11 octobre 2017

Kyoto: voyage dans le temps

Entre ville-monument et métropole tournée vers le futur, Kyoto nous embarque à travers les époques. Aujourd’hui cette ancienne capitale impériale est la destination touristique numéro un du Japon.

kyoto
Kyoto se distingue par son statut de grande métropole tournée vers le futur.

«Ohayô». C’est ainsi que l’on dit bonjour le matin en japonais. Et c’est la moindre des politesses que l’on puisse adresser à notre taxi qui parle aussi bien anglais que nous, japonais. On lui tend l’adresse imprononçable de notre hôtel, notée sur un bout de papier. Il opine du chef. Il doit avoir compris. Quoique… Il sort son téléphone et c’est par «Google translate» interposé que nous nous comprenons finalement. Si l’on croyait avoir fait un voyage dans le temps en arrivant à Kyoto, centre historique du Japon, ce bref échange nous rappelle que nous sommes bien en 2017. Et que la capitale du Japon est Tokyo. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant mille ans - jusqu’à la chute du dernier shogun à la restauration de Meiji en 1868 - c’était Kyoto qui bénéficiait de ce statut. Elle est aujourd’hui le pôle d’attraction touristique numéro un du pays. Du palais impérial aux nombreux temples bouddhistes et shintoïstes enserrés de jardins zen, Kyoto regorge de lieux et de traditions à découvrir. Véritable ode au passé, la ville est un testament vivant où beauté et raffinement s’entrelacent au fil des venelles. Mais comme le reste du pays, elle a aussi pris le chemin de la modernité avec ses allures de grande métropole. Et dans notre taxi qui passe de grandes artères commerciales à de charmantes ruelles aux maisons à claire-voie, nous commençons à prendre toute la mesure de ce va-et-vient entre passé et présent. Mais ça, c’était sans compter notre arrivée à l’hôtel qui nous fit carrément basculer dans la quatrième dimension. Pour notre séjour de deux nuits, nous avons choisi de résider dans un lieu pour le moins insolite: le «Nine hours». Il s’agit d’un hôtel capsule. Il est situé dans un bâtiment moderne et étroit, calé entre deux immeubles flanqués d’enseignes commerciales. Derrière les vitres de l’entrée, on distingue un décor immaculé, aussi minimaliste que futuriste.

Les capsules du «Nine Hours» Hotel: dans chacune d’entre elles, l’équipement est sommaire mais tout le nécessaire y est pour dormir.

Retour vers le futur

Nous entrons, que dis-je, nous embarquons à bord de ce vaisseau spatial, avant de nous déchausser, un impératif au Japon. Une dame nous accueille, déblatérant presque d’une traite la présentation qu’elle connaît par cœur. «Ici les clés pour déposer vos chaussures, ici le badge pour accéder à votre étage...» Nous la remercions de quelques formules de politesse et gestes de la tête avant de traverser le décor entièrement blanc et digital qui mène à l’ascenseur. C-3P0, R2-D2 et toute l’armée de Dark Vador pourrait débarquer que nous n’aurions tous que pour seule réaction un léger haussement des épaules. Puis nous arrivons enfin dans la chambre commune. Changement d’ambiance. A l’intérieur de cette pièce longue de 20 mètres, sont alignées et superposées des capsules numérotées. Dans chacune d’entre elles, l’équipement est sommaire mais tout le nécessaire y est pour dormir. Notre curiosité assouvie, nous retournons dans le présent, pour une balade dans les rues de Kyoto.

Le Pavillon d’or, un édifice d’une indéniable beauté.

Temples de la consommation

Notre hôtel est si central, qu’en cinq minutes à pied nous rejoignons déjà l’une des avenues les plus fréquentées et cossues de la ville. Elle s’appelle Shijo. Là, centres commerciaux et boutiques trendy se succèdent. Toute la ville y converge pour consommer produits de luxe et friandises, dont de très prisés bonbons multicolores. Durant le mois de juillet, les rues sont particulièrement bondées puisque c’est durant cette période que le festival Gion Matsuri, le plus célèbre du Japon, a lieu. Notre balade, nous emmène ensuite jusqu’aux galeries Teramachi et Schinkyogoku, entre les avenues Sinjo et Sanjo. On y trouve un dédale de boutiques de souvenirs, de magasins de kimonos d’occasion ou encore d’enseignes de prêt-à-porter. Des adresses qu’affectionnent autant les touristes japonais et internationaux que les Kyotoïtes. Ces galeries débouchent sur des rues plus calmes, à ciel ouvert avec quelques bonnes adresses pour se restaurer. Les amateurs de bons plats et de saké raffiné, y trouveront sans nul doute satisfaction. Kyoto est réputée pour l’excellence de sa gastronomie. Et pour ce premier jour de découverte, nous avons craqué autour d’un repas royal avant de rentrer plus simplement, dans notre petite capsule.

