25 janvier 2018

Balade en raquettes en Gruyère

La célèbre région fribourgeoise n’a pas qu’une excellente gastronomie à offrir. Sous la neige, elle se prête bien à une balade en raquettes entre forêt et clairières. Un sentier pédestre permet de se hisser de Cerniat (FR) jusqu’au chalet de la Chia et de contempler toute la chaîne des Alpes.

gruyere
Au sommet de la Chia, la vue panoramique sur les Préalpes fribourgeoises récompense tous les efforts.

Les raquettes à peine chaussées, on sait précisément pourquoi on s’est levé ce matin-là, pour se retrouver à 9 h 20 sur les pentes de Joux-Derrey, au-dessus de Cerniat (FR). Parce que l’air est vif et coule dans les poumons mieux qu’une boisson fraîche. Parce que l’air transparent aiguise les sens et vivifie le corps, qui semble soudain léger et puissant, prêt à avaler la montagne. Parce qu’il y a soudain, juste au bon moment, le lever du soleil, œil d’or qui guigne au-dessus des Dents-Vertes.

«La neige, c’est du béton aujourd’hui!», lance alors Stéphane Currat, accompagnateur en montagne et passeur d’émotions. Ça crisse, ça grince, ça craque sous les semelles. D’autant qu’il faut chercher les versants nord où subsiste le manteau neigeux, en l’occurrence un matelas bien tassé qui prend des allures de peau d’éléphant blanc: granuleux, épais, respirant. On débute par une montée à travers un pâturage pour rejoindre le chemin pédestre, en lisière de forêt et du Javrex, joyeux torrent qui façonne des stalactites de glace – ouvrir l’œil sous les bosquets!

Vue sur le lac de la Gruyère et l’île d’Ogoz.

Transformations du paysage

Passage au soleil, dans une clairière, où la neige scintille et semble recouverte de givre. «C’est l’humidité de l’air qui se condense et se transforme en cristaux à la surface. Le givre, c’est de la neige qui pousse», explique joliment Stéphane Currat. Qui aime aussi observer les transformations du paysage et rappeler que ce sont les moines de la Valsainte, en plein Moyen Âge, qui ont commencé à déboiser la région. L’ouverture s’est ensuite poursuivie pour produire le fameux gruyère, vendu jusqu’à Lyon et faisant pour un temps la richesse des lieux.

Après cette première montée, le chemin s’enfile dans la forêt, l’occasion d’observer un autre décor: longs fûts des épicéas, troncs parfois couchés à l’oblique, déracinés par la dernière tempête, et fouillis d’écailles de pives. «Ce sont les réfectoires des écureuils! En regardant attentivement les restes, on sait qui est passé par là.» Ainsi, un trognon de cône d’épicéa totalement ébarbé et ripoliné est le signe que le méticuleux mulot a fait bombance. S’il reste quelques brins de barbe, il s’agit d’un écureuil. Le cône est piqueté? C’est un oiseau, genre pic, ou alors un bec-croisé si les écailles sont fendues en deux. «À chaque fois, l’animal mange la petite graine oléagineuse riche en nutriments, cachée derrière les écailles», raconte notre Sherlock Holmes animalier.

On poursuit la montée en forêt en suivant la direction «La Guille», mais il faut déchausser. Le sentier est à nu, mélange de feuilles écrasées, de mousse durcie et d’humus. Le dénivelé se fait un peu plus marqué, le ruisseau ricoche en contrebas, la forêt s’évase. «Les gardes forestiers abattent des arbres pour laisser passer la lumière, ce qui permet aux graines en attente de sortir et de régénérer la végétation au sol.» Quelques pas encore, et l’on atteint une mini-cabane en rondins, terrain de jeu pour les enfants, avec sa table de pique­-nique. L’endroit est parfait pour une pause.

Les traces prouvent que le lieu est habité d’une vie nocturne intense...

Empreintes dans la neige

Pour attaquer le dernier tiers, on peut remettre les raquettes. L’ultime étape se déroule à ciel ouvert, dans un paysage vallonné de rondeurs crémeuses. De loin, on aperçoit le toit tavillonné du chalet La Guille, mais on coupe avant, à travers le pâturage pour partir à l’assaut du mamelon, tournant le dos au triangle de toblerone du Vanil-d’Arpille.

Rien ne bouge, à part un milan royal qui plane au-dessus des conifères. Mais dans la neige, des traces en tous sens prouvent que le lieu est habité d’une vie nocturne intense. Il y a celles, tranquilles, d’un ongulé, sans doute un chamois, dont le petit sabot fendu avec ses ergots tiendrait dans une simple boîte d’allumettes. Et puis il y a celles, tout de suite reconnaissables, du lièvre. «Pour brouiller les pistes, il court en zigzag, fait des bonds de côté, revient sur ses pas, histoire de ne pas rendre la tâche trop facile pour le renard», explique Stéphane Currat, qui se baisse pour ramasser deux petites boules noires. «Le lièvre fait toujours deux crottes. Une première, grasse et sombre, qu’il réingurgite souvent de suite. La seconde crotte est ensuite plus claire, complètement sèche, avec des restes de végétaux bien visibles.» En hiver, rien ne se perd!

Quelques mètres encore et on arrive enfin au sommet, au chalet de la Chia. Et là, on en prend plein les mirettes: panorama grandiose à 360 degrés, le regard embrasse toutes les Alpes bernoises, fribourgeoises, – dont le fier Kaiseregg et les Gastlosen – valaisannes, avec les Dents-du-Midi de profil et même, en se tournant un peu, le Jura tapi dans le brouillard. L’endroit, sur un tronc devant le chalet de l’armailli, est parfait pour déballer le casse-croûte.

Le chalet d'alpage de La Chia, sommet de la marche et lieu idéal pour faire un pique-nique.

Quand sonne le moment du départ

On resterait bien là, raquettes au sec, à s’enivrer du paysage. Mais le temps se gâte, des nuages de haute altitude arrivent au galop, tirant un voile à travers le ciel et formant un étonnant halo autour du soleil. Aurore boréale? «Non, il s’agit d’un phénomène courant avec les cirrostratus, dont les cristaux créent une sorte de prisme pour la lumière. Ils annoncent un changement de temps dans les vingt-quatre heures.» Voilà qui sonne impérativement le moment du départ. Mieux vaut ramasser tous les déchets, couennes de gruyère et autres restes organiques. Pourquoi? Parce qu’ils favoriseraient certaines espèces omnivores au détriment des autres. «Les renards, attirés par les résidus de pique-nique, montent parfois jusqu’à haute altitude, hors de leur biotope, et menacent la faune qui s’y trouve, comme le lagopède alpin», explique Stéphane Currat.

Plusieurs options pour rentrer: une longue boucle en direction de la Joux-Brûlée ou le chemin direct, droit dans la pente. On choisit l’option courte, un vallon moelleux face à la Berra, en arrière-plan. La neige croustille sous le pas comme une biscotte suédoise et s’étire, avec ses veines et ses ridules modelées par les récentes pluies. Les derniers rayons font scintiller les cristaux, qui déjà se transforment en semoule.

On rejoint assez vite la route forestière, que l’on peut suivre presque jusqu’au point de départ ou couper par le sentier pédestre en fonction de l’enneigement. Le temps de s’étonner devant un tronc dévasté par un pic noir affamé à la recherche de fourmis charpentières et déjà on rejoint, fourbus mais ravis, le petit pont de départ qui enjambe le Javrex.

Un trou laissé par un pic dans le tronc d’un épicéa.

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