plutôt genre Eva Joly ou Jean-Luc Delarue? Le choix de la monture est très révélateur de la personnalité du porteur. Avec les nouvelles technologies, toutes les fantaisies deviennent possibles.

Dessin d'une cliente chez l'opticien avec une montagne de lunettes sur la table
Choisir ses lunettes demande beaucoup de patience.... (Illustration: Konrad Beck)
Temps de lecture 6 minutes

Deux personnes sur trois en Suisse ont besoin d’une aide visuelle, selon une étude de Publitest parue en 2009. Parmi celles-ci, 79% portent des lunettes exclusivement, 17% lunettes et lentilles, et seuls 4% uniquement des lentilles. Ce qui représente un marché immense, avec un chiffre d’affaires annuel situé autour de 1,2 milliard. On compte un magasin dédié à l’optique pour 7000 habitants et 1,2 million de paires vendues chaque année, toujours selon la même étude.

Il faut que les lunettes corrigent les défauts du visage.
- Rose Freymond, relookeuse

Parmi ces centaines de milliers de modèles, la mode met son grain de sel, imposant des styles, des formes et des couleurs. Le rythme des changements devient toujours plus soutenu, favorisant à la fois l’offre et la demande. «Et pourtant, il ne faudrait pas suivre aveuglément la tendance, estime Rose Freymond, visagiste et relookeuse chez Look For You à Lausanne. Il faut avant tout que les lunettes corrigent les défauts du visage: raccourcir un nez trop long, affiner un visage qui tombe...»

Toutes semblables et pourtant différentes

C’est loin d’être le cas, avec le succès actuel des lunettes à cerclure noire massive, qui mangent les petits visages pâles. Mais nuance: «Si vous les observez bien, aucune ne se ressemble, toute la subtilité se trouve dans les petits détails», note Mathias Och, designer qui a donné un cours sur les lunettes à la Haute Ecole d’art et design de Genève. Alors comment concilier formes, couleurs, matériaux et tendances, avec l’arrondi et le teint du visage, la longueur et l’empattement du nez, la coupe et la couleur des cheveux, tout en respectant la personnalité du porteur?

Rose Freymond, relookeuse. Photo: LDD
Rose Freymond, relookeuse. Photo: LDD

«On cherche sa paire de lunettes comme on chercherait de quoi s’habiller: en fonction de sa morphologie (voir les exemples ci-contre), de son style classique ou cool, insiste Rose Freymond. Je suis souvent appelée par les opticiens pour aider leurs clients à effectuer un choix. Car dans un magasin, on est déstabilisé par le nombre de montures disponibles.» La visagiste les conseille, comme pour les habits, avec les palettes de couleurs, en fonction de la pigmentation de la peau, la couleur des yeux et celle des cheveux: les personnes à qui les tons d’été et d’hiver conviennent mieux iront vers les couleurs froides, comme l’argent, le métal... Celles qui portent davantage les teintes printanières (comme le jaune, le beige, les bruns dorés, les rouges clairs et l’orange) préféreront les couleurs claires, lumineuses, fraîches. Et les personnes «automne» se tourneront vers l’auburn, la châtaigne, le doré...

J’ai une vie exposée, donc mon apparence est importante.
-Yves Nidegger, conseiller national UDC et avocat.

«Surtout, il faut éviter d’être trop maquillée lors du choix!» Ses clients sont autant hommes que femmes, souvent des quadragénaires qui ont besoin d’avoir l’air dynamiques, et prennent les lunettes comme des accessoires de mode. «D’ailleurs, les montures auxquelles l’on peut interchanger les branches sont super, car on les adapte aux envies, aux vêtements, à l’humeur...», sourit Rose Freymond.

Objet de prestige et objet de mode

Si l’on regarde l’histoire des lunettes, on constate qu’elles ont de tout temps été considérées comme des bijoux. «Au XVIIIe siècle, elles étaient réservées à une élite qui pouvait se les payer et savait lire. Dans les années 50, elles étaient très extravagantes. Depuis une quinzaine d’années, elles redeviennent objet de mode et partie de la personnalité», s’enthousiasme Mathias Och.

Fabriquer sa propre monture devient un jeu d’enfant

Et les fantaisies se multiplient. «Il y a un engouement chez les designers, beaucoup ont ouvert leur propre production, grâce à la fabrication qui se simplifie et les coûts qui baissent», observe ce passionné de montures, qui a lui-même fait fabriquer sa propre paire par un ami.

Les modèles sur mesure se répandent, les grands couturiers s’intéressent également à cet objet devenu art. «Il n’y a plus de limites de matériaux, le bois revient, les écailles de tortue aussi (mais cela reste compliqué, car elles nécessitent un certificat d’authenticité), la corne... Tout est devenu possible.»

