23 juillet 2020

Figures chorégraphiées

Une fois par mois, les gymnastes du Welsch Master Team se retrouvent pour s'entraîner intensivement sur un immense tapis gonflable. Rencontre à la salle du Puisoir, à Orbe.

Le gigantesque tapis gonflable permet aux gymnastes de réaliser des figures exceptionnelles.
Le gigantesque tapis gonflable permet aux gymnastes de réaliser des figures exceptionnelles.
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Imaginez une gigantesque salle omnisport, dans laquelle sautent, rebondissent et virevoltent une bonne quarantaine de gymnastes: vous êtes à la salle du Puisoir, à Orbe, où se déroule pour cette session l’entraînement mensuel du Welsch Master Team . Au milieu de la salle, le chouchou de tous: Georges, un Air Floor, un immense tapis de sol gonflable qui, avec ses 14 m/14 m, est le plus grand du monde. «Nous l’avons fait faire sur mesure, explique Myriam Bertholet-Laala, responsable de l’équipe et chorégraphe. Ce type de tapis n’existe généralement que sous forme de piste, et en bleu. Je voulais un modèle plus grand et gris clair, pour que n’importe quel costume puisse ressortir dessus.»

Le Welsch Master Team regroupe des gymnastes confirmés, venus de différents clubs romands.

Gare aux rebonds!

Offrant à la fois une surface stable et plane et une épaisseur gonflable qui ménage les articulations, Georges exige une petite adaptation de la part des gymnastes et beaucoup de travail technique, car les rebonds amplifient les fautes techniques. «Stop, stop! Venez tous autour de moi, s’il vous plaît! s’écrie d’ailleurs la chorégraphe en fronçant les sourcils. Cela fait un peu moins de deux heures qu’on fait du sol, et il y a déjà trois foulures. Il faut vraiment apprendre à gérer Georges, et faire attention à vous!»

Le Welsch Master Team regroupe des gymnastes confirmés, venus de différents clubs romands. Mais si une partie est déjà initiée aux particularités de l’Air Floor, l’autre les découvre aujourd’hui pour la première fois: après avoir présenté sa production Inferno au Gala de la Fédération internationale de gym de la Gymnaestrada à Dornbirn en Autriche en juillet 2019, l’équipe s’est en effet partiellement renouvelée, après sélections. 

L’art du porté

Après s’être exercés individuellement, les gymnastes se regroupent autour des mini-Georges: des carrés gonflables d’un mètre sur un mètre qui, portés par huit personnes, permettent à la neuvième de faire de spectaculaires figures aériennes. «Les porteurs, attendez-vous à avoir mal aux nilles, prévient Myriam Bertholet-Laala en riant. Ensuite, vous aurez de la corne et ça ira mieux…» Alors que les victimes de foulures les regardent avec envie, perchées sur un tas de tapis, les autres s’amusent, en comptant sur huit temps pour mieux se coordonner. Des exclamations enthousiastes accompagnent les envols réussis. «Aïe, c’est vrai que ça fait déjà mal», se plaint une fille en massant ses mains rougies par le frottement.

Les applaudissements fusent lorsqu’une autre, après avoir sauté et s’être mal réceptionnée deux fois, arrive sur ses pieds en parfait équilibre. «Moi, si je dois choisir un groupe, je vais là-bas: c’est que des mecs…», commente-t-on, l’œil brillant, du côté des filles blessées. «Faut avoir grave confiance, quand même, pour sauter aussi haut!» Pour sa part, la chorégraphe court d’un groupe à l’autre, brandissant sa tablette à bout de bras pour filmer les sauts, qu’elle analyse ensuite et commente avec chacun: «Larissa, essaie de redresser davantage ton corps. Thibaud, c’était une magnifique hauteur!»

Pas fatigué, un groupe de garçons essaie des sauts à partir de différentes positions.

Sauts en chaîne

Petite pause, le temps que tous reprennent leur souffle, puis les groupes se réunissent pour porter trois tapis en enfilade. Thibaud et Théo montent chacun sur un et, face à face, sautent en symétrie sur celui du milieu. «Hé, j’ai une idée, s’écrie soudain Myriam Bertholet-Laala: quand vous arrivez, vous poussez sur les jambes et repartez direct de l’autre côté, ça vous dit?» Les deux garçons semblent montés sur ressorts. Les groupes évaluent ensuite comment leur donner de l’élan de manière synchronisée: Théo part en plongeon, Thibaud se réceptionne juste, les bras écartés pour garder l’équilibre.

