16 février 2018

Whatsapp, le «fast food» des courriers amoureux?

L’application whatsapp s’est imposée depuis une décennie comme LE moyen de communication rapide, ludique et tyrannique. En amour aussi, on cède souvent à la tentation du numérique, pour le meilleur et pour le pire.

L’application whatsapp s’est imposée depuis une décennie comme LE moyen de communication rapide, ludique et tyrannique. En amour aussi, on cède souvent à la tentation du numérique, pour le meilleur et pour le pire.
Se déclarer son amour sur Whatsapp, idée moderne ou option bon marché? (Photo: iStock)
Temps de lecture 5 minutes

Du temps de mes arrière-grands-parents, les amants s’écrivaient de longues lettres, au fil desquelles ils narraient avec plus ou moins de poésie leurs sentiments amoureux. Au cours du siècle dernier, le téléphone pénétra dans les foyers, à l’intérieur desquels il cloua les amoureux, soucieux de ne pas trop s’éloigner de leur combiné, afin de ne pas louper l’appel… du cœur. Puis la technologie nous libéra dans la jungle de l’espace public. Merci le téléphone portable! Enfin, la révolution numérique est passée par là. Elle a bouleversé en profondeur nos habitudes sociales et inventé de nouveaux besoins vitaux. Maudit WiFi! Elle a renvoyé les Balzac et les Musset à leurs encriers… dépassés. Pour ma génération, même les phrases semblent démodées. Photos, emojis ou autres mini-messages ont envahi nos natels, laissant bien peu de place aux mots doux. Bienvenue dans l’amour 2.0.

55 milliards de messages et 1 milliard de photos sont envoyés chaque jour sur Whatsapp.

Statistiques Facebook 2017

Après pas mal de résistance, j’ai capitulé et j’ai moi aussi cédé à la tentation du smartphone. Autrement dit, je suis passée dans le camp des gens connectés. Très vite, Whatsapp est devenu mon principal lien et liant avec mes proches. Depuis, j’apporte tous les jours ma goutte dans cet océan numérique. Tout y passe, de l’utile au futile: l’apéro qu’on organise avec des valaisans rigolos expatriés à Zurich, l’aspirateur à aller chercher chez ma pote Héloïse, les histoires de ma sœur qui a (enfin) trouvé le grand amour… et tous les messages écrits à mon Jules qui vit à l’autre bout de la «germanophonie». Mais sur Whatsapp, écrire est souvent un grand mot. Un «Bonne journée», une vidéo de Mister Bean, un partage d’article du Guardian, une photo drôle, ou un emoji cœur font souvent l’affaire lorsqu’il n’y a rien de spécial à se dire… pardon à écrire. Car lorsqu’on a une communication plus importante et que ça ne peut pas attendre, ça passe souvent en appel. Mais ici, point besoin d’une cour de cassation pour régler ces problèmes. Quoique…

Léger, très léger, trop léger?

Tout n’est pas parfait dans le cloud merveilleux de la communication numérique. Loin s’en faut. Ici, les messages s'échangent rapidement, souvent sans relecture ni hiérarchie. On écrit vite, on écrit beaucoup, on écrit mal. Résultat: lorsqu'elles ne sont pas déformées par un correcteur orthographique trop assidu, les conversations amoureuses sont noyées dans un flot quasi continu de «discussions». Le pire côtoie sans arrêt le meilleur. Comme la dernière déclaration passionnée à laquelle j’ai eu droit: elle s’est retrouvée coincée entre un message de ma maman clouée au lit par la grippe et les notifications incessantes des membres du groupe «enterrement de vie de jeune fille de Séverine» qui s’écharpent sur le choix du programme. Bref, autant dire que, vu le tableau, le romantisme avait prit la poudre d’escampette. Les lettres d’amour – ou du moins ce qu’il en reste – se lisent désormais entre deux réunions au boulot, en sortant de la salle de gym ou sur le trône des toilettes.