Quelques personnalités parlent de leurs lunettes

  • Sur quels critères avez-vous choisi votre paire de lunettes?
  • Avec qui vous rendez-vous chez votre opticien pour choisir le modèle?
  • Combien de paires possédez-vous?
  • Quelle est la durée de vie moyenne de vos lunettes?
Chantal Prod’hom, directrice du MUDAC (photo:LDD)
Chantal Prod’hom, directrice du MUDAC (photo:LDD)

Chantal Prod’hom, directrice du MUDAC
1. Je dois porter des lunettes avec ma myopie! Je fais attention à la forme et à la matière. Actuellement, je porte des lunettes légères, en bois, avec une couche de corne. C’est un chouette accessoire, je ne cherche pas à me cacher derrière. Mais à chaque nouvelle paire, je dois refaire ma photo officielle.

2. Plusieurs, car je les perds souvent. J’en ai trois opérationnelles que je garde par sécurité. Pour mes cours de yoga, mes lunettes actuelles glissent durant les exercices, alors je porte mes anciennes paires.

3. Je vais chez le même opticien depuis des années. J’aime prendre le temps de parler avec lui, comme chez le coiffeur. Pour cette paire-ci, je lui avais dit au départ que je voulais quelque chose de discret et finalement, je suis sortie avec une paire très visible.

4. Environ tous les quatre ans. Avant, je portais des lunettes rouges, d’un coup, je les ai trouvées trop voyantes. J’ai aussi porté une paire en plexiglas transparent: le jour où je les ai jetées, on m’a avoué que j’avais l’air de faire de la soudure avec.

Jacky Lagger, musicien.(Photo: Aldo Ellena/arkive)
Jacky Lagger, musicien.(Photo: Aldo Ellena/arkive)

Jacky Lagger, musicien
1. Je choisis mes paires de lunettes selon mes points de vue et ma vision des choses... Myope, je les aime mi-hip-hop, mi-rock, colorées et festives. Et surtout que mes lunettes de vue s’entendent avec mes oreilles, que leurs branches fantaisie me branchent.

2.Je possède une paire aux verres rayés, une paire sans les verres, une paire perdue, une paire inadaptée à ma myopie, une paire de lunettes de soleil, une paire de lunettes de sommeil et la super paire bleu nuit qui fait de mon regard un mystère.

3. Parce qu’elle m’a tapé dans l’œil, qu’elle est à mes yeux ma meilleur conseillère, Isis, ma femme et ses yeux mordorés me cons’œil’.

4. J’en ai écrasé ou perdu quelques-unes. Mais J’ai toujours mes binocles à la John Lennon, une paire disco rose pailletée de vert à la Polnareff, une paire presque pire que la pire d’Elton John et la paire de mon père.

Yves Nidegger, conseiller national UDC et avocat. (Photo: Keystone/Gaetan Bally)
Yves Nidegger, conseiller national UDC et avocat. (Photo: Keystone/Gaetan Bally)

Yves Nidegger, conseiller national UDC et avocat
1. Je les ai choisies présentes, mais discrètes: en verre sans cadre pour la légèreté, taillées en ovale pour le contour de l’œil, avec une touche d’originalité pour le design des branches, couleur vert bouteille (proche de la couleur de mes yeux et complémentaire à celle de mes cheveux). J’ai une vie exposée en tant qu’avocat et politicien, donc mon apparence est importante.

2. Deux: une pour le travail et une pour le soleil avec corrections.

3. Une femme, la mienne de préférence.

4. Cinq ans. Je ne fais ni boxe ni karaté donc elles ont une longue durée de vie. Mais il m’est arrivé de m’asseoir dessus et de les casser.

Martina Chyba, journaliste à la RTS. (Photo: RTS/Louvion Jay)
Martina Chyba, journaliste à la RTS. (Photo: RTS/Louvion Jay)

Martina Chyba, journaliste à la RTS
1. J’aime les lunettes qui se voient, d’une part je trouve qu’il faut assumer et de l’autre je ne suis pas très fan de moi-même et donc j’ai besoin de sentir que ça me cache un peu. Celles-ci, je les ai choisies avec une monture noire épaisse, un look un peu geek et arrondi parce qu’il y a déjà assez de choses carrées chez moi!

2. J’en ai deux qui correspondent à mon niveau de vision actuel, plus une paire de solaires optiques. Mais des anciennes, j’en ai une collection: des roses, violettes, fines, rondes, en papillon, tout ce qu’on veut...

3. Euh seule... ça vaut mieux... bon je demande quand même à mon mari si ça lui plaît, mais généralement quand je les ai déjà achetées!

4. Disons deux ou trois ans, après, les verres sont rayés et je flashe généralement sur une autre monture. Mais là ça fait deux ans et je n’ai pas encore envie de changer, alors...

Texte : Mélanie Haab

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