Les petites échoppes où l’on peut acheter des sucreries «made in Japan» sont partout.

Le pavillon d’or

Le lendemain, nos quelques courbatures de la nuit et nous-mêmes prenons le chemin du Kinkaku-ji, le Pavillon d’or. Pour s’y rendre, il faut compter une petite demi-heure en bus depuis Shijo en direction du nord-ouest de la ville. Devant l’entrée du pavillon, une foule se presse, appareils photo et perches à selfies à la main. Nous emboîtons son pas. Contre 400 yen (environ 4 francs), on nous remet un ticket à motifs calligraphiques. Délicat. Une fois dans l’enceinte, nous apercevons au loin le pavillon recouvert de feuilles d’or, encerclé d’un grand étang et d’une nature luxuriante. Malgré sa petite taille, l’édifice est d’une indéniable beauté. En longeant le chemin qui permet de se rapprocher du pavillon, nous découvrons des jardins imaginés dans les plus belles règles de l’art zen. Impossible en revanche d’entrer dans le lieu. Nous restons songeurs face à cet édifice au sommet duquel trône un phœnix. L’oiseau qui renaît toujours de ses cendres n’a bien sûr pas été choisi par hasard. Il est intimement lié à l’histoire de ce temple, brûlé à plusieurs reprises. Il était d’abord la demeure de retraite du Shogun Ashikaga Yoshimitsu, dirigeant militaire au Japon. A sa mort, le pavillon est transformé en temple zen. Il a ensuite été réduit en cendres durant la guerre d’Onin entre 1467 et 1477, puis plus récemment, en 1950, quand un moine fou a décidé d’y mettre le feu. Ainsi le pavillon que l’on peut admirer aujourd’hui a été reconstruit intégralement en 1955, à l’identique. Après cette visite, nous retraversons la ville, cette fois en direction du sud-est, vers les temples de Tofuku-ji. Là, de nombreux bâtiments et jardins forment un parcours époustouflant. En compagnie de la mélodie des grillons et alors qu’une brume épaisse envahit les environs, cette balade prend des allures quasi mystiques dans ce lieu de référence du bouddhisme zen japonais.

Des geisha dans les rues.

Les geishas de Gion

De retour au centre de Kyoto, nous passons par le quartier de Gion. Il s’agit du district traditionnel très apprécié des touristes car on peut encore y croiser des Geishas. L’ambiance y est aussi plus calme et confidentielle. Les ruelles cachent de nombreuses machiya (maisons traditionnelles). Dans certaines d’entre elles, reconverties en boutique, vous pourrez peut-être tomber sur des magasins d’antiquités, plus authentiques que ceux des galeries commerçantes. Quoi qu’il en soit, la balade à l’écart du tumulte du centre-ville, mérite le détour. Alors que la nuit tombe sur la cité nippone, il est l’heure d’aller déguster une tradition locale. Nous jetons notre dévolu sur un restaurant qui propose des Udon (pâtes épaisses servies dans une soupe) et des légumes et poissons tempura. L’endroit s’appelle «Maragame Seimen» et se situe sur Sanjo. Un régal! Mais au Japon, pas question de disserter durant des heures à table. On mange et on part, laissant la place aux suivants. Les nouilles se mangent vite, alors on sirote ses verres ailleurs. Par exemple, dans un bar situé non loin de là et qui s’appelle «Dublin», tout simplement. Oui, oui, ce n’est pas un bar japonais mais irlandais. Là, on peut déguster les meilleurs whiskys du monde.

Un bol de Udon accompagné de tempura.

Enfin, sur le chemin qui nous ramène à notre hôtel, nous savourons les heures calmes de la nuit. Impossible de ne pas repenser à tous ces lieux entrevus: ces temples par dizaines, ce pavillon d’or... Il est aussi impossible de traverser cette ville sans ressentir la fameuse tension entre passé et présent que décrivit merveilleusement bien Yasumi Kawabata dans son ouvrage sobrement intitulé Kyoto. Il y raconte notamment l’arrivée d’un nouveau mode de pensée, plus moderne, plus mercantile qui bouleverse la ville traditionnelle. Un bouleversement que certains récusent et que d’autres embrassent… Mais qui fait aujourd’hui peut-être toute la force et l’identité de cette cité nippone.

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