À une époque pas si lointaine, écrire demandait un sacré effort: choix des mots, formules qui font mouche, effets de style et poèmes personnalisés pour les plus inspirés. L’amoureux mettait du cœur à son ouvrage. Les brouillons se jetaient négligemment ou rageusement sur le sol et l’écriture se voulait appliquée. Mais sur Whatsapp, on écrit, on zappe, on oublie. C’est un peu la logique du fast food, appliqué à l’amour. C'est pas aussi bon qu'une lettre manuscrite, mais c'est pratique et ça fait le job. On n’arrête pas le progrès! Vous reprendrez bien un peu de fast love?

Peut-on faire confiance aux emojis?

Ils inondent nos messages avec leurs petites tronches jaunes, leurs bisous, leurs clins d’œil, avec leur tête de singe, avec leurs formes de cœur, de sushi, de bouteille de champagne ou de guitare, mais connaît-on vraiment bien les emojis que l’on utilise au quotidien? Alors que nous leur confions l'importante tâche de décrire nos mots et nos émotions, on peut se poser la question de leur légitimité à porter une telle responsabilité.

Et puis d’abord, un «je t’aime» sur Whatsapp ou son avatar cœur ont-ils autant de valeur que leur version originale? Mon ami Sasha me confie: «Mon copain ne me dit jamais ‹je t’aime› mais m’envoie tous les jours des emojis cœurs. Comment dois-je l’interpréter?» Excellente question Sasha, à laquelle je n’ai évidemment pas la réponse…

Planqué derrière l’écran de son téléphone, il est facile de faire dire des choses à des petites images, mais est-on honnête avec leur utilisation? Signifie-t-il la même chose pour moi que pour ma moitié? Ces émoticônes, genre de nouveau vocabulaire universel autoproclamé, n’ont en réalité pas de traduction absolue. Bien sûr, les concepteurs leur ont donné une signification, mais les utilisateurs lambda comme vous et moi les comprenons de façons différentes, sans parler des variantes entre les pays... Finalement, ces éléments censés nous aider à communiquer ou à clarifier le ton d’un message ne sont-ils pas en train de brouiller les mots et leur sens? Et de nous rendre au mieux paresseux, au pire incapables de décrire nos propres sentiments?

Dans un article sur ce sujet, le quotidien en ligne belge ‹Le soir.be› donne la parole à Jessica. Cette étudiante de 26 ans, a un jugement sans équivoque:

Des alignée de cœurs rouges, c’est le low cost de l’amour

Du fast love on est passé à l’amour low cost? Whatsapp, symptôme de l’époque du zapping, serait-il en train d’enterrer la poésie? Je sais que je souffre parfois d’élans romanesques mais, tout de même, personnellement, ça me fait froid dans le dos, ça me donne le vertige.

Alors pour soigner les sueurs froides que m’a values la perspective d’un amour low cost, à l’occasion de la Saint Valentin, j’ai demandé à mon amoureux… du papier, du vrai, comme au bon vieux temps. Avec des mots dessus. Des mots beaux, qui sonnent, qui résonnent, pour que je frisonne. Un peu de fantaisie, des phrases bien ciselées et des rimes bien choisies, contre l’amnésie, pour que je sourie. Et puis, je voudrais que la billet doux soit glissé dans une enveloppe, un peu tachée peu m’importe, avec un beau timbre-poste. Enfin, la missive devra être portée par un messager à casquette, ou un postier à bicyclette, jusqu’à ma boîte aux lettres. Pour que, le jour J, rentrant fatiguée d’une longue journée, je découvre au milieu de mon courrier, coincée entre une facture et une publicité, la lettre d’amour que j’attendais. Et alors là, vite, vite, un message sur Whatsapp pour annoncer ce moment de pur bonheur à toute la communauté.

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Lorsqu’on est en couple, on accepte qu’une partie de son image soit portée sa douce moitié. Et comment on fait lorsque la douce en question n’assure pas?

Bruno et le dilemne de la bimbo

Volte-face amoureuses fulgurantes

Volte-face amoureuses fulgurantes: tout quitter pour mieux recommencer?

Entre l'amitié et l'amour les relations sont parfois plus complexes qu'elles en ont l'air. (photo: iStock)

Alors, vous le trouvez comment, mon amoureux?

Steve Gaspoz

Proche et loin tout à la fois