Un test avec le tapis du milieu baissé, puis soulevé d’un coup, un autre avec des sauts effectués sur deux tapis à la suite… Rouges et essoufflés, tous commencent à peiner, excepté un groupe de garçons qui, torse nu, s’amusent à tester des sauts à partir de différentes positions: en bougie, à plat ventre, à genoux… «Bon, et si on allait manger? propose la chorégraphe. On reprendra cet après-midi, avec autant d'énergie!»

«Il y a vraiment un super esprit d’équipe»

Thibaud Vogel, 23 ans, Dombresson (NE)

«Je fais partie du Welsch Master Team depuis ses débuts. Cela m’a permis d’aller en Norvège pour le Gym For Life Challenge il y a deux ans, puis au Gymotion: on a déjà vécu beaucoup de moments vraiment sympas. On fait tous de la gym à côté. Moi, j’ai commencé quand j’avais 6 ans et je suis au club de Chézard. Mais là, on a l’occasion de découvrir des exercices qu'on ne fait pas forcément le reste du temps: on doit faire des portés, danser, il y a pas mal de chorégraphies.

L’ambiance est géniale, il y a vraiment un super esprit d’équipe. Et comme on s’entraîne seulement un dimanche par mois, on donne notre maximum. Pour ma part, j’adore les mini Air Tracks, qui permettent des sauts et des lancés vraiment nouveaux. Mais le grand Air Track est unique, lui aussi: on rebondit à chaque atterrissage, ce qui permet de faire davantage de figures et d’autres types d’acrobaties que d’habitude. Et le lendemain, on a toujours des courbatures…»

«Ici, on peut être beaucoup plus créatif»

Oscar Cuenin, 20 ans, Reconvilier (BE)

«J’ai commencé la gym à 12-13 ans et ai beaucoup évolué dans des clubs de filles, car il y a peu de garçons qui font de la gymnastique dans le Jura bernois. Étant donné que j’avais des amis qui faisaient partie du Welsch Master Team, je me suis laissé entraîner et j’ai passé les sélections hier. Ici, l’approche de la gym est différente, plus aérienne. On peut également être beaucoup plus créatif, car la piste de sol est bien plus large que d’ordinaire.

C’est aussi intéressant d’avoir à disposition des engins qui ne font pas partie des cinq de base. J’ai testé les mini-cubes hier, et c’est impressionnant: on fait des bonds de 3-4 mètres de haut sans donner d’élan, puisque ce sont les autres qui poussent. On intègre aussi un peu de danse aux chorégraphies. On a d’ailleurs dû en faire un peu hier pour les sélections, et j’ai vérifié: on était deux mecs, mais on n’était de loin pas les moins bons! Ça fait chaud au cœur.

Je fais plus de deux heures de train pour venir ici et ça me bloque tout le week-end, mais ça en vaut la peine: l’ambiance est très sympa, et l’effet de groupe nous pousse à nous dépasser.»

«Ne s’exercer qu’une fois par mois nous pousse à bosser»

Eva Kübler, 22 ans, Neuchâtel

«J’ai fait les sélections il y a deux ans pour entrer au Welsch Master Team. Il y avait plusieurs personnes dans mon club de Serrières qui en faisaient partie, dont des entraîneurs, et cela me disait bien de rejoindre l’équipe! J’ai fait beaucoup de gym artistique dès l’âge de 5 ans, et ai dû mettre un terme à ma carrière à 17 ans, car j’avais des problèmes de dos. La gym de société, c’est vraiment cool, mais la compétition me manque énormément et je trouve que le fait de ne pouvoir s’exercer qu’une fois par mois nous pousse à bosser. Cela amène du challenge! C’est aussi beaucoup de travail, quand on y pense: on s’exerce intensivement durant un an, pour cinq minutes sur scène…

Ici, on a vraiment l’impression d'avoir une deuxième famille, on va parfois au Jumpark ensemble, et des copains viennent s’entraîner ici de temps en temps. Je me souviens de l'ambiance en backstage lors de la dernière représentation à la Gymotion: tout le monde s’encourageait avant d’aller sur scène, il y avait un effet de groupe très fort et un partage vraiment génial.